PRIX SAKHAROV

Denis Mukwege : "En RDC, femmes et bébés continuent d’être violés"

Le gynécologue Denis Mukwege lors de la remise d'un prix à Washington, le 25 février 2014.
Le gynécologue Denis Mukwege lors de la remise d'un prix à Washington, le 25 février 2014. AFP
4 mn

Denis Mukwege a reçu, le 21 octobre, le prix Sakharov "pour la liberté de l'esprit" du Parlement européen pour son engagement auprès des femmes victimes de viols et de violences sexuelles dans le contexte des conflits armés. Interview exclusive.

Publicité

Depuis quinze ans, Denis Mukwege s’emploie inlassablement à réparer les corps. Avec ses équipes de l’hôpital de Panzi, à Bukavu, en République démocratique du Congo (RDC), ce gynécologie-obstétricien soigne chaque année plus de 3 500 femmes, violées et mutilées par des hommes en armes. Comme il l’a toujours fait, Denis Mukwege saisit la tribune que lui offre le prix Sakharov, décerné le 21 octobre par le Parlement européen, pour dénoncer le viol comme arme de guerre et faire la lumière sur un conflit oublié. 

"Les femmes continuent à être violées, y compris les bébés. Mettre le projecteur sur les femmes victimes de violences sexuelles, c’est une façon de chercher des solutions", déclare Denis Mukwege sur France 24. "Ces femmes courageuses continuent de se battre ; elles sont entre la vie et la mort à la suite de toutes les blessures qui leur sont infligées", poursuit-il. 

>> À voir sur France 24 : Denis Mukwege, le docteur qui "répare" les femmes mutilées

Le gynécologue, que ses patientes appellent "Docteur miracle", dénonce l’impunité dont jouissent les bandes armées - miliciens ou soldats réguliers, dans la région du Kivu, dans l’est de la RD Congo, très riche en ressources minières. "Il y a des hommes qui sont jugés mais c’est déplorable de voir des criminels qui continuent à avoir des promotions. Ils devraient répondre de leur crime pour montrer que la société n’accepte pas. (…) La meilleure façon d’éviter la répétition est que justice soit faite", explique Denis Mukwege.

Les femmes victimes de violences sexuelles subissent une double peine : en plus de la blessure du viol, elles vivent ensuite l’exclusion sociale et l’offense de voir leur agresseur en liberté. Pour Denis Mukwege, la réparation ne peut se faire sans justice : "Ces femmes sont stigmatisées, exclues de la société et elles se battent pour leur justice. Il ne faut pas les laisser dans l’indifférence totale mais leur montrer que le monde les écoute et est prêt à faire quelque chose pour que justice soit faite. C’est ainsi qu’elle peuvent retrouver la paix."

L’engagement de Denis Mukwege a bien failli lui coûter la vie. Le 25 octobre 2012, il a échappé à une tentative d’assassinat à son domicile. L’un de ses proches a été tué dans l’agression. Mais cela n’a pas suffi à le faire renoncer. Après trois mois d’exil en Suède puis Belgique, le médecin est rentré à Bukavu, auprès des patientes qui l’attendaient. Aujourd’hui, il ne se sent toujours pas en sécurité. "À partir du moment où je ne sais pas qui était derrière l’agression et que je ne connais pas le mobile, comment puis-je dire que je suis en sécurité ?", confie-t-il. Des menaces qui ne le détourneront pourtant pas de son engagement.

WEBDOCUMENTAIRE FRANCE 24
(cliquez sur l'image pour accéder au webdocumentaire)

Avec AFP 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine