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Afrique

Burkina Faso : Compaoré refuse de démissionner et évoque une "transition"

© Issouf Sanogo, AFP | Les manifestants ont également mis le feu aux locaux du parti de Blaise Compaoré, le Congrès pour la démocratie et le progrès.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 31/10/2014

L’armée burkinabè a pris le pouvoir jeudi, au terme d’une journée d’émeutes contre le vote d’un projet de réforme constitutionnelle. Le président, Blaise Compaoré, refuse de céder à la pression de la rue qui exige son départ.

L’armée a pris le pouvoir jeudi 30 octobre au soir au Burkina Faso, après que le pays s'est embrasé à Ouagadougou et en province. Le président Blaise Compaoré refuse de mettre un terme anticipé à son mandat malgré les appels lancés par les manifestants et la tête de file de l’opposition, Zéphirin Diabré.

Selon l’opposition, le bilan de cette journée d’émeutes serait d’une trentaine de morts et plus de cent blessés, mais personne n’a précisé s’il s’agissait d’un bilan national ou seulement de la ville de Ouagadougou. L'AFP n'a pu confirmer que quatre morts et six blessés graves, ces derniers étant tous soignés à l'hôpital Blaise Compaoré, à Ougadougou.

Alors que les députés étaient rassemblés à l’intérieur de l’Assemblée nationale jeudi matin pour voter un projet de loi qui devait permettre de modifier l’article 37 de la Constitution, les manifestants se sont introduits dans le bâtiment avant de l’incendier. La télévision publique a été prise d’assaut. Des violences ont également éclaté en province, notamment dans la ville de Bobo Dioulasso, à l’ouest du pays, assorties d’appels à la démission du président.

Une mesure que ce dernier exclut toujours même s’il a déclaré au cours d'une allocution télévisée avoir "compris" le message de la population et pris "la juste mesure des fortes aspirations au changement". Le chef d’État contesté s’est dit "disponible" pour "ouvrir des pourparlers" pour "une période de transition" à l'issue de laquelle il "(transmettra) le pouvoir au président démocratiquement élu".

Ces déclarations ont fait bondir Bénéwendé Sankara, un ténor de l'opposition, pour qui le départ du président est "un préalable non négociable". Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 1987, cela fait 27 ans que Blaise Compaoré est à la tête du Burkina Faso.

"Nous voulons Lougué"

Des tirs se faisaient encore entendre jeudi soir aux abords de la présidence. Des soldats de la garde présidentielle, très nerveux, en interdisaient l’accès. Un couvre-feu est désormais imposé "sur l'ensemble du territoire de 19h à 6h". A l'inverse, le président burkinabè a levé jeudi soir l'état de siège qu'il avait lui-même décrété dans l'après-midi.

Le pouvoir est actuellement aux mains de l’armée mais les manifestants ont appelé jeudi un homme à prendre le pouvoir : Kouamé Lougué. Cet ancien chef d'état-major et ministre de la Défense a été limogé en 2004. Des dizaines de milliers de manifestants lui ont demandé de prendre le pouvoir dans un rassemblement jeudi après-midi. "Nous voulons Lougué", a déclaré une femme, qui a souhaité garder l'anonymat.

L'ancien militaire, qui a rencontré les plus hauts gradés du pays, s'est aussi entretenu avec une autorité coutumière très respectée dans le pays, le Mogho Naba, le "roi" des Mossi, l'ethnie la plus nombreuse au Burkina.

Blaise Compaoré appartient à cette ethnie. En faisant voter au Parlement un projet de réforme de la Constitution, il espérait pouvoir se maintenir aux affaires après 2015. Le projet devait faire passer de deux à trois le nombre de mandats consécutifs que pourrait effectuer un chef de l’Etat.

Plus tôt dans la journée de jeudi, le régime a tenté de calmer les esprits en annonçant l'annulation du vote du projet de révision constitutionnelle. Mais cela n’a pas suffit à calmer les manifestants, déjà descendus dans la rue mardi pour une manifestation historique. Les opposants se prenaient même, ces derniers jours, à rêver d'un renversement du régime, longtemps considéré comme l'un des plus stables de la région.

Avec AFP

 

Première publication : 31/10/2014

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