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Choléra à Haïti : quand l'ONU se réfugie derrière son immunité

Des plaignants à Port-au-Prince
Des plaignants à Port-au-Prince France 24

Depuis quatre ans, Haïti, ravagé par le choléra, connaît la pire catastrophe épidémique que le monde ait connu. D’après des experts, cette catastrophe serait la faute des Casques bleus de l’ONU eux-mêmes. Les Haïtiens demandent réparation.

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Face à une épidémie dramatique de choléra, Haïti demande des comptes à l’ONU. Dans ce pays des Caraïbes, déjà lourdement frappé par le sort, beaucoup accusent les Nations unies d’avoir fait preuve de négligence et d’avoir importé la bactérie mortelle en 2010.

À l’époque, quelques mois après le violent séisme qui a fait plus de 220 000 morts, des Casques bleus sont arrivés pour sécuriser le pays et venir en aide à la population. Parmi eux, certains venaient du Népal, pays où la maladie perdure. Selon des dizaines d’épidémiologistes ayant travaillé sur la question, Haïti, où la maladie n’avait plus été présente depuis plus de 150 ans, aurait été contaminé par ces travailleurs népalais.

En juin 2011, une étude des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), a corroboré l’hypothèse de cette source d’infection, qualifiée par ailleurs de "très probable" par des spécialistes directement mandatés par l’ONU.

Une fois la bactérie présente dans le pays, les conditions sanitaires désastreuses ont fait le reste et le choléra s’est propagé à vitesse grand V. Quelques jours seulement après l’arrivée des Casques bleus, un Haïtien de 28 ans a été retrouvé mort après avoir bu l’eau de la rivière Meye, située en aval de la base de l’ONU. Depuis, plus de 8 500 personnes sont décédées. Actuellement, on estime à 300 le nombre de personnes infectées chaque semaine.

"Ban ki-Moon, rentre chez toi !"

Depuis l’explosion de l’épidémie, trois plaintes contre l’ONU ont été déposées auprès de tribunaux fédéraux aux États-Unis, afin que l'organisation reconnaisse sa responsabilité, indemnise les victimes et fournisse les soins nécessaires. Si l’immunité dont dispose l’organisation internationale avait jusque là donné peu d’espoir aux plaignants, un juge de New York a récemment fixé une audience au 23 octobre prochain pour l’une de ces plaintes.

"L’ONU a fait preuve d’une horrible négligence. Ce n’était pas intentionnel mais le résultat est qu’une maladie a été importée à Haïti. La population n’avait pas besoin de cela, elle souffrait déjà énormément", commente Mario Joseph, l’un des avocats des victimes du choléra. Militant insatiable, ce fervent opposant au secrétaire général de l’ONU, Ban ki-Moon, s’occupe de quelque 5 000 plaignants. Son combat pour les droits de l’Homme lui a attiré des ennemis et des menaces de mort. Il se déplace désormais au volant d’une voiture blindée.

Selon lui, l’ONU ne lésine pas sur les moyens pour dissimuler ses erreurs présumées. L’organisation a même dévié le cours de la rivière Meye, infectée par les eaux usées déversées depuis la base de l’ONU, pour qu’elle ne coule plus devant le site des Casques bleus.

De son côté, l’ONU préfère garder le silence sur cette affaire. Lors d’une visite de deux jours dans le pays en juillet, Ban ki-Moon n'a ni souhaité répondre aux questions de France 24 sur le sujet, ni prêté attention aux manifestants rassemblés sur son passage, brandissant des pancartes "Ban ki-Moon, rentre chez toi !" ou "Justice pour les victimes du choléra".

Des manifestants sur le passage de Ban ki-Moon à Haïti
Des manifestants sur le passage de Ban ki-Moon à Haïti France 24

"Le silence est la pire des réponses"

L’ancien chef de la MINUSTAH (Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti), en poste au moment de l’explosion de l’épidémie, Edmond Mulet, a quant à lui rejeté en bloc toutes ces accusations. Interrogé par France 24, ce dernier a affirmé que la responsabilité des Casques bleus népalais n’avait pas été prouvée et qu'ils avaient bel et bien subi un examen médical juste avant leur entrée dans le pays - des propos démentis par un panel d'experts nommé par l'ONU elle-même.

Néanmoins, peu après l’interview, Edmond Mulet a demandé à ce que ses propos ne soient pas diffusés [ce que France 24 a tout de même fait, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessus].

Un couac de communication ou un silence pesant qui trahissent un sentiment de malaise. Gustavo Gallon, un spécialiste des droits de l’Homme mandaté par l’ONU pour enquêter sur la situation en Haïti, considère ce refus d’affronter la situation comme une grave erreur. "Le silence est la pire des réponses à apporter", avait-il affirmé en mars dernier.

Tout en faisant ainsi l’autruche, l’ONU a continué d’investir, ces dernières années, dans la reconstruction d’Haïti, multipliant promesses et objectifs ambitieux.

"Les efforts de l’ONU pour rassembler de l’argent sont, en réalité, sa façon de répondre aux plaintes juridiques", expliquait, en mars dernier, Pedro Medrano Rojas, coordinateur des Nations unies sur la question du choléra en Haïti, dans un entretien avec France 24.

En décembre 2012, Ban ki-moon a promis d’engager 2,2 milliards de dollars dans un plan d’assainissement. Deux ans plus tard, pas plus de 12 % de la somme nécessaire pour une seule année n’avait été réunie. En septembre 2014, Ban ki-Moon a renouvelé sa promesse de 2,2 milliards de dollars, en présentant un programme cette fois-ci intitulé "assainissement total". La mission MINUSTAH a quant à elle été récemment prolongée. Mais ses effectifs seront réduits.

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