ISRAËL

Pourquoi Netanyahou peut perdre les prochaines élections

Benjamin Netanyahou a convoqué des élections législatives anticipées en mars 2015.
Benjamin Netanyahou a convoqué des élections législatives anticipées en mars 2015. Gali Tibbon, AFP

Benjamin Netanyahou a convoqué des législatives anticipées le 17 mars prochain. Selon des sondages récents, il pourrait être reconduit à la tête du gouvernement israélien. Le quotidien "Haaretz" énumère les obstacles à sa réélection.

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En Israël, tout peut arriver. Une guerre, des attentats, un assassinat, qui sait ? Difficile d’anticiper, donc, sur le résultat des urnes aux législatives du 17 mars prochain. "Dans cette région du monde, rien n’est inéluctable mais tout est probable", écrit sur son blog Charles Enderlin, journaliste et spécialiste du Proche-Orient qui se refuse catégoriquement à tout pronostique électoral.

Selon un récent sondage, si des élections avaient lieu aujourd’hui, Benjamin Netanyahou, actuel Premier ministre qui, mardi 2 décembre, a limogé deux ministres et appelé de ses vœux ces législatives anticipées, serait réélu. Et ce, malgré l’érosion de sa popularité. Débarrassé des modérés et des agitateurs, il pourrait se ménager une coalition gouvernementale moins turbulente, tout en s'élargissant du côté des ultranationalistes et des formations religieuses, comme le parti Bait HaYehoudi (Foyer juif) de Naftali Bennett, ou Israël Beytenou d’Avigdor Lieberman.

Mais, les élections n’interviendront que dans trois mois. D’ici là, chaque parti va chercher à former des alliances et tout est possible. Le journal de la gauche israélienne, "Haaretz", très critique à l’égard du Likoud, se plaît donc à rêver à une alternative et publie les "15 raisons pour lesquelles Netanyahou pourrait perdre les prochaines élections".
 
"Bibi", une popularité en dent de scie
 
À commencer par la lassitude des Israéliens : après neuf ans de Netanyahou comme Premier ministre, les électeurs pourraient avoir envie d’une nouvelle ère. D’autant que la popularité du Premier ministre n’est pas au beau fixe. Selon un sondage du même journal, la cote de Benjamin Netanyahou, qui atteignait les 77 % au début du mois d’août, a plongé à 38 % la semaine dernière, "sans garantie d’avoir touché le fond".
 
Le Premier ministre avait déjà chuté dans les sondages fin août lorsqu’il avait mis fin à  l’opération "Bordure protectrice" : seuls 50 % des Israéliens se déclaraient alors satisfaits de la manière dont il avait  géré l’opération dans la bande de Gaza.  Au sein de sa coalition, on lui reprochait la manière même qu’il avait eu d’y mettre fin : de façon unilatérale, sans en appeler à un vote. Le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, y avait vu une raison suffisante pour rompre l’accord entre son parti Israel Beytenou et le Likoud.
 
Selon "Haaretz", Lieberman pourrait désormais chercher de nouvelles alliances. "Lieberman est un électron libre. Il a des liens proches avec les pires ennemis de Netanyahou et il semble prendre un malin plaisir à tourmenter son ancien mentor et chef. S’il cherche à aller dans l’arène, il pourrait faire alliance avec d’autres", peut-on lire dans les colonnes du quotidien.
 
Instabilité sécuritaire

L’insécurité latente en Israël, en proie récemment à des attentats meurtriers, pourraient aussi mettre le Premier ministre en difficulté et pousser l’électorat du Likoud à se tourner vers les alternatives plus droitières. En 1988, un attentat dans un bus de Jericho avait fait 4 morts à la veille des législatives, permettant au Likoud d’arracher la victoire face à l'Alliance de centre gauche conduite par Shimon Peres.
 
Benjamin Netanyahou risque d’ailleurs très probablement de faire campagne sur la sécurité, intérieure, brandissant la menace des ennemis traditionnels d’Israël, du Hamas à l’Iran. "Haaretz" rappelle pourtant que "l’économie israélienne est ralentie, le budget réduit et le coût de la vie toujours au plus élevé". L’opposition pourrait donc être tentée de réveiller la fronde qui avait animé des centaines de milliers de protestataires en 2011. Dans un mouvement social inédit, les Israéliens dénonçaient le prix des logements, la faiblesse des salaires et le fossé grandissant des inégalités.
 
Sursaut de l’électorat abstentionniste
 
"Haaretz" invoque aussi le sursaut démocratique des habituels absentionnistes. L’électorat de gauche, notamment, qui préfère "aller à la plage" plutôt que voter "car il pense que ce n’est pas sa voix qui fera la différence". "Rockers punks et autres hipsters branchés" y verront peut-être une "dernière occasion de sauver Israël", fantasme le journal.
 
Mais surtout, les Arabes israéliens, champions de l’abstention, retrouveront-ils, peut-être, le chemin des urnes. Et c’est là le véritable enjeu : cet électorat représente 20 % des suffrages. Désavouant, entres autres raisons, la stratégie belliqueuse de l’État d’Israël, leur participation aux élections est passée de 90 % en 1950 à environ 50 % aujourd’hui. "Si les Arabes parvenaient à établir une liste crédible et unifiée – et s’ils arrivaient à dépasser leur colère à l’égard du projet de loi de Netanyahou sur la reconnaissance d'Israël en tant qu'État juif ou la proposition de Lieberman de les payer pour partir - leur scrutin pourrait faire la différence", écrit "Haaretz".  
 
Enfin, peut-être que les Israéliens choisiront de "sortir de l’isolement international, de la confrontation avec les Arabes israéliens, de l’aliénation aux juifs américains, d’un processus de paix moribond, d’un retour à l’hégémonie de l’orthodoxie, d’un gouvernement dédié à la construction de nouvelles colonies", imagine "Haaretz", piqué de rêves et de suppositions : "Plutôt que de voter pour un candidat qui promet que les choses n’iront pas plus mal, les Israéliens pourraient choisir de voter pour celui qui leur promettra qu’elles iront mieux". Que de conditionnels dans un pays où tout est possible.

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