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SYRIE

Mickaël Dos Santos, des bords de la Marne au jihad en Syrie

La justice française a confirmé, mercredi, que des "indices précis et concordants" avaient permis d'identifier Mickaël Dos Santos.
La justice française a confirmé, mercredi, que des "indices précis et concordants" avaient permis d'identifier Mickaël Dos Santos. Compte twitter dos santos mickaël
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Il a été identifié par le parquet de Paris comme l’un des bourreaux de l’organisation de l’État islamique. Portrait de Mickaël Dos Santos, un jeune Français de 22 ans, sans histoire, qui en six mois s’est radicalisé.

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Mercredi 19 novembre, des sources proches des services spécialisés français indiquaient avoir des "indices précis et concordants" qui permettaient d'identifier Mickaël Dos Santos, comme étant l'un des bourreaux de nationalité française ayant participé à la décapitation de 18 soldats syriens, dans une vidéo diffusée dimanche 16 novembre. Pourtant, le lendemain, le jihadiste en question a nié ces informations sur tweeter.

Dos Santos n’est pas inconnu des services anti-terroristes. Son nom était apparu à l'automne 2013 dans l'enquête sur le démantèlement d'une filière d'envoi de jihadistes vers la Syrie. À l’époque, l’enquête s’était concentrée autour d'une mosquée de Villiers-sur-Marne, fréquentée depuis 2009 par Dos Santos et des proches.

C’est dans cette mosquée Al Islah que l’avenir de ce jeune converti s’est sûrement scellé. C’est là, en effet, que Mickaël a passé ses après-midi dès l’année 2009 pour parfaire son "éducation" religieuse. "Il y avait ses habitudes", confie l’un des responsables de l’établissement, c’était un "garçon discret". Comme l’écrasante majorité des jihadistes, c’est sur Internet, seul, qu’il se serait radicalisé. Et qu’il a méthodiquement planifié son départ en Syrie avant de s’y envoler à l’été 2013 sous le nom d’Abou Othman.

"Ils ont dû le droguer pour qu’il devienne comme ça"

Né le 17 janvier 1992, Mickaël Dos Santos, d’origine portugaise, a grandi avec ses deux frères et sa mère dans une HLM de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). Au quatrième étage de la résidence où il vit, le jeune garçon de confession catholique est un enfant comme les autres, aimant et gentil. Sa famille vit modestement, le père a quitté le domicile conjugal, la mère fait des ménages pour subvenir aux besoins de ses trois fils.

>> À lire sur France 24 : un Français, Maxime H, formellement identifié dans la dernière vidéo de l'EI

"Il était si gentil, si gentil, ils ont dû le droguer pour qu’il devienne comme ça. Il était catholique, il a fait le catéchisme. Je ne sais pas comment ils lui ont tourné la tête", raconte sa grand-mère Maria au "Monde". C’était un "mec normal", confie de son côté l'un de ses amis d'enfance, interviewé sur BFMTV. "C'était un jeune qui allait à l'école, qui disait 'bonjour' à tout le monde, un dragueur, un danseur."

En six mois, pourtant, Mickaël deviendra quelqu’un d’autre : un "étranger", lâche sa grand-mère. Il se convertit à l’islam en 2009, juste avant son entrée au lycée. Sa mère le supporte difficilement. "Elle était sévère avec lui. Elle a mal vécu la conversion de son fils", explique un voisin à "20 minutes". Elle est surtout désemparée devant son enfant qui n’a qu’une obsession : convertir sa famille. Il ne partage plus les dîners avec ses frères, s’enferme dans sa chambre pour y prier "tout le temps", s’irrite à la moindre remarque et finit par couper tout dialogue avec ses proches.

"Il m’a demandé de porter le voile et de quitter l’école"

Sa petite-amie de l’époque, aujourd’hui âgée de 24 ans, se souvient de ce changement brutal. Avant, c’était un garçon "fashion", qui "se la pétait un peu", qui adorait la tektonik et se passionnait pour le football. "Puis, un jour, c’était en mai, il m’a annoncé qu’il voulait se convertir. Il m’a demandé de porter le voile et de quitter l’école. C’est là qu’on s’est séparé. Il s’est radicalisé d’un coup, il est passé du coq à l’âne. Il s’est converti une semaine après notre séparation", explique la jeune fille sous couvert d'anonymat au "Monde".

Très prosélyte, Mickaël se met à fréquenter assidument la mosquée de Villiers-sur-Marne, dans la ville voisine. Sa barbe pousse, un bonnet blanc cache ses cheveux et les djellabas remplacent les jeans. Dans la résidence, les voisins parlent désormais d’un jeune homme au "regard fuyant", qui ne passe pas inaperçu avec sa nouvel tenue vestimentaire. Dans son lycée professionnel Samuel-de-Champlain, où il passe un BEP peinture, il refuse de serrer la main des filles, et devient le leader d’un trio d’amis qui prie dans les couloirs du l’établissement.

Ses professeurs s’inquiètent de ce soudain changement de comportement. En classe de première, il abandonne tout. Il arrête les cours juste avant de passer son baccalauréat professionnel. Il prend ses distances avec sa famille. À l’été 2013, c’est le grand saut. Pour la première fois, Mickaël refuse de partir à Lisbonne avec sa famille où il passe chaque année ses vacances. "Il est resté seul à Champigny. C’est là que nous avons appris qu’il était parti en Syrie", se souvient sa grand-mère.

Mickaël appelle les Français à tuer "n’importe quel civil"

Sur les réseaux sociaux, sa dévotion à l’EI est sans limite. Mickaël Dos Santos a totalement laissé place à son "double" Abou Othman qui poste des photos de têtes coupées, exhorte les Français à rejoindre les rangs jihadistes.

À la mi-octobre, il est identifié dans une vidéo où il menace la France. C’est là que les services de renseignement le pistent. Sur ces images, à visage découvert, on le voit assis sur le siège conducteur d'une voiture, s'exprimer sur un ton vindicatif. On distingue également le canon de son arme posé à côté de lui. Il appelle en français "tous les frères qui vivent en France" à "tuer n'importe quel civil" en représailles aux raids de l'armée française contre l'organisation de l'EI en Irak.

>> À lire sur France 24 : Les doutes persistent sur l'identité du second bourreau français

Avec AFP

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