FRANCE

Agression de Créteil : "Nous devons tous nous sentir concernés"

Le quartier du Port à Créteil, où a eu lieu l'agression d'un couple juif le 1er décembre 2014.
Le quartier du Port à Créteil, où a eu lieu l'agression d'un couple juif le 1er décembre 2014. Martin Bureau, AFP

Dimanche se tiendra à Créteil un rassemblement citoyen, à la suite de l'agression d'un couple juif le 1er décembre. Bernard Kanovitch, membre du comité directeur du Crif, réagit pour France 24 à la résurgence des actes antisémites en France.

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L’agression le 1er décembre d’un couple juif, dans son logement du quartier du Port à Créteil, a suscité une vive émotion au sein de la communauté juive française. Le couple a été séquestré, la jeune femme violée et leur appartement cambriolé. Selon le parquet, les trois agresseurs "partaient de l'idée qu'être juif signifiait que l'on avait de l'argent".

Forte d'un demi-million de membres, les juifs de France constituent la première communauté juive d'Europe. Et dimanche 7 décembre se tiendra à Créteil un rassemblement citoyen à l’initiative de la communauté juive de Créteil pour "que la cohabitation entre communautés puisse perdurer dans cette ville multiconfessionnelle".

Bernard Kanovitch, membre du comité directeur du Conseil représentatif des institutions juives de France, et ancien président de la commission chargée des relations avec les musulmans, revient sur le caractère antisémite de cet acte violent et l’inquiétude qu’il soulève.

France 24 : En quoi l’agression de Créteil est-elle un acte antisémite ?

Bernard Kanovitch : Il est clair, au vu des premières informations fournies par la police, que les agresseurs se sont dit qu’ils allaient se faire 'beaucoup d’argent', parce que les victimes étaient juives et il semblerait que ce ne soit pas une première fois pour eux. [Les cambrioleurs et leur complice sont également soupçonnés d'avoir roué de coups, début novembre, un septuagénaire de confession juive dans la même ville, NDLR.]

'Il est radin comme un juif' : ce genre d’expression existe et on l’entend dans la rue, même parfois dans les cours d’école. Ce sont des affirmations antisémites, dont les locuteurs n’ont même plus conscience. L'expression même 'les juifs ont de l’argent' peut être meurtrière, alors qu’il y a des juifs pauvres dans la société comme toute autre personne. Mais des stéréotypes circulent sur les juifs, et ce depuis le moyen-âge, où ils étaient agressés pour être rançonnés. Dans l’affaire Halimi l’objectif des agresseurs avait été la tentative de rançon, alors qu’Ilan Halimi était simple vendeur de téléphonie et il vivait encore chez ses parents plutôt modestes. Il n’y a pas eu de meurtre à Créteil, contrairement à l’affaire Halimi, mais nous sommes à un degré près dans cette agression. C’est un crime crapuleux dont le fondement est antisémite. L’agression est antisémite car elle est fondée là-dessus. Les agresseurs de Créteil n’ont rien inventé, le thème qui associe juifs et argent est un schéma traditionnel de l’antisémitisme classique.

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Le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) a noté une résurgence des actes antisémites en France au cours des sept premiers mois de l'année, par rapport à la même période de 2013 (+91%). Sentez-vous la société démobilisée autour de la question de l’antisémitisme ?

La société française est désarticulée avec un niveau d’éducation civique qui devient critique. Beaucoup de valeurs se perdent comme la courtoisie tout simplement, les actes d’incivilité de façon générale augmentent. Tous les gestes de politesse, de respect s’amenuisent dans la vie courante. Une société qui s’en prend à ses juifs est une société malade, et elle peut donner des coups violents à la société musulmane, à l’ensemble de la société française. Ce que je veux dire c’est que nous devons tous nous sentir concernés.

Après l’agression de Créteil, l’État a réagi au plus haut niveau, le Premier ministre est intervenu très rapidement. Nous avons reçu des messages de partout, de l’épiscopat, de la conférence des imams, du rassemblement des Musulmans marocains de France, et ça n’est qu’un début. Aujourd’hui la violence a touché un couple juif mais tout le monde en souffre.

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Selon vous, l’escalade des tensions communautaires en Israël et dans les territoires palestiniens influe-t-elle sur cette augmentation des actes antisémites en France ?

Il est difficile de relier un évènement à l’étranger à ce qui se passe en France. N’est-ce pas un prétexte ? Nous sommes à Paris, dans la société française et ces gens agressés sont des Français. C’est ici que nous devons solutionner le problème. Tant qu’on ne se sera pas attaqué aux fondements ça n’ira pas mieux. Les enfants ne naissent pas antisémites ou racistes, ils le deviennent culturellement, dans l’entourage ou parfois le milieu familial, ou par Internet. Certains sites Internet sont effrayants, d’une violence intolérable. Dire "Plus jamais ça" ne suffit pas, il faut développer des programmes dans les écoles avec des objectifs précis. Tant que la société ne mettra pas en œuvre tous les moyens qu’elle a, qu’elle ne rassemblera pas toutes ses forces associatives et publiques dans des projets, on ne pourra pas prévoir une baisse de l’antisémitisme.

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