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Nucléaire iranien : incertitudes et grand bluff à la table des négociations

Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif et son homologue américain John Kerry, le 9 novembre 2014.
Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif et son homologue américain John Kerry, le 9 novembre 2014. Nicholas Kamm, AFP

Il ne reste plus que deux semaines aux négociateurs iraniens et occidentaux pour s'entendre avant l'expiration de l'accord intérimaire sur le nucléaire iranien signé à Genève il y a un an. Le temps presse, les chances de réussite sont minces.

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La date butoir pour parvenir à un accord global sur le dossier nucléaire iranien, fixée au 24 novembre, approche à grand pas. Or, les chances de mettre fin à une crise diplomatique et aux blocages qui durent depuis dix ans restent incertaines.

Les hauts responsables politiques de l'Iran et du groupe 5+1 (Royaume-Uni, Chine, France, Russie, États-Unis et Allemagne), sont réunis depuis lundi 10 novembre à Mascate, la capitale omanaise, pour tenter de faire avancer les discussions. Jusqu’ici en vain : aucune percée n’a été annoncée pour l'instant. S’ils ne parviennent pas à s’entendre, ils auront une toute dernière chance lors de l’ultime ligne droite des négociations, prévue à partir du 18 novembre à Vienne.

Comme avant toute joute diplomatique qui s’annonce serrée, l’heure est au grand bluff : chaque partie cherche à montrer ses muscles avant de s’asseoir à la table des négociations. Ainsi, à la veille de la réunion de Mascate, Barack Obama faisait part de son pessimisme, en estimant qu'il y avait "encore un fossé important" à combler pour parvenir à un accord.

La semaine dernière déjà, le chef de la diplomatie américaine John Kerry avait prévenu que les négociations deviendraient beaucoup plus compliquées si un accord ne devait pas être conclu avant le 24 novembre. Non sans avertir que le groupe 5+1 ne prévoyait pas - pour le moment - de prolonger les discussions au-delà de cette date butoir.

Côté iranien, le guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei, à qui revient le dernier mot sur le nucléaire, a répliqué lundi via Twitter que l’Iran était déterminé "à clore le dossier nucléaire, malgré la volonté des ennemis [Washington, NDLR] de le prolonger". "Parvenir à un résultat d'ici le 24 novembre, c'est très difficile, mais nous ne désespérons pas", a jugé pour sa part le vice-ministre des Affaires étrangères de la République islamique, Abbas Araghchi.

Rapprochement en vue ?

Toujours est-il que, malgré ces déclarations alarmistes, quelques indices positifs sont venus relancer les spéculations sur l’issue des négociations. Ainsi, la presse internationale, qui est certes partagée entre le camp des pessimistes et des optimistes, a dévoilé ces derniers jours des informations allant dans le sens des seconds.

Ainsi, le 6 novembre, "The Wall Street Journal" révélait l'existence d'une lettre secrète, adressée en octobre par Barack Obama au guide suprême iranien, Ali Khamenei. Selon le quotidien américain, le président des États-Unis y proposait de discuter d’une coopération entre les deux pays dans la lutte contre l'organisation de l’État islamique (EI), à condition de parvenir à un accord sur le nucléaire iranien. Une démarche étonnante et impensable il y a quelques années tant les deux pays, qui n'ont officiellement plus de relations diplomatiques depuis 1979, se vouent une méfiance réciproque.

Ce mardi, une nouvelle révélation, l’œuvre cette fois du prestigieux journal britannique "The Times", est venue renforcer le camp des optimistes. À en croire le quotidien, Téhéran aurait récemment entamé, dans le plus grand secret, des pourparlers avec Washington dans le but d’ouvrir un bureau commercial américain en Iran. Un pas de plus vers un réchauffement de leurs relations, conditionné lui aussi à la conclusion d’un accord sur le nucléaire. Selon "The Times", "le gouvernement iranien serait favorable à une extension limitée de la présence diplomatique des Etats-Unis à Téhéran". Une information démentie par la diplomatie américaine.

Iraniens et Américains pressés d’en finir

Mais au-delà de ces indices et de leurs interprétations, le camp des optimistes mise surtout sur l’intérêt et l’empressement des deux parties, Américains et Iraniens, à s’entendre rapidement. En effet, il devient urgent pour l’administration Obama d’arracher un accord historique à même d’être présenté comme une victoire diplomatique. Car la défaite démocrate aux élections de mi-mandat a offert la majorité au Congrès américain aux républicains, qui accusent Obama d’être trop conciliant avec les Iraniens.

Une nouvelle donne qui oblige le président américain à agir avant le changement de majorité en janvier 2015. Faute de quoi il lui serait difficile d’obtenir des élus républicains, partisans de la manière forte contre Téhéran, une éventuelle prolongation des négociations, si jamais aucun accord n’intervenait pas avant la date fatidique du 24 novembre. Pis, le Congrès pourrait décider de nouvelles sanctions contre Téhéran et réduire à néant la politique d’ouverture de Barack Obama à l’égard de l’Iran.

Du côté iranien, le camp conservateur, qui rejette la politique de détente envers l'Occident et refuse toute concession à "l’ennemi américain", maintient également la pression. Il exige notamment que l’éventuel accord final soit ratifié par le Parlement, une difficulté de plus pour des négociateurs iraniens sous surveillance.

Le président modéré Hassan Rohani, qui joue sa crédibilité dans cette affaire, et son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif ont promis de signer un accord qui ne priverait le pays d’aucun de ses "droits nucléaires" ainsi qu’une levée totale des sanctions. Ce dernier point est une nécessité pour le pays et son économie chancelante.

En outre, la perspective d’une détente durable avec les Occidentaux, si un accord est conclu, offrirait un répit bienvenu au régime iranien pris dans la tourmente d’un Moyen-Orient à feu et à sang. Et ce de l’aveu même du président du Parlement Ali Larijani, qui a récemment déclaré que la conclusion d’un accord sur le nucléaire pourrait avoir des répercussions positives dans la région.

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