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Ukraine - Russie : Vladimir Poutine a-t-il remporté son bras de fer ?

Le président russe lors des championnats du monde de judo en août 2014
Le président russe lors des championnats du monde de judo en août 2014 ALEXEY DRUZHININ / RIA-NOVOSTI / AFP

Le parlement ukrainien a adopté mardi un texte accordant une large autonomie aux régions de l’Est, revendiquée par les séparatistes pro-russes. Une concession d’envergure, mais Kiev n'avait pas le choix, estime Charles Urjewicz, historien.

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L’Ukraine a-t-elle finalement capitulé face à Moscou ? Onze jours après le cessez-le-feu signé entre Kiev et les séparatistes pro-russes, le Parlement ukrainien a adopté mardi 16 septembre un texte particulièrement favorable aux rebelles pro-russes. Selon cette loi, votée à 277 voix sur 450, les régions du Donbass se verront accorder une large autonomie sur une période de trois ans. Elles pourront créer leur propre gouvernement, force de police, tribunaux, organiser leurs propres scrutins locaux, et seront même autoriser à "renforcer" leurs relations avec Moscou. Clauses particulièrement symboliques : selon le texte, la langue russe obtient un statut équivalent à celui de l’ukrainien et Kiev accorde l’amnistie aux séparatistes ayant combattu les forces ukrainiennes - à l’exception de ceux éventuellement impliqués dans le crash du vol de la Malaysia Airlines, abattu le 17 juillet.

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Avec ce texte, donc, le président ukrainien, Petro Porochenko, fait un pas de géant en direction de la Russie pour mettre fin à un conflit qui a fait en cinq mois près de 3 000 morts et un demi-million de déplacés. Mais pourquoi un tel revirement de la part d’un homme qui - tout en voulant la paix - n’a jamais voulu céder sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine ? Tout simplement parce que "Kiev n’a plus le choix", explique Charles Urjewicz, historien et spécialiste de la Russie. "Il n’a pas les moyens politiques et militaires de vaincre. Il était donc indispensable de calmer le jeu autant que possible. Est-ce qu’on fait la guerre quand on n’en a pas les moyens ?"

"Une décision sage de Kiev"

Il est vrai que Petro Porochenko, inquiet devant la précarité du cessez-le-feu - sans cesse violé - et confronté aux ambitions pro-russes qui visent la prise de Marioupol (ville côtière au sud-est de l’Ukraine), n’avait plus vraiment d’alternative. "Voter ce texte, c’est faire un premier pas vers la sortie de crise. L’Ukraine est un état entre deux eaux, faible économiquement. Le président ukrainien a avancé ses pions aussi loin que possible [pour menacer Moscou, NDLR]. Mais il doit maintenant reculer. C’est une décision plutôt sage de la part de Kiev". C’est aussi, malgré les apparences, l’occasion de sortir la tête haute, estime Charles Urjewicz. "Ce texte ne dit pas qu’il y a scission des régions russophones. L’est ukrainien reste ukrainien. Porochenko réussit à conserver l’unité formelle de son pays. Kiev a conscience que ce genre de ‘statut spécial’ existe déjà dans le monde, en Écosse ou en Catalogne, par exemple."

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Reste que cette sortie de crise, saluée par l’Union européenne, est un peu boiteuse. D’abord parce qu’elle ne plaît pas à tous les députés. Certains parlementaires ukrainiens y voient un premier pas vers le rattachement définitif à Moscou. "Je considère que c’est une erreur absolue de voter la capitulation", a commenté Oleh Tianibok, chef du parti nationaliste Svoboda (Liberté). "Personne n’a donné le droit au président de placer le sort de la population du Donbass entre les mains de terroristes", a déclaré de son côté un député du parti d’opposition Batkivchtchina (Patrie). Surtout, une partie des séparatistes pro-russes refusent de rester officiellement attachés à Kiev. Pour le dirigeant rebelle de Donetsk, "la principale partie du document qui envisage notre maintien politique dans le territoire ukrainien est naturellement inacceptable".

"La Russie peut dire à son peuple qu’elle a gagné"

Pourtant, malgré ces réticences et ces obstacles, Moscou, lui, n’a pas tourné le dos à Porochenko et a affirmé que ce texte était "un pas dans la bonne direction". La Russie considère notamment comme un signal "positif" les garanties du libre usage du russe dans le secteur public pour les habitants du Donbass, précise le communiqué du ministère des Affaires étrangères. "Nous espérons que toutes les dispositions de la loi seront mises en place de manière responsable".

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Selon Charles Urjewicz, la réaction russe n’est pas étonnante. Vladimir Poutine avait-il seulement le choix de refuser ces concessions ? "Contrairement à ce que l’on pense, la Russie n’est pas prête à tout sacrifier pour la grandeur de sa patrie. Moscou, comme Kiev, a l’œil rivé sur son porte-monnaie. Le pays est au bord de la récession", précise le spécialiste de la Russie. "Moscou ne veut pas d’une guerre, il ne veut pas s’enfoncer dans la crise", ajoute-t-il. Alors quand Poutine a eu la possibilité de sortir de ce conflit, il l’a saisie. "Moscou a obtenu l’autonomie de l’Est russophone. Il a le soutien de la population de l’Est russophone. Il fait plaisir à la population russe. C’est très important. Le président russe a réussi ce qu’il voulait entreprendre : dire à son peuple que la Russie a gagné."

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