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"L'accueil des homosexuels dans les églises, c'est une réalité"

Pendant deux semaines, 182 évêques et cardinaux se réunissent lors du synode sur la famille.
Pendant deux semaines, 182 évêques et cardinaux se réunissent lors du synode sur la famille. Andreas Solaro, AFP

L’Église catholique a reconnu, lundi, les "dons et les qualités" qu’ont à offrir les homosexuels à la communauté chrétienne. Est-ce bien là "un séisme pastoral" ? Dans les textes, oui, mais au sein des paroisses, c’est déjà une "réalité".

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"Qui suis-je pour juger ?" C’était en 2013. Le pape François répondait à un journaliste sur la place des homosexuels dans l’Église catholique. Quelques mots seulement, mais dont l'écho a porté jusqu'à ce lundi 13 octobre, auprès des 182 évêques et cardinaux présents lors du synode sur la famille.

Présenté par le cardinal de Budapest Peter Erdö, le document "La Relatio post disceptationem" ("rapport post-débat") est bien une première reconnaissance par l’Église "des dons et des qualités [que les homosexuels ont] à offrir à la communauté chrétienne", témoignant de l'air nouveau qui souffle au sein du Vatican.

Est-ce bien là "un séisme pastoral", comme l’affirme John Thavis, auteur du best-seller "Les dessous du Vatican" ? "C’est une reconnaissance dans les textes, mais l’accueil des homosexuels dans les églises n’est pas un sujet nouveau, c’est une réalité", tempère Marie Baudoin, déléguée à la communication du Diocèse de Paris. Cet accueil des homosexuels dans l’église est ordinaire. Par exemple dans les paroisses du Marais [IIIe et IVe arrondissements, NDLR], où des couples homosexuels sont installés", explique-t-elle.

Parmi ces lieux de culte ouverts figure l'église Saint-Merry, voisine du quartier gay du Marais. "Depuis sa création il y a 40 ans, l’église a voulu s’ouvrir au monde d’aujourd’hui. On ne juge pas, on accueille, souligne le prêtre Daniel Duigou. Le slogan pourrait d’ailleurs être : 'Saint-Merry, une église qui bouge dans un monde qui bouge !'"

C’est dans cette optique que cette paroisse, connue pour son ouverture à la communauté homosexuelle, accueille une fois par mois, depuis plusieurs dizaines d’années, l'association David et Jonathan, mouvement homosexuel chrétien. "Pour une célébration, une prière avec une prise de parole. C’est un rendez-vous mensuel ouvert à tous. Cette communauté n’a de sens que si elle accepte la pluralité des genres", insiste-t-il.

Un désir d'universalité que tient à faire prévaloir l’Église. "Il ne s’agit pas de mettre tous les paroissiens d’un côté, et les homosexuels de l’autre. Ils n’ont pas d’écriteau ‘Je suis homosexuel’. Ils viennent prier tous ensemble", précise Marie Baudoin.

"Une hiérarchisation qui nous dérange"

Mais si l’Église reconnaît que les personnes homosexuelles "ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne", les évêques s’interrogent dans ce rapport : "Sommes-nous en mesure de les accueillir en leur garantissant un espace de fraternité […] sans compromettre la doctrine catholique sur la famille et le mariage ?" Et le texte encore provisoire ne modifiera ni la condamnation de l’acte homosexuel, ni le refus de l'Eglise de reconnaître le mariage entre personnes du même sexe.

"C’est gentil de dire que les homosexuels peuvent nous apporter quelque chose, mais nous apportons autant que les autres. Pourquoi préciser ? Il y a là un préjugé. C’est cette hiérarchisation qui nous dérange, souligne Élisabeth Saint-Guily, co-présidente de l’association David et Jonathan. L’Église souffle le chaud et le froid. D’un côté, la reconnaissance de l’homosexuel et de la famille homoparentale, et de l’autre la volonté de bien distinguer et hiérarchiser les familles", regrette-t-elle.

Élisabeth Saint-Guily reconnaît toutefois que ce premier rapport pourra apporter des changements dans certains pays d’Afrique où l’homosexualité est un délit. "Ce sera aussi un espoir pour les États d’Europe de l’Est, où les actes homophobes se multiplient", concède-t-elle.

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