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Moscou passe par la Chine pour contourner les sanctions occidentales

Vladimir Poutine et Xi Jinping, deux amis de circonstances au sommet de l'APEC
Vladimir Poutine et Xi Jinping, deux amis de circonstances au sommet de l'APEC Grec Baker, AFP

Pris à la gorge par les sanctions occidentales, Moscou se tourne vers la Chine pour continuer à exporter ses matières premières et financer sa politique interventionniste dans l’est de l’Ukraine. Une aubaine pour Pékin.

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Après deux mois de trève fragile dans l’est de l’Ukraine, Moscou semble reparti sur le chemin du conflit armé. L’ONU a, d’ailleurs, déclaré que le risque de “guerre totale” était réel. Comment expliquer un tel changement d’attidude de la Russie ? Depuis leur mise en place au printemps 2014, les sanctions occidentales semblent avoir porté leur fruit : l’économie russe tourne au ralenti, une croissance d'à peine 2 % est attendue cette année, et l’établissement de listes noires d’oligarques, devenus persona non grata, a irrité les milieux d’affaires moscovites. Vladimir Poutine eut beau bombé le torse face à cette pression économique, il dût néanmoins mettre de l’eau dans son vin expansionniste.

Pékin n’est peut-être pas étranger à ce sursaut russe. Cette nouvelle escalade entre Moscou et les Occidentaux intervient quelques jours après la signature, le 9 novembre, de 17 contrats de coopération économique et militaire entre la Chine et la Russie. Gazprom a notamment conclu un accord avec le géant chinois de l’énergie CNPC pour qu’une partie du gaz qui passe par le gazoduc Altaï soit livrée aux Chinois. Ce nouveau partenariat devrait, d’après le PDG de Gazprom Alexeï Miller, permettre à la Chine de devenir le premier importateur de gaz russe devant l’Europe.

Pluie d’accords sino-russes

Ce n'est d'ailleurs pas premier accord financièrement juteux pour Moscou signé ces derniers mois avec Pékin. Depuis les premières sanctions économiques occidentales, ils se sont en fait multipliés. En mai dernier, les deux pays ont conclu un pacte historique dans le secteur gazier, d’une valeur de 321 milliards d’euros sur 30 ans. Plusieurs consortium publics chinois ont, en outre, investi, ces dernières semaines, dans des entreprises russes.

À tel point que le site américain d’information “The Daily Beast” a affirmé, mercredi 12 novembre, que “la Chine finance la politique d’agression de Poutine”. De l’argent frais qui arrive à point nommé pour Moscou. Jean-François Dufour, expert de l’économie chinoise et président du cabinet de conseil China DCA-Analyse, est d’accord sur le constat. “La Russie a réussi à substituer un client, l’Europe, par un autre, la Chine”, reconnaît-il. Selon lui, cette multiplication des contrats sino-russes a permis à Moscou “d’avoir accès à des fonds qui auraient pu lui manquer en raison des sanctions occidentales” pour financer sa coûteuse politique militaire.

Front anti-américain ou opportunisme économique ?

La consécration d’un front Pékin-Moscou anti-occidental, façon nouvelle guerre froide ? Jean-François Dufour n’y croit pas. “Pékin n’a aucun intérêt à ce que la situation s’embrase en Ukraine, bien au contraire”, affirme-t-il. Ce spécialiste rappelle que la Chine est avant tout une économie exportatrice qui a besoin d’un environnement international serein pour pouvoir commercer en paix. Une reprise des combats et une escalade diplomatique entre Russes et Occidentaux iraient à l’encontre de la volonté du régime chinois.

Pourquoi alors offrir une bouffée d’air financière à la Russie ? Par pur opportunisme, juge Jean-François Dufour. “Même si on ne connaît pas les détails des accords conclus, je parie que le prix négocié est à l’avantage de la Chine car la Russie est en position de faiblesse à cause des sanctions occidentales”, estime-t-il. Ainsi les négociations autour de la livraison de gaz par le gazoduc Altaï “achoppaient depuis des mois à cause de désaccords autour du prix”, rappelle Jean-François Dufour. Ce blocage a disparu au moment où la Russie était économiquement acculée.

Les accords sino-russes sont, peut-être, très avantageux à court terme pour Moscou puisqu’ils lui fournissent un accès rapide à des fonds. Mais sur le moyen et long terme, c’est Pékin “qui profite le plus de la brouille entre la Russie et les Occidentaux, car cela lui a permis de négocier au bon moment une nouvelle source d’approvisionnement en énergie”, note Jean-François Dufour. La crise ukrainienne a offert à Pékin l’opportunité idéale de s’assurer que ce ne sont pas seulement les États-Unis et ses alliés dans le Golfe fixeront la facture énergétique de la croissance chinoise.
 

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