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Marina Silva, "l'Obama brésilienne" qui fait trembler Dilma Rousseff

Marina Silva dans la favela Rocinha, à Rio de Janeiro, le 30 août 2014.
Marina Silva dans la favela Rocinha, à Rio de Janeiro, le 30 août 2014. Yasuyoshi Chiba, AFP

La candidate du Parti socialiste, Marina Silva, représente la plus sérieuse menace pour Dilma Rousseff dans la course à la présidence du Brésil, le 5 octobre. Mais selon les détracteurs de la favorite, son programme révèle de nombreuses incohérences.

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Au pays des télénovelas, l'ascension de la candidate à la présidentielle, Marina Silva, pourrait bien supplanter les meilleurs scenarii. Le parcours hors du commun de cette écologiste afro-indigène, en lice pour devenir la première présidente métisse du Brésil, séduit un pays tout entier, à en croire les sondages. Selon une enquête de l'institut Ibope, publiée à trois semaines du premier tour qui se tiendra le 5 octobre, la candidate du Parti socialiste brésilien (PSB) remporterait l'élection avec 43 % des intentions de vote, contre 42 % pour la chef d'État sortante Dilma Rousseff, du Parti des travailleurs (PT).

Dans la course depuis moins d’un mois, la charismatique Marina Silva dépasse en revanche largement l’autre poids lourd annoncé de l’élection, Aécio Neves, candidat du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB, opposition).

Pourtant, rien ne prédestinait cette militante écologiste, venue de l’Amazonie, aux fonctions suprêmes qui pourraient devenir les siennes le 26 octobre prochain.

"Une vie encore plus incroyable que celle de Lula"

Issue d’un milieu pauvre, la sénatrice, âgée de 56 ans, a grandi dans l’État d’Acre (Amazonie), à la frontière de la Bolivie. Enfant, elle réchappe à la malnutrition, l’intoxication au mercure ou encore au paludisme (maladie qui a emporté quatre membres de sa famille). Jusqu’à ses 16 ans, elle cueille l’hévéa, pour la fabrication de caoutchouc, mais son destin bascule lorsqu’elle tombe gravement malade. Elle est alors envoyée à Rio Branco, la capitale de l’État, pour y être soignée par des religieuses. Ces dernières lui enseignent la lecture et l’écriture puis, décelant un potentiel, la poussent à poursuivre ses études. À la même période, la jeune Marina se retrouve orpheline de ses deux parents.

Marina Silva se recueille sur le cerceuil d'Eduardo Campos, à Recife le 16 août. AFP

Au sein d’un couvent, elle travaille comme femme de ménage puis plus tard enseigne l’histoire. Elle participe par ailleurs à la création du premier syndicat de travailleurs de l’État et se jette à corps perdu dans la lutte contre la déforestation. De fil en aiguille, elle s’engage en politique et rejoint le Parti des travailleurs (PT) du populaire Lula da Silva.

Là, patiemment, elle gravit les échelons. De conseillère municipale, elle devient députée de son État natal, puis accède au niveau fédéral. Elle occupe ensuite les fonctions de sénatrice, ministre de l'environnement dans le gouvernement de Lula pendant cinq ans, avant d’être candidate à la présidentielle de 2010, où sa percée étonne (20 % des voix au premier tour).

Le décès d’Eduardo Campos, un coup du sort

En 2013, pourtant, elle échoue à recueillir les 500 000 signatures nécessaires pour lancer son parti, Rede Sustentabilidade (Réseau durable), dans la course à la présidence. Mais un coup du sort la propulse sur le devant de la scène : le décès brutal, le 13 août, dans un accident d’avion, du candidat Eduardo Campos, dont elle avait rejoint la coalition de centre-gauche du Parti socialiste brésilien (PSB) dans la foulée de son échec. Au pied levé, Marina Silva prend le relais, faisant grimper les intentions de vote de manière vertigineuse alors que, peu avant sa mort, Campos ne dépassait pas les 10 %.

"Sa vie est encore plus incroyable que celle de Lula”, explique Joao Augusto de Castro Neves, directeur de l'Amérique latine pour Eurasia Group. "Quelqu’un comme elle qui vient de nulle part et qui parvient à se hisser si haut, c’est fascinant. Elle partage le même ADN politique que Lula."

Marina Silva salue Dilma Rousseff aux côtés d'Aécio Neves, avant un débat télévisé le 26 août. AFP

Ce succès annoncé est, en outre, dû au fait que la charismatique Marina Silva apporte un souffle de fraîcheur dans un paysage politique brésilien immobile. Après deux décennies de gouvernance du PT et du PSDB, elle incarne bel et bien une troisième voie. Pour beaucoup, elle véhicule même une promesse de changement comparable à celle qui a animé la campagne électorale de Barack Obama aux États-Unis, en 2008.

Dans son programme figurent la levée des taxes sur les investissements ainsi qu’une augmentation importante du budget de l’éducation, pour atteindre 10 % du PIB en 2019. Par ailleurs, elle entend réduire les dépenses publiques de l'an prochain d'une somme pouvant aller jusqu'à 100 milliards de reais (33 milliards d'euros). L'objectif : favoriser les programmes d’aide pouvant bénéficier à plus de 10 millions de familles.

Volte-face sur le mariage gay

Toutefois, si toutes les conditions semblent réunies pour l’élection de la quinquagénaire, ce tableau parfait a récemment été entaché par une bourde retentissante. Après avoir apporté son soutien au mariage gay, Marina Silva a tout simplement fait marche arrière. Une volte-face que d’aucuns expliquent par ses liens étroits avec l’église pentecôtiste, fermement opposée aux unions homosexuelles.

Ce couac politique pourrait non seulement la priver du vote de l’électorat progressiste mais aussi de celui de la communauté gay. Il met également en lumière l’influence de sa foi évangélique. De quoi alimenter les attaques de ses détracteurs.

"La débâcle sur le mariage gay montre qu’elle ne sait pas ce qu’elle fait. Elle prend des décisions complètement contradictoires, et sa politique est incohérente", estime Fernando Lattman-Weltman, professeur de science politique à l’institut Fundação Getúlio Vargas, à Rio de Janeiro. Selon lui, le programme politique de Marina Silva, à cheval entre des valeurs écologiquement progressistes et socialement conservatrices, est tout bonnement “utopique”.

Des attaques qui devraient devenir le quotidien de la challengeuse, selon Castro Neves. "Avec ses réelles chances de l’emporter, Marina Silva doit dorénavant s’attendre à être scrutée de près."

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