CENTRAFRIQUE

Opération Sangaris : un an après, où en est la Centrafrique ?

La France a envoyé 2 000 hommes le 5 décembre 2013 pour mettre fin aux violences intercommunautaires en Centrafrique.
La France a envoyé 2 000 hommes le 5 décembre 2013 pour mettre fin aux violences intercommunautaires en Centrafrique. Andoni Lubaki, AFP

Un an près le lancement par la France de l’opération Sangaris, le 5 décembre 2013, la Centrafrique a retrouvé un semblant de calme et les massacres de masse ont pris fin dans la capitale. Mais le pays est aujourd’hui à reconstruire.

Publicité

En décembre 2013, les communautés chrétiennes et musulmanes de Centrafrique se déchirent déjà depuis plusieurs mois et des centaines de cadavres jonchent les rues de la capitale, Bangui. Avec le feu vert de l’ONU, la France décide alors de lancer l’opération militaire Sangaris et envoie 2 000 hommes pour mettre fin aux tueries. Un an plus tard, les massacres à grande échelle ont cessé à Bangui, mais le pays n’est pas entièrement sécurisé et l’économie est dévastée.

À l’origine de ces violences intercommunautaires, la chute en mars 2013 du régime de François Bozizé, renversé après dix ans au pouvoir par une coalition rebelle à dominante musulmane, la Séléka, dirigée par Michel Djotodia. Après moins d'un passé à la tête du pays, ce dernier est contraint de démissionner en janvier 2014.

"C’était en réalité l’enfer"

Il y eut d'abord des exactions d'ex-combattants Séléka contre la population majoritairement chrétienne du pays. Des milices chrétiennes se forment alors pour se défendre, les anti-balaka, et se livrent, à leur tour, à des exécutions de masse de Centrafricains musulmans. Le pays de près de 5 millions d’habitants plonge dans le chaos.

>> À voir sur France 24 : "République centrafricaine : les ravages de la haine"

"Les habitants proches de la morgue de l'hôpital communautaire ne pouvaient pas respirer l'air nauséabond de la putréfaction des cadavres. C'était en réalité l'enfer", se remémore Euloge Kendzia, informaticien, à l'évocation du mois de décembre 2013.

>> À voir sur France 24  : "Reportage exclusif à Bouca, ville prise en étau entre ex-rébellion Séléka et anti-balaka"

Aux milliers de morts, s’ajoute une liste interminable de personnes déplacées, obligées de quitter leur région d’origine pour fuir les massacres visant leur communauté. L’UNHCR, l’agence des Nations unies pour les réfugiés, estime à environ 400 000 le nombre de Centrafricains déplacés à l’intérieur du pays, environ 65 000 individus se seraient également enfuis "en République démocratique du Congo (RDC), en République du Congo (Congo), au Tchad et au Cameroun".

Désengagement progressif de la France

 

Un an après le début de l’opération française, trois interventions (Sangaris, la Minusca de  l'ONU et Eurof-RCA  de l'Union européenne) auront à peine suffi à ramener un peu de calme du pays. Un grand nombre d’armes sont encore en circulation et certaines régions, qui échappaient totalement à l’autorité de Bangui, sont toujours aux mains de bandes armées.

Pourtant, la France va progressivement retirer ses soldats engagés en Centrafrique, a indiqué vendredi 5 dcembre le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian sur BFMTV. "Nous sommes actuellement 2 000, au printemps nous serons 1 500", a-t-il indiqué. "On va diminuer en fonction de la montée en puissance de la Minusca", la force de maintien de la paix de l'ONU, qui compte actuellement 8 600 hommes et doit à terme arriver à 12 000", a précisé le ministre, ajoutant que Paris conserverait une présence "capable d'être une force de réaction rapide si d'aventure il y avait des risques".

La principale mission des autorités militaires centrafricaines est aujourd’hui de redonner à l’État l’autorité qu’il a perdu dans plusieurs régions en raison de coups d’État à répétition. "Dans tout ce qui se fait par Sangaris et les autres forces internationales, les forces de défense nationales sont inexistantes", relève un officier des forces armées centrafricaines (FACA) sous couvert d'anonymat. La Centrafrique n'a plus de réelles forces de sécurité. Difficile d’imaginer une paix durable tant qu’elle ne s’en sera pas dotée.

"Il n’y a pas eu de désarmement à Bangui"

"Tant qu'il n'y a pas un minimum de sécurité, le processus politique va rester bloqué. Si on veut changer le rapport de forces, il faut arrêter les gens, signaler qu'on ne tolère plus l'impunité, ne pas négocier avec des criminels", constate Thierry Vircoulon, d'International Crisis Group (ICG).

Or, ajoute-t-il, "il n'y a pas eu de désarmement à Bangui, alors que c'était le mandat premier de Sangaris. Le gouvernement est toujours sous la pression des groupes armés".

>> À lire aussi sur France 24 : Regards sur la Centrafrique, le blog de Charlotte Oberti

Joseph Bendounga, président du Mouvement démocratique pour l'évolution et la renaissance de Centrafrique (MDREC) est du même avis. "Les forces françaises n'ont malheureusement pas réussi à ramener la paix en Centrafrique (...) Le problème reste entier, les armes circulent, font des morts chaque jour. Cela nécessite une prise en compte de la dimension politique de la crise".

Le régime de transition dirigé par Catherine Samba Panza - élue à l’unanimité le 20 janvier 2014 mais désormais contestée - ne peut s'appuyer sur une administration en ruines et doit s'en remettre à la communauté internationale pour reconstruire un État et organiser, en théorie, des élections d'ici la mi-2015.

Avec AFP

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine