Accéder au contenu principal

Ebola : le transport aérien, dossier épineux de la gestion de l’épidémie

Manifestant devant la Maison Blanche réclamant l'arrêt des vols venant d'Afrique de l'Ouest, le 16 octobre 2014.
Manifestant devant la Maison Blanche réclamant l'arrêt des vols venant d'Afrique de l'Ouest, le 16 octobre 2014. Mladen Antonov, AFP

La question de la suspension des vols en provenance des pays africains touchés par le virus Ebola se pose plus que jamais alors que se maintient la crainte de la propagation du virus hors du continent.

Publicité

Faut-il interrompre les vols commerciaux avec les pays d’Afrique touchés par le virus Ebola ? Interrogé sur cette question, dimanche 19 octobre, au cours d’un voyage à Pékin, Laurent Fabius a affirmé qu’une telle décision serait une "sottise énorme". Le ministre français des Affaires étrangères répondait ainsi aux syndicats d’hôtesses et de stewards d’Air France qui ont exigé, le 17 octobre, "la fermeture de la desserte de Conakry" en Guinée. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a beau assurer que le risque de contamination à bord d’un avion est faible, les personnels navigants de la compagnie font part de leur inquiétude vis-à-vis du "risque grave de propagation de l’épidémie".

Les organisations humanitaires, comme l’OMS, rappellent cependant que les malades d’Ebola ne sont contagieux que lorsque les symptômes – hémorragies, vomissements, diarrhées – apparaissent. Leur état les empêche alors tout simplement de voyager. Les contrôles au départ dans les aéroports, s’ils sont effectués correctement, devraient donc suffire à prévenir la propagation du virus.

Une mesure qui ne servirait à rien

Dimanche, Laurent Fabius a expliqué que suspendre les liaisons aériennes qui subsistent favoriserait des "transports sauvages" via des pays voisins, augmentant d'autant le risque de dissémination du virus. En effet, si des contrôles de la température des passagers sont effectués à Paris depuis vendredi et à Bruxelles depuis lundi, aucun contrôle n'est prévu pour les personnes susceptibles de franchir par la route les frontières des trois pays d'Afrique de l'Ouest les plus touchés et d'entrer en France ou en Belgique via des vols venus des pays limitrophes : le Sénégal, le Mali, la Côte d'Ivoire ou la Guinée-Bissau.

>> À lire sur France 24 : "Comment les compagnies aériennes font face à la propagation d'Ebola ?"

Ainsi, malgré le risque de propagation du virus, l’OMS a recommandé, le 14 août dernier, de maintenir les liaisons aériennes avec les pays à risques. Le message n’a pas rencontré d’écho : plusieurs compagnies africaines, telles Asky et Arik Air, ont suspendu leurs vols vers les pays touchés par Ebola ; British Airways et Emirates ont fait de même, tandis qu’Air France ne dessert plus Freetown, capitale du Sierra Leone.

La France et la Belgique sont les seuls pays européens qui continuent toutefois à assurer des vols directs vers l'épicentre de l'épidémie : Air France assure un vol quotidien Conakry-Roissy CDG, Brussels Airlines assure des vols le lundi et le jeudi vers Conakry, en Guinée, avec une étape à Freetown, au Sierra Leone, et le mardi et le samedi vers Monrovia, au Liberia.

Un casse-tête pour l’acheminement de l’aide d’urgence

Isoler totalement les pays où sévit Ebola causerait aussi un véritable casse-tête pour les agences de l’ONU et les ONG, les vols réguliers leur permettant d’acheminer leur personnel sur le terrain. Interrompre les dessertes aériennes des zones à risques compliquerait encore davantage leur action. "Ce n'est pas une solution et cela affecte nos opérations, celles de l'OMS et de tous les humanitaires qui tentent d'aller sur le terrain", a estimé Mego Terzian, président de MSF France.

De fait, avec l'épidémie, le profil des passagers et la nature du fret a changé. Les vols dans les deux sens acheminent de plus en plus souvent des médecins, des infirmiers, des membres d'ONG et des équipements médicaux. Face à la suspension de certaines dessertes, le Sénégal a consenti à l’ouverture d’un corridor humanitaire aérien pour relier Dakar aux trois pays les plus touchés par Ebola. Trois vols humanitaires sont prévus chaque semaine pour permettre aux agences humanitaires, dont le Programme alimentaire mondial, de transporter leur personnel et leur équipement.

Enfin, une nouvelle problématique a fait son apparition : celle du rapatriement des Occidentaux malades d’Ebola. Hautement infectieux, ils ne peuvent prendre place à bord de vols commerciaux classiques. Des entreprises privées ont donc fait leur apparition dans ce business juteux : l’américaine Phoenix ou encore la PME française Mederic-Air International, comme le raconte Slate.fr.

Des conséquences économiques et sanitaires importantes

Interrompre les liaisons aériennes directes avec les pays touchés par l’épidémie d’Ebola aurait enfin des conséquences sur le plan économique. Déjà, les compagnies aériennes qui doivent se priver de certaines escales ont vu leurs cours en bourse subir les effets de la psychose. En septembre, le directeur des opérations de la compagnie nigériane Arik Airline a notamment confirmé une perte de 1,5 million de dollars par semaine, due à la suspension de ses vols vers les pays touchés par l'épidémie.

Plutôt que des mesures d’isolement, les pays touchés par Ebola n’ont de cesse de réclamer davantage de moyens pour aider les ministères nationaux à mettre en place des mesures de sécurité supplémentaires dans les aéroports, à ériger de nouveaux centres d'isolement, à distribuer des kits de désinfection et informer les populations. C’est pour répondre à ces demandes que les ministres européens des Affaires étrangères, réunis lundi 20 octobre à Luxembourg, ont annoncé envisager la création d’une plateforme civile pour acheminer efficacement l’aide des Vingt-Sept dans les pays touchés par Ebola.

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.