CHINE

L'ex-premier flic de Chine Zhou Yongkang a été arrêté

En 2012, Zhou Yongkang était considéré comme l'un des dix Chinois les plus influents.
En 2012, Zhou Yongkang était considéré comme l'un des dix Chinois les plus influents. STR, AF

Zhou Yongkang, le très influent ancien chef de la sécurité intérieure chinoise, a été arrêté, vendredi, et expulsé du Parti communiste chinois. C'est l'aboutissement de l'un des scandales de corruption les plus importants en Chine depuis 1949.

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Il était à la tête de l'un des réseaux d'influence les plus importants en Chine. Cela n'a pas suffi à Zhou Yongkang pour échapper à une arrestation. Cet ancien chef de la sécurité intérieure chinoise a été interpellé et expulsé du Parti communiste, vendredi 5 décembre, alors qu'il participait à un bureau politique. Il est le plus haut dignitaire du régime communiste à tomber dans une affaire de corruption depuis la mort de Mao Zedong.

Cette issue judiciaire pendait au nez de l'ex-premier flic du pays depuis plus d'un an, mais personne ne savait si l'actuel président Xi Jinping allait laisser la procédure aboutir. Zhou Yongkang était, en effet, au centre d'une gigantesque affaire corruption. Plus de dix milliards de dollars de biens appartenant à des proches de ce cacique du régime ont déjà été saisis.

Intouchable... ou presque

L'idée de pouvoir arrêter Zhou Yongkang est un "tremblement de terre pour la Chine", assurait à France 24 en avril dernier Jean-François Dufour, président fondateur de l’agence de conseils DCA-China Analyse. Il était considéré, il y a encore un an, comme l'un des rares intouchables. Jean-François Dufour rappelle qu'"après avoir été l’équivalent du ministre de l’Intérieur, il a été membre du comité permanent du bureau politique du Parti communiste, c’est-à-dire l’un des sept ou huit personnages les plus influents de toute la Chine".

En fait, Zhou Yongkang était devenu, en vingt ans, un véritable chef d'orchestre politique agissant dans l'ombre et qui pouvait s'appuyer sur de nombreaux relais. Avant de se hisser au plus haut niveau de l’État, l’ex-homme fort de la police a été une figure incontournable du très important secteur pétrolier chinois. Il a été le patron de la CNPC (China National Petroleum Corporation), la maison mère de Petro-China, la plus importante société d’extraction de pétrole. À ce titre, il était l’un des Chinois les plus courtisés par les responsables politiques locaux en quête de financements.

Il a pu, ainsi, se construire une "clientèle" qui lui a permis par la suite d’enjamber les échelons du régime pour arriver aussi près que possible des sommets. Difficile pour le pouvoir en place depuis mars 2013 de s’attaquer à une telle figure du régime. Avant de le viser personnellement, les autorités ont fait tomber ses appuis les uns après les autres.

L’autre Bo Xilai

Pékin traque ainsi sans relâche l’un des ex-grands manitous du Parti car il est censé illustrer les dérives des anciens édiles du PCC soupçonnés d’avoir fait fortune dans des conditions plus ou moins avouables. "Le secteur de l’énergie est connu pour être l’un des plus corrompus du pays", souligne Jean-François Dufour. Ainsi, en 2006, l’arrestation du PDG de Sinopec (le numéro 1 chinois du raffinage de pétrole), Chen Tonghai, avait mis en lumière des pratiques plus que douteuses dans le secteur. Ce grand patron avait dissimulé plusieurs dizaines de millions de dollars sur différents comptes secrets et avait même caché des liasses de billets jusque dans ses toilettes…

Mais au delà de la corruption, l’affaire Zhou Yongkang est, en fait, la suite du procès de Bo Xilai. "Zhou Yongkang a été l’un de ses plus importants soutiens", souligne Jean-François Dufour. Ces deux personnages incarnent ainsi les deux faces d’une même pièce : celle du courant conservateur - c'est-à-dire d'un retour aux valeurs pronées par Mao Zedong - au sein du pouvoir. "Bo Xilai représentait celui qui pouvait incarner l’opposition à la ligne Xi Jingping au Parti communiste, tandis que Zhou Yongkang était davantage l’homme de l’ombre exerçant son immense influence en coulisse", analyse Jean-François Dufour. L'arrestation de Zhou Yongkank est donc une manière pour le président de se débarrasser de l'un des personnages les plus génants pour sa ligne politique.

 

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