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Dernière ligne droite des négociations : bluff et intimidations à Vienne

Les ministres des Affaires étrangères iranien et américain se sont rencontrés à Vienne, vendredi matin, en compagnie de l'ex-représentante européenne Catherine Ashton.
Les ministres des Affaires étrangères iranien et américain se sont rencontrés à Vienne, vendredi matin, en compagnie de l'ex-représentante européenne Catherine Ashton. Vladimir Simicek, AFP

Fuites savamment distillées puis immédiatement démenties… L’habituel jeu des discussions diplomatiques bat son plein à Vienne, alors que l’Iran et les Occidentaux sont réunis pour la dernière ligne droite des négociations sur le nucléaire iranien.

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Les négociations sur le nucléaire avec l’Iran qui se déroulent depuis mardi à Vienne, en Autriche, sont entrées dans une phase décisive, vendredi 21 novembre. Mais difficile d'y voir clair, tant les différentes parties envoient des messages contradictoires.

En début d'après midi, Mohammad Javad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères, avait fait fuiter l'information selon laquelle il se préparait à rentrer à Téhéran, une annonce vue comme une avancée dans les discussions. Mais ce dernier a finalement renoncé à son voyage, mettant de nouveau la pression sur les grandes puissances.

"Les discussions n'en sont pas à un stade qui nécessite le départ de Zarif pour Téhéran. Par conséquent, il n'y va pas et les discussions continuent", a déclaré un membre de sa
délégation ayant requis l'anonymat, selon les agences de presse iraniennes Isna et Irna.

>> Reportage à visionner sur France 24 : Au coeur de la centrale nucléaire de Téhéran

Mohammad Javad Zarif avait dans un premier temps envisagé de se rendre à Téhéran pour des consultations après s’être entretenu durant deux heures, vendredi matin à Vienne, avec John Kerry, le secrétaire d’État américain, accompagné de l’ex-représentante européenne Catherine Ashton, qui continue de coordonner la négociation. Les diplomates s’étaient déjà rencontrés la veille dans un palace de la capitale autrichienne et vont de nouveau discuter, vendredi soir, a annoncé un responsable américain en fin d'après-midi.

À quelques dizaines d'heures de la date-butoir pour la fin des négociations, fixée au 24 novembre, les désaccords ont été aplanis sur de nombreux points entre l'Iran et les grandes puissances du "5+1" (Chine, États-Unis, France, Russie, Royaume-Uni et Allemagne). Mais deux divergences majeures persistent.

Les "5+1" souhaitent que la République islamique réduise fortement sa capacité d'enrichissement d'uranium, afin qu'elle soit privée durablement de la possibilité d'obtenir l'arme atomique. L'Iran veut à l'inverse conserver - et même amplifier - cette capacité, dont le pays dit avoir besoin pour alimenter ses futures centrales nucléaires.

Une impulsion politique pour éviter l’impasse

Selon des sources occidentales, l'Iran réclame par ailleurs une levée immédiate de toutes les sanctions qui lui ont été infligées au long d'une décennie de controverses sur son programme atomique.

Téhéran a toujours nié que ce programme ait des visées militaires, et dénonce comme une injustice les sanctions qui entravent son économie. Les Occidentaux jugent pour leur  part irréaliste de les lever immédiatement.

Seule une impulsion politique paraissait à même, vendredi matin, d'éviter l'impasse, alors que les deux camps ont reconnu qu'un climat tendu règne sur les négociations.

"Tous les ingrédients pour un accord sont sur la table", a pourtant assuré depuis Moscou le ministre russe Sergueï Lavrov. "Peut-être existe-t-il une tentation, à ce stade avancé des négociations, de lancer quelques idées supplémentaires afin d'obtenir un peu plus que ce dont on a besoin", a-t-il ajouté.

C'est dans ce contexte que Laurent Fabius et Philip Hammond, les ministres des Affaires étrangères français et britannique, sont arrivés à la mi-journée pour peser dans la balance, l'espace des quelques heures de leur présence à Vienne.

"Je souligne le mot chance"

Laurent Fabius a invité l'Iran à "saisir l'opportunité" d'un accord. La République islamique aurait "énormément à y gagner, a renchéri Philip Hammond : l'accès à des montants très importants d'avoirs gelés, la capacité de commercer de nouveau librement avec le monde, et de faire redémarrer les relations avec la communauté internationale." John Kerry a, quant à lui, qualifié la discussion en cours de "chance". "Et je souligne le mot chance", a-t-il insisté.

Un accord redonnerait du souffle à l'économie iranienne, en particulier grâce à la levée de l'embargo occidental sur le pétrole iranien. Il ouvrirait aussi la voie à une normalisation des relations entre l'Iran et l'Occident, ouvrant la porte à des coopérations, notamment dans les crises en Irak et en Syrie.

Le secrétaire d'État américain exclut pour l'heure une nouvelle prolongation des discussions, qui ont déjà dépassé une première date-butoir fin juillet. Un échec à conclure un accord dans le délai prévu créerait en effet une forte incertitude sur l'avenir des discussions, qui déplaisent aux sceptiques des deux camps.

À partir de janvier, les opposants républicains à Barack Obama contrôleront en effet l'ensemble du Congrès américain, alors que jusqu'à présent, le président a eu les mains libres pour négocier sans interférence des parlementaires à Washington.

Un échec de la négociation de Vienne fragiliserait aussi le président iranien modéré Hassan Rohani. Celui-ci joue une grande partie de sa crédibilité dans le succès de cette ouverture vers les grandes puissances, menée à bien afin de relancer l'économie iranienne en crise.

Avec AFP et Reuters

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