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Documentaire : quatre mollahs et un athée pour un huis clos iranien

Extrait d'"Iranien", le documentaire de Mehran Tamadon en salles le 3 décembre 2014.
Extrait d'"Iranien", le documentaire de Mehran Tamadon en salles le 3 décembre 2014. Capture d'écran Youtube

Pendant 48 heures, un réalisateur franco-iranien s'est enfermé dans une villa avec quatre religieux. Une expérience inédite à voir dans le film "Iranien". Mehran Tamadon raconte comment il les a convaincus d'accepter ce huis clos.

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Le documentaire "Iranien" de Mehran Tamadon met en scène un huis clos inédit. Le réalisateur s'est enfermé 48 heures dans une villa à 60 kilomètres de Téhéran avec quatre mollahs. Le film, qui sort en salles le 3 décembre, oscille entre moments dramatiques - quand le dialogue bute entre le Franco-Iranien ouvertement athée et les religieux garants de la doctrine chiite de Qom -, et instants comiques, tant l’écart est grand entre leurs deux conceptions du "vivre ensemble". Car c’est cette notion que Mehran Tamadon se plaît à questionner dans son documentaire.

Il aura fallu deux ans au réalisateur avant de convaincre les religieux iraniens de bien vouloir se prêter au jeu : vivre sous le même toit que lui le temps du tournage. Une première fois en 2011, il parvient à convaincre quelques mollahs de participer à son film, mais pendant le tournage ils se désistent, les choses tournent mal. "Tous les jours ils venaient dans l’appartement que j’avais loué, mais ils refusaient de manger avec moi, ou de boire le thé si ma main mouillée avait pris le verre. Ils ne pouvaient pas toucher les poignées des portes. Après plusieurs jours de discussions, l’un d’entre eux m’a expliqué que c’était parce que j’étais non-croyant", raconte à France 24 le réalisateur.

Athée, Mehran Tamadon est considéré comme "impur" par les plus fondamentalistes. Mais ce n'était pas la seule barrière. À ce rejet religieux s'ajoute la peur des représailles. Les participants au premier tournage ont en effet redouté la réaction des autorités iraniennes. Mehran Tamadon a d'ailleurs appris que certains d'entre eux avaient été interrogés par les renseignements, avant d'avoir très vite lui aussi les autorités sur le dos. En février 2011, son passeport est confisqué, l’empêchant de rentrer en France.

Certains ne veulent pas de ce film. Lui insiste et s’explique, il ne cherche pas la polémique, seulement le dialogue. Il ne veut pas rester sur un échec et souhaite montrer la possibilité de vivre ensemble, pas son contraire. En 2012, il persiste et entame un nouveau tournage avec quatre autres mollahs.

"Je leur ai dit que j’étais athée"

"Je suis curieux de celui que je pense être infiniment différent de moi", raconte Mehran Tamadon, obsédé par l'échange. Dans son précédent documentaire "Bassidji", il est allé à la rencontre de ces milices du pouvoir iranien. De la même manière que pour "Iranien", il avance à visage découvert. "Je n’ai jamais caché que je venais de France et que j'avais grandi dans une famille de gauche. Je leur ai dit que j’étais athée et que j'avais vécu avec ma compagne sans être marié", précise-t-il. Dans "Iranien", le plus jeune des mollahs, encore "apprenti", n’en revient pas quand Mehran Tamadon lui jure qu’il n’imagine pas de vie après la mort. Tous deux sont Iraniens, mais un fossé sépare leur conception de la vie.

À son tour, Mehran Tamadon tombe des nues lorsqu'à la suite de l’appel téléphonique d’une fidèle, l’un des dignitaires consulte son ordinateur portable. Un logiciel de fatwa recense les conseils juridiques de chaque ayatollah pour répondre à la question de la jeune fille au bout du fil. Elle souhaiterait avorter car elle est au bord du divorce. Cette fois la réponse sera négative puisque l’avortement est interdit, sauf si la vie de la mère ou de l’enfant est menacée au moment de l’accouchement.

Autre scène qui fait sourire le réalisateur : dans le jardin de la villa, au moment de cuire les brochettes de kebab, le plus vieux des mollahs iraniens évoque la sexualité. "L’homme s’excite vite par nature, pas la femme. Alors doit-on demander à l’homme ou à la femme de se cacher ?", lui demande en substance le vieil homme, qui cherche à le convaincre de l’intérêt du port du voile.

Joute verbale, musique et épis de maïs

Dans le groupe des religieux, au-delà de l’idéologie, la personnalité de chacun prend le pas. Il y a le mollah gourmand, le bonhomme rieur et plaisantin, le plus âgé à la barbe grise et au regard plus sévère, non dénué d’un fond de malice, et puis un très jeune qui s’avérera finalement être le plus austère de tous. Lui, il interdirait toute musique s'il le pouvait, alors que le vieux mollah aime chanter. On le découvre au détour d’une scène magique, où il déploie une voix douce et profonde, tout en s’attelant à retourner les épis de maïs posés sur la cendre du barbecue fumant.

Durant ces 48 heures, la méfiance entre les personnages que tout oppose laisse place peu à peu à l’intimité. Les mollahs retirent leur turban, font venir femmes et enfants dans la villa - même si les épouses n’apparaissent quasiment jamais à la caméra. Mehran et les mollahs mangent ensemble, cuisinent ensemble, font même la sieste côte-à-côte après leurs longues conversations… Sans cesse, les théologiens cherchent à convaincre le Franco-Iranien mais entre leurs joutes verbales se glissent de vrais instants de partage. Même si le malaise peut ressurgir sans crier gare, car la tension due au dispositif artificiel ne quitte jamais l’écran.

À tout moment, le réalisateur s’attend à ce que ses invités claquent la porte. "Au final ils m’ont écouté bien que j’aie affirmé mes différences. Pour moi c’est très important qu’ils soient restés jusqu’au bout. Partir aurait été nier mon existence", retient Mehran Tamadon pour qui ce film est le résultat d’une véritable quête d’identité.

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