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Présidentielle brésilienne : Dilma Rousseff, touchée mais pas coulée

Dilma Rousseff salue ses partisans, le 27 septembre, à Gama, non loin de Brasilia.
Dilma Rousseff salue ses partisans, le 27 septembre, à Gama, non loin de Brasilia. Ichiro Guerra, AFP

On la disait en difficulté face à Marina Silva, sa rivale écologiste, mais Dilma Rousseff, la présidente sortante remonte dans les sondages. Pénalisée par une économie en panne, elle peut toutefois s'appuyer sur son bilan social.

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Jusqu'à il y a une semaine, elle était talonnée dans les sondages par Marina Silva, la frêle candidate écologiste à l’aura quasi-messianique. De quoi inquiéter Dilma Rousseff, la présidente sortante, à quelques jours de l’élection présidentielle brésilienne, le 5 octobre, la notoriété grandissante de la fervente chrétienne évangéliste, propulsée candidate du Parti socialiste (PBS), ayant raboté celle de la protégée de l’ancien président Lula.

Début septembre, Dilma Rousseff était même donnée perdante au second tour face à sa principale rivale (45 % contre 36 %). Des chiffres qui ont fait l’effet d’une bombe dans le camp Rousseff et lui ont valu quelques sueurs froides.

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Il faut dire que les récents scandales de corruption éclaboussant des parlementaires de la coalition au pouvoir n’ont pas aidé à redorer l’image de Dilma Rousseff. Une image déjà largement ternie pendant le Mondial-2014 pour les dépenses astronomiques engagées par le Brésil, afin d’organiser l’événement. Ajoutez à cela une économie en berne, une croissance au ralenti, une inflation qui a dépassé le seuil officiel de tolérance (6,5 %), et des marchés financiers mécontents de sa politique "interventionniste", et vous obtenez une accumulation de "casseroles" particulièrement préjudiciables pour la candidate.

"Quand l’économie se porte mal, il y a souvent un vote sanction"

"C’est là, la principale difficulté [de Dilma Rousseff] : le ralentissement de l’économie", précise Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste du Brésil à l’institut des relations internationales et stratégiques (Iris). "L’économie mondiale est en crise. Et quand l’économie se porte mal, elle provoque une défiance du peuple envers le pouvoir, et cette défiance se transforme souvent en vote sanction. Or ces temps-ci, au Brésil, la croissance est médiocre, l’ambiance générale est à la morosité, Dilma Rousseff en pâtit."

Pourtant, il serait erroné de réduire le premier mandat de la "Dame de fer", surnommée ainsi pour son tempérament explosif, à un cuisant échec économique. La présidente sortante, qu'un dernier sondage donne à nouveau en tête des intentions de vote en cas de second tour - 47,7 % contre 38,7 % selon un sondage de CNT/MDA publié le 29 septembre - n'a pas à rougir de son bilan. Elle peut, d’une part, se vanter d’avoir ramené le chômage à un taux historiquement bas de 4,9 %, et d’autre part, d’avoir développé un ambitieux programme social au Brésil, instauré par son prédécesseur.

Réduction de la grande pauvreté

Celle qui voulait éradiquer la grande pauvreté de son pays en 2010, a, toute proportion gardée, réussi son pari. Sa principale mesure, la Bolsa familia, qui a consisté à verser à des familles vivant avec moins de 30 euros par mois une aide mensuelle allant de 60 à 80 euros, a permis "de remettre toute une frange de la population sur les rails", précise Jean-Jacques Kourliandsky. Une autre de ses mesures phares "Minha casa, minha vida" ("Ma maison, ma vie") a aidé des millions de Brésiliens à accéder à la propriété privée.

"[Durant son mandat], Dilma Roussef a sorti quelque 50 millions de personnes de la grande pauvreté [sur 200 millions d’habitants]", souligne l’expert. Autant de personnes qui constituent un électorat fidèle à la présidente sortante. "Elle a su remobiliser ses troupes quand Marina Silva est devenue un danger électoral", précise le spécialiste.

Pendant la fronde sociale de 2013, où des milliers de manifestants ont critiqué l’état désastreux des services publics, comme la santé, la présidente sortante a calmé les esprits en mettant en place un vaste plan d’embauche dans le secteur hospitalier. Pas moins de 4 000 médecins cubains et étrangers ont été recrutés pour travailler dans les villes peu attractives de l'intérieur du pays, souvent en proie à une forte insécurité. Et Dilma Rousseff a conscience que son point fort repose sur ces mesures emblématiques.

"Les électeurs ne se sentent pas concernés par les scandales politiques"

"Sous ce gouvernement, les classes populaires sont devenues émergentes. Tout le monde a trouvé du travail. Avant, seule l'élite pouvait se construire une maison. Aujourd'hui, il y a plus d'opportunités", abonde Aquiles Meneses, un petit entrepreneur en bâtiment de 32 ans, interrogé par l’AFP. Beaucoup, à l’instar d’Aquiles, refusent de lâcher la proie pour l’ombre. "Tant que les Brésiliens ont un emploi, une télévision, une voiture et de quoi organiser un barbecue le week end, rien ne va changer ce sentiment de confort", souligne aussi à l'AFP André César, analyste politique.

Les partis d’opposition ont bien compris qu’il était inutile de trop attaquer la présidente sortante sur le versant social de son programme. "C’est pour ça que ses rivaux la chargent en priorité sur son bilan économique et sur les scandales de corruption affaiblissant son parti", ajoute Jean-Jacques Kourliandsky. "Malheureusement, au Brésil, les problèmes de corruption ont toujours existé. Ce sont des problèmes structurels. Les électeurs ne se sentent pas vraiment concernés par tous ces scandales".

Dilma Rousseff pourrait donc être dans une situation beaucoup moins inconfortable que certains médias ne le laissent entendre. "C’est surprenant de voir qu’il y a 15 jours elle était en difficulté et qu’aujourd’hui, elle a rattrapé son retard", souligne Jean-Jacques Kourliandsky. Si cette tendance se confirme, conclut l'expert, il est même tout à fait possible que Dilma Rousseff soit élue dès le premier tour. 
 

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