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Pourquoi le conflit israélo-palestinien devient une guerre de religion

Des forces de sécurité israéliennes surveillent le dôme du Rocher lors de la prière du vendredi le 31 octobre.
Des forces de sécurité israéliennes surveillent le dôme du Rocher lors de la prière du vendredi le 31 octobre. Jack Guez, AFP

Ce n’est pas encore et ce ne sera peut être jamais une 3e intifada, mais les actes violents se multiplient entre Israéliens et Palestiniens. Une violence qui s’appuie davantage sur les clivages religieux, compliquant encore un conflit inextricable.

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Une mosquée incendiée en Cisjordanie, un cocktail Molotov lancé contre une synagogue d’une localité arabe du nord d’Israël, mardi 12 novembre. Dans les deux cas, il n’y a que des dégâts matériels. Pourquoi s’attarder sur ces évènements, quand par ailleurs un soldat israélien est poignardé en pleine rue à Tel Aviv ou quand des manifestants palestiniens sont victimes de tirs à balles réelles par la police israélienne ?

Parce que de tels actes étaient jadis assez rares et qu'ils ont tendance à se multiplier. Parce qu’ils traduisent une inquiétante dérive d’un conflit entre deux nationalismes vers un conflit religieux.

La deuxième intifada, en 2000, avait déjà pour prétexte la visite controversée d’Ariel Sharon sur l’actuelle esplanade des Mosquées à Jérusalem, qui représente pour les juifs l’ancien emplacement du Temple de Salomon, détruit par les Romains. Pendant des décennies de conflit un statu quo précaire était tant bien que mal respecté : les musulmans avaient l’exclusivité de la prière sur l’esplanade, les juifs se contentant de prier devant le vestige du mur occidental du Temple (dit "mur des Lamentations"), en contrebas.

Mais depuis quelques années un courant de plus en plus actif de la droite religieuse israélienne conteste ce fragile équilibre et réclame le droit pour les juifs de se rendre sur les lieux où s’élevait jadis le Temple, dont la destruction sonna le début de la dispersion du peuple juif. Certains extrémistes militent même pour la destruction des mosquées érigées par la suite, souillant à leurs yeux ce qui fut le premier lieu saint du judaïsme. Le progrès de ce mouvement de type messianique, inexistant lorsque fut créé l’État d’Israël et qui est parvenu à noyauter le Likoud de Benjamin Netanyahou, a été fort bien retracée par Charles Enderlin dans son dernier livre "Au nom du Temple".

Pour être tout à fait juste, ce courant de l’extrême droite israélienne n’est pas le seul responsable de cette évolution. La dialectique du Hamas tourne régulièrement autour de la supposée "souillure" juive en Palestine que représenterait Israël. Et Arafat, décédé il y a dix ans, multipliait lui-même les clins d’œil religieux, comme lorsqu’il déclarait souhaiter que sa dépouille repose sur l’esplanade des Mosquées.

Un conflit politique peut espérer trouver sa solution dans un compromis du même ordre. Mettez-y de l’huile sur le feu en recourant à la symbolique religieuse et c’est l’assurance d’un affrontement pour l’éternité. Il rend notamment pratiquement impossible le maintien d’une présence juive dans un État Palestinien indépendant et de plus en plus délicate la situation des arabes de nationalité israélienne, qui sont rejetés vers les marges.

Annexion rampante

Issu d’un courant nationaliste mais laïc, Netanyahou se montre de plus en plus otage de la frange religieuse du Likoud. Même s’il s’est personnellement prononcé pour la solution à deux États, concrètement, sa politique rend plus probable l’évolution d’Israël vers un État binational (ce qui scellerait la fin du rêve sioniste d’un État des juifs) ou pire, vers un État reposant sur la discrimination entre ses différents habitants. La Knesset examinera bientôt un projet de loi prévoyant d’appliquer la loi israélienne aux colons de Cisjordanie, alors qu’ils sont soumis aujourd’hui - de même que les palestiniens - au réglement de l’administration militaire. Quel que soit l’avenir du projet, il représente, aux yeux d’Ofer Bronchtein, président du Forum international pour la paix, "une volonté d’annexion rampante" de la Cisjordanie.

À quoi ressemblerait un État binational ? S’il restait basé sur la démocratie (un homme, une voix), cela signifierait tout simplement la fin de l’État juif. Pour que les juifs continuent d’incarner le destin de ce pays, il n’auraient donc pas d’autre choix que de recréer une sorte d’Afrique du Sud d’avant Mandela. Vous avez dit apartheid ? Le gouvernement israélien a longtemps qualifié d’antisémites (et il y en eut !) tout ceux qui risquaient cette analogie. Or, de plus en plus de personnalités israéliennes insoupçonnables ont mis en garde contre ce risque : Ehoud Olmert, Ehoud Barak, et récemment l’actuelle ministre de la Justice et ancienne ministre des Affaires étrangères Tsipi Livni, réagissant à la demande des habitants juifs des colonies de pouvoir se déplacer dans des autobus spéciaux interdits aux palestiniens. Évidement cette demande est faite pour des raisons sécuritaires et non sur la base de préjugés raciaux, mais au bout du compte, quelle différence ?

À l’approche des primaires internes du Likoud, Netanyahou sera tenté de donner de plus en plus de gages à son extrême droite, tandis que les centristes de la coalition se demandent ce qu’ils y font encore. Le ministre de l’Environnement (et transfuge du Parti travailliste) Amir Peretz a déjà annoncé son intention de la quitter.

Telles sont les nouvelles données du conflit israélo-palestinien. La possibilité d’une solution "à deux États" s’éloigne. Le paradoxe est que ses derniers avocats, au centre et à gauche de l’échiquier politique israélien, sont sans doute davantage fidèles au projet des pionniers du sionisme que les nationalistes religieux.

L'interview d'Ofer Bronchtein

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