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Les femmes victimes de Boko Haram racontent leur calvaire

Des lycéennes ayant réussi à échapper à Boko Haram se rendent dans la ville de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria, le 2 juin 2014
Des lycéennes ayant réussi à échapper à Boko Haram se rendent dans la ville de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria, le 2 juin 2014 AFP

Dans un rapport inédit de l’ONG Human Rights Watch, des dizaines de femmes et de jeunes filles nigérianes, ex-otages de la secte islamiste Boko Haram, ont raconté leurs souffrances au sein des camps de la secte islamiste.

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Le titre du rapport laisse présager de l’horreur de son contenu : "Ces semaines terribles passées dans leur camp : les violences de Boko Haram contre les femmes dans le nord-est du Nigeria". Dans un document de 64 pages, publié lundi 27 octobre, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a méthodiquement compilé les témoignages inédits de 46 femmes nigérianes, jeunes et moins jeunes, toutes victimes de la secte islamiste.

Pendant trois mois, entre juin et août 2014, l’ONG a recueilli les récits de 30 ex-otages enfermés dans les camps de Boko Haram, quelque part dans la forêt de Sambisa et dans les montagnes de Gwoza, dans le nord-est du pays. L’association a également enregistré les dépositions de 16 témoins ayant assisté aux assauts de la secte islamiste contre leurs villages. Depuis 2009, Boko Haram est suspecté d’avoir enlevé plus de 500 femmes et filles dans le pays. Le groupe a intensifié ses enlèvements depuis mai 2013, période à laquelle le Nigeria a imposé un état d’urgence dans les zones où la secte islamiste est particulièrement active.

Le rapport de HWR est d’autant plus édifiant que toutes ces victimes ont pour la première fois accepté de briser la culture du silence entourant ces enlèvements au Nigeria. Il est aussi le premier à donner une idée du quotidien auprès de ces combattants fanatisés. Pour filmer les victimes, HRW a dû protéger l’identité de ces suppliciées, l’ONG a donc flouté leurs visages et plongé leur silhouette dans l’obscurité.

Le viol comme arme de guerre

Les ex-otages qui ont passé entre deux jours et trois mois aux mains de leurs ravisseurs, ont dit avoir été emmenées dans huit camps différents. Partout, le quotidien est le même. Leurs mots sont durs, leurs récits souvent insupportables. Ils racontent pêle-mêle les sévices psychologiques, les séquelles physiques, les conversions, les mariages forcés et les agressions sexuelles. Le viol est légion dans les rangs de Boko Haram. "L'un des hommes m'a violée, je l'ai supplié de m'épargner parce que j'avais mon bébé mais il m'a ordonné de le poser par terre", raconte l’une d’elles.

Pour les femmes mariées de force, le calvaire est double : elles sont quotidiennement agressées sexuellement par leur "mari". "Après m’avoir épousé, mon mari m’a ordonné de vivre avec lui. Je faisais tout pour l’éviter. Mais un jour, il m’a menacé avec un couteau. Il m’a dit qu’il me tuerait si je n’avais pas de rapports sexuels avec lui. Alors, il a commencé à me violer toutes les nuits", témoigne une jeune femme, âgée de 18 ans lors des faits.

"On m’a demandé de porter les munitions"

La mort guette aussi celles qui refusent de se convertir à l’islam. L’une d’elles raconte avoir été menacée de mort, une corde autour du cou, jusqu’à ce qu’elle accepte de renier sa religion. "Ils ont dit : 'Si vous continuez à refuser [de vous convertir à l'islam], nous vous tuerons et nous jetterons vos cadavres dans la rivière'", se souvient la victime. Les combattants sont parfois passés à l’acte et assassinent les plus récalcitrantes, racontent plusieurs témoins.

Réduites à l’état d’esclaves, forcées de faire la cuisine et de nettoyer le camp, certaines subissent, peut-être, un sort plus funeste encore : elles sont envoyées en première ligne des combats. Elles servent tantôt de bouclier humain, tantôt d’aide de camp. "On m'a demandé de porter les munitions et de m'allonger dans l'herbe pendant qu'ils se battaient. Ils venaient s'approvisionner en munitions, au cours de la journée, alors que les combats se poursuivaient", raconte une victime.

"C’était la femme d’un chef. Elle m’a regardé me faire violer"

Le rapport met également en exergue une autre catégorie de femmes, plus méconnue du grand public : les insurgées. Les témoignages des victimes font souvent référence à la violence de ces combattantes de Boko Haram qui, quand elles n’égorgent pas des prisonniers, tabassent les otages ou approuvent leurs viols.

Une Nigériane raconte comment sa grand-mère, enlevée en même temps qu’elle, a été passée à tabac. "La seule erreur de ma grand-mère est d’avoir répondu un peu durement à une femme de Boko Haram. Mais comment pouvait-elle savoir qu’elle était avec eux ? Quand elle a commencé à la frapper, j’ai hurlé mais ils m’ont emmenée plus loin", explique une autre femme. Une autre raconte comment ces femmes aident les hommes à violer les otages. "Un combattant est venu, un jour. Un chef l’avait choisi pour être mon époux. La femme de ce chef était là, elle a bloqué la porte et elle m’a regardé me faire violer".

Le manque de soutien des autorités

Reste qu’il est difficile de savoir si toutes ces insurgées ont rejoint les rangs de la secte de leur plein gré. Rien ne permet de prouver, pour l’instant, que ces femmes se sont engagées volontairement, précise HRW. En juillet, "une enfant de 10 ans a été interceptée par les autorités nigérianes avec une ceinture d’explosifs autour de sa taille, écrit l’ONG. Les combattants de Boko Haram utilisent les jeunes filles pour mener des attaques, elles passent plus facilement les contrôles et les check points."

Au-delà des entretiens, HRW dénonce enfin le manque d’implication des autorités nigérianes dans le suivi psychologiques des anciens otages. Toutes ces femmes, livrées à elles-mêmes avec de graves traumatismes psychologiques, vivent dans la peur d’être kidnappées à nouveau. Aucune disposition médicale n’existe pour les aider à se reconstruire. "Je n’arrive plus à dormir. Je fais des cauchemars. Mon père me dit de tout oublier. Je n’y arrive pas", confie une adolescente de 17 ans qui, depuis son retour à la maison, frotte continuellement ses jambes avec la paume de ses mains. "J’ai constamment peur. Je pense tout le temps à la mort…"

Une autre se souvient de la mise en garde des combattants : "Vous êtes les filles à la tête dure qui s’entêtent à aller à l’école alors que nous avons dit que ‘boko’ est ‘haram’ ["L’éducation" est un "péché", NDLR]. Nous allons vous tuer ici, aujourd’hui". Aucune des victimes interrogées par Human Rights Watch n’a été capable de retourner à l’école.

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