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RUSSIE

À Moscou, les misères de la dernière chaîne de télévision indépendante

La directrice générale de Dozhd TV, Natalya Sindeyeva, lors d'une conférence de presse le 4 février 2014 à Moscou.
La directrice générale de Dozhd TV, Natalya Sindeyeva, lors d'une conférence de presse le 4 février 2014 à Moscou. Vasily Maximov / AFP
Texte par : Mehdi CHEBIL
3 min

La télévision Dozhd, l’un des derniers médias indépendants en Russie, a été expulsée de ses locaux, lundi, pour la seconde fois en deux mois. La chaîne doit désormais émettre depuis un appartement privé.

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À l’heure où le Kremlin développe ses opérations médiatiques à l’étranger à coups de milliards de roubles, l’étau se resserre autour des rares médias indépendants qui subsistent encore en Russie. La chaîne de télévision privée Dozhd ("pluie") a ainsi été contrainte d’évacuer ses locaux, lundi 8 décembre, pour la deuxième fois en deux mois, après avoir reçu un avis d’expulsion du propriétaire.

Les journalistes de Dozhd opèrent désormais depuis un appartement privé, sur lequel ils ne souhaitent pas donner de détails. Un membre de l’équipe éditoriale de Dozhd a accepté de revenir pour France 24 sur les péripéties de sa chaîne, à condition que son anonymat soit respecté.

Expulsés d’Octobre Rouge

Les studios de la chaîne indépendante Dozhd étaient jusqu’alors abrités dans l’ancienne chocolaterie industrielle "Octobre Rouge", un ensemble de bâtiments situés au centre de Moscou réputé pour ses bars festifs, ses galeries et ses restaurants avant-gardistes. Le propriétaire des lieux, la société Guta, a officiellement demandé le départ des équipes de Dozhd après la publication d’un sondage controversé concernant la pertinence du blocus de Leningrad pendant la Seconde Guerre mondiale.

"Le sondage n’était qu’un prétexte, explique le journaliste de Dozhd. C’est typique de la politique moderne russe d’utiliser le thème de la Grande Guerre patriotique (nom que les Russes donnent à la Seconde Guerre mondiale, NDLR) pour empêcher tout débat. Presque tout ce que la Russie a fait en Ukraine après Maidan a ainsi été justifié par la prétendue lutte contre le fascisme."

Harcèlement politico-financier

Le journaliste explique la montée crescendo de la pression sur l’équipe de Dozhd. Après une première salve de critiques sur Twitter accusant la chaîne de dénigrer la mémoire des combattants soviétiques, le sujet fait la une des médias pro-Kremlin et des députés de la Douma demandent la fermeture de la chaîne. Puis la pression médiatique se transforme rapidement en pression financière avec l’exclusion de Dozhd de l’offre de plusieurs bouquets satellites. Et, dernière étape, l’avis d’expulsion des équipes de leurs locaux d’Octobre Rouge.

>> À lire sur France 24: Ukraine : "La bataille des médias russes est plus importante que la bataille politique"

Cette méthode de pressions insidieuses est bien rodée : elle a permis d’étouffer plusieurs médias russes indépendants, dont le dernier en date était le site d'information Lenta.ru, tout en préservant l’impression d’un pouvoir politique au-dessus des tracasseries administratives et financières qui aboutissent à ces faillites.

Colosse aux pieds d’argile

Du fond de l’appartement privé qui leur sert désormais de studio, l’équipe de Dozhd peut également constater que le déclin des médias indépendants en Russie coïncide avec les dépenses sans précédent du Kremlin pour promouvoir sa vision géopolitique à l’étranger, avec notamment sa chaîne de télévision RT (ex-"Russia Today").

"L’administration présidentielle veut utiliser sa nouvelle plateforme sur Internet Spoutnik et RT pour promouvoir son point de vue et renforcer le prestige de la Russie à l’étranger. Nous savons qu’il y a beaucoup, beaucoup d’argent pour cette propagande - on parle de 15 milliards de roubles (soit 222 millions d’euros, NDLR), c’est énorme !", s’exclame le journaliste de Dozhd.

Image de puissance et d’influence projetée à grand frais à l’extérieur et discrète crispation autoritaire à l’intérieur : une version moderne du colosse aux pieds d’argile, selon les journalistes indépendants russes. Ils attribuent cette politique à la crainte du Kremlin que des médias indépendants puissent favoriser en Russie un mouvement révolutionnaire similaire à celui de Maidan à Kiev.
 

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