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Christophe de Margerie : disparition d’un patron Total

Christophe de Margerie, PDG de Total, est décédé dans un accident d'avion
Christophe de Margerie, PDG de Total, est décédé dans un accident d'avion Martin Bureau, AFP

Christophe de Margerie, le PDG de Total, est décédé lundi soir dans un crash d'avion près de Moscou. Il restera comme l’un des patrons les plus influents en France qui a tenté d’humaniser l’un des groupes les plus critiqués du pays.

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C’est la mort de l’un des plus influents patrons français. Christophe de Margerie, PDG de Total, est décédé lundi 20 octobre alors qu’il s’apprêtait à quitter la Russie pour revenir en France. Son avion s’est écrasé à l’aéroport de Vnoukovo, près de Moscou, après une collision avec un engin de déneigement.

Les hommages n’ont pas tardé à pleuvoir, jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. “François Hollande avait apprécié en Christophe de Margerie son caractère indépendant, sa personnalité originale et son attachement à son pays”, a annoncé l’Élysée. Le patron du groupe pétrolier français n’avait jamais caché sa proximité avec l’actuel président. “Il avait aussi ce panache, cette volonté d'aller de l'avant, un humour si français et une finesse d'esprit qui en faisait un homme unanimement apprécié”, a ajouté, de son côté, le Premier ministre Manuel Valls sur Europe 1.

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Tous reconnaissent la place à part que cet homme de 63 ans occupait dans le sérail des grands fauves du capitalisme français. Ceux qui l'ont côtoyé lui trouvaient un “humour grinçant”, un “style direct et un franc parler” ou encore de la “bonhomie”. “Big moustache”, comme on le surnommait, tranchait dans le milieu traditionnellement très discret des PDG multimillionnaires du CAC 40.

De Taittinger à Total

Réaction des salariés de Total

Une forte personnalité qu’il doit autant à son parcours personnel qu’à son poste à la tête d’un groupe aussi controversé que puissant. Christophe de Margerie vient d’une famille bien sous tous rapports. Des diplomates du côté parternel, et des chefs d’entreprise côté maternel. Son grand-père, Pierre Taittinger, a fondé la célèbre marque de champagne éponyme. De quoi apprendre à naviguer en milieu cossu et se sentir à l’aise parmi les riches et les puissants de ce monde.

Une scolarité protégée dans un pensionnat sur les hauteurs du Lac Léman, mais côté français, puis un diplôme de l’École supérieur de commerce de Paris (ESCP) contribuent à le préparer à un destin professionnel hors-norme. Il choisit Total, qu’il rejoint à 23 ans. À cette époque, le groupe s’appelait encore la Compagnie française des pétroles.

Après un passage à la direction financière, il entre au directoire en 1993 et décroche, deux ans plus tard, le très sensible poste de directeur général de Total Moyen-Orient. Il y excelle en faisant preuve d’un grand talent de diplomate. De quoi se faire remarquer par la direction du pétrolier français, et plus particulièrement par Thierry Desmarets, son prédécesseur à la tête du groupe.

Moustache médiatique

Christophe de Margerie devient numéro 2 de Total en 1999 et peaufine son image de dauphin pendant huit ans. Lorsqu’il accède aux plus hautes fonctions au sein du groupe pétrolier, d’abord en tant que directeur général en 2007, puis comme PDG en 2010, il est prêt à remettre sa forte personnalité au service d’une multinationale à l’image bien écornée.

Il va se montrer aussi présent médiatiquement que son prédécesseur avait été discret. “Big moustache” cherche à humaniser un géant accusé de polluer à tout va, d’être responsable de l’explosion de l’usine d’AZF en 2001, d’être l’un des pires contribuables français et de faire des affaires pas très nettes avec des pays sulfureux comme l’Iran et la Birmanie.

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Christophe de Margerie profite, aussi, de son exposition médiatique pour faire passer des messages sur l’État économiquement trop présent en France et n’est pas avare de conseils sur la politique industrielle à mener. Mais il n’est pas non plus l’archétype du PDG libéral simplement intéressé par sa fortune personnelle. En 2011, il a été le cosignataire de l’appel de grandes fortunes françaises prêtes à payer une “contribution exceptionnelle”. Il n’hésite pas, non plus, à remettre le patron du Medef, Pierre Gattaz, à sa place lorsque ce dernier plaide pour la suppression de l’impôt sur la fortune. "Non, Pierre, l’ISF ne peut pas être supprimé. Tu le sais bien.", affirme-t-il à l’université d’été du Medef en août 2014.

Très riche, il l’a été : en 2013, Christophe de Margerie a gagné 3,5 millions d’euros. Contrairement à bon nombre de grandes fortunes, il n’a jamais rechigné à parler d’argent. “Une société qui gagne de l’argent, c’est un problème dans ce pays. Limite indécent. Mais ce n’est pas parce qu’on gagne beaucoup qu’on n’est pas humain !”, expliquait-il ainsi dans un long portrait que lui avait consacré le journal “Libération” en 2009. Reste maintenant pour Total à retrouver un “humain” de la même trempe pour le remplacer. Le groupe, qui a tenu une réunion de crise dans la nuit, a fait savoir sans plus de précisions qu'il réunirait un conseil d'administration "dans les plus brefs délais".
 

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