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Syrie : les Kurdes de Kobané peuvent-ils résister à l'assaut de l’EI ?

Le drapeau de l'organisation de l'EI flotte au dessus d'un bâtiment de Kobane, le 6 octobre.
Le drapeau de l'organisation de l'EI flotte au dessus d'un bâtiment de Kobane, le 6 octobre. Aris Messinis, AFP

Depuis 21 jours, la ville syrienne de Kobané, située à la frontière turque, subit les assauts continus des jihadistes de l’organisation de l’EI. Défendue par les Kurdes, la cité résiste difficilement. Sous l’œil passif de la Turquie.

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L'étau se resserre de jour en jour autour de Kobané (Aïn el-Arab en arabe), en Syrie. Depuis le 16 septembre, l’organisation de l’État islamique (EI) tente de s’emparer de la ville syrienne, située à moins de 50 kilomètres de la frontière turque. Lundi 6 octobre, les jihadistes ont planté leur drapeau noir dans la partie est de la ville, selon des informations de Reuters et de l’AFP. Dimanche, ils s’étaient déjà emparés de la colline de Machtanour, point stratégique surplombant la ville. Face à eux, des combattants kurdes syriens (YPG), moins bien armés et moins nombreux, résistent tant bien que mal.

"Les Kurdes font face à des combattants de l'EI bien organisés et bien équipés", explique Seth Jones, un ancien conseiller auprès des forces spéciales américaines. Certes, les membres de l’YPG, assiégés et cernés par les jihadistes, sont aidés par les frappes de la coalition internationale, menée par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. Mais ces attaques aériennes sont en réalité assez inefficaces. D’une part, leur nombre est limité : "seuls" neuf bombardements ont eu lieu pour les journées de vendredi et samedi.

"Les frappes aériennes, ici, ne servent à rien"

D’autre part, leurs cibles sont parfois hors d’atteinte. "Les jihadistes se déplacent en petit groupe de 10 ou 15 combattants. Ils se cachent dans les collines autour de la ville, ils sont éparpillés, ils sont donc difficilement repérables. Ils décident eux-mêmes de leurs actions sans demander la permission de leur hiérarchie. Ils sont donc plus rapides, plus spontanés, plus efficaces. Les raids militaires qui ciblent des objectifs visibles et massives, comme des colonnes de blindés, ne servent ici à rien", explique Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste du jihad.

Un avis partagé par un combattant kurde qui déplore les limites d’une intervention occidentale exclusivement aérienne. "Ces frappes seules ne sont pas suffisantes pour défendre Kobané", explique Idriss Nassan, un milicien de l’YPG au "Guardian". "Les jihadistes nous assaillent sur trois fronts autour de la ville, et les avions [de la coalition] ne peuvent pas frapper chacun d’eux", regrette-t-il.

Dans cette lutte inégale, pourtant, les Kurdes résistent. "Les jihadistes disaient qu'ils feraient leurs prières de l'Aïd à Kobané, mais pour l'instant ils ne sont pas entrés dans la ville", a rapporté un militant sur place, Mustafa Ebdi. "Les Kurdes sont les seuls qui arrivent à résister à l’organisation de l’EI. Sûrement parce que les combattants kurdes ont le même mode opératoire que les combattants de l’EI. Ils sont formés à la guérilla urbaine, aux combats de rue. Ils se battent en petits groupes, prennent des décisions sans en référer à leurs chefs", ajoute Wassim Nasr. Mais combien de temps leurs Kalachnikovs vont-elles tenir face aux chars de l’EI ?

L'immobilisme turc face au "massacre" kurde

De l’autre côté de la frontière, leurs voisins turcs ne bougent pas. Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a pourtant promis de "sauver" Kobané et le Parlement a voté jeudi l’autorisation d’engager l’armée turque en Syrie ou en Irak pour combattre l’organisation de l’EI. Mais pour l’heure, les soldats turcs sont restés en retrait. Un comportement qui laisse sceptiques de nombreux combattants. "Nous n'attendons rien des soldats turcs, lâche ainsi Nurettin Bayik, un combattant kurde. L'armée turque n'envisage pas la moindre opération contre l'EI. Cette résolution [du Parlement] restera lettre morte."

Selon de nombreux experts, la Turquie reste plongée dans son immobilisme par refus de s’allier à des Kurdes, proches du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), l’ennemi juré d’Ankara. Et pour ne rien arranger au scepticisme kurde, les combattants de l’YPG ont eu vent des rumeurs de connivence entre les jihadistes de l’EI et Ankara.

Reste que les autorités turques sont poussées à sortir de leur inaction. Depuis son île-prison d’Imrali, en Turquie, le leader emprisonné du PKK, Abdullah Ocalan, a mis en garde, jeudi, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. Il n’hésitera pas à mettre fin aux négociations de paix avec la Turquie si les militants islamistes continuent de "massacrer" les Kurdes dans la région. "Je demande à tous ceux, en Turquie, qui ne veulent pas que le processus de paix et la démocratie échouent, d'assumer leurs responsabilités à Kobané", a-t-il déclaré.
 

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