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Ces deux psychologues au cœur du programme de torture de la CIA

Jim Mitchell et Bruce Jessen ont joué un rôle central dans la mise en place des techniques d'interrogatoires musclées de la CIA.
Jim Mitchell et Bruce Jessen ont joué un rôle central dans la mise en place des techniques d'interrogatoires musclées de la CIA. Paul J. Richards, AFP

Le rapport du Sénat américain qui a condamné, mardi, le recours par la CIA à des techniques d’interrogatoire trop musclées et inefficaces, met aussi en cause deux ex-psychologues pour leur rôle central dans ce programme controversé.

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Ce sont des personnages centraux du programme d’interrogatoires renforcés de la CIA, dénoncé mardi 9 décembre dans un rapport au vitriol du Sénat américain. Pourtant, ils n’ont rien à voir avec le monde du renseignement et n’avaient aucune connaissance d’Al-Qaïda ou de la lutte anti-terrorisme.

Il s’agit de deux psychologues militaires à la retraite, identifiés par les auteurs du rapport sous les pseudonymes de Dr Grayson Swigert et Dr Hammond Dunbar. Les médias américains ont été prompts à révéler leurs vrais noms : Jim Mitchell et Bruce Jessen.

81 millions de dollars

Ce sont eux qui, dès 2002, ont théorisé le recours systématique à des techniques d’interrogatoires assimilables à de la torture pour arracher des informations à des détenus liés à Al-Qaïda. Ils ont non seulement conseillé les agents de la CIA, mais aussi mené personnellement des interrogatoires.

Le Dr Jim Mitchell et son acolyte ont mis, une première fois, leurs théories en pratique dans une prison secrète en Thaïlande contre Abou Zoubaydah, considéré en 2002 comme le numéro trois d’Al-Qaïda. Le prisonnier a été soumis à la technique du "waterboarding" (simulation de noyade) 83 fois, balancé plusieurs fois contre les murs, privé de sommeil ou encore enfermé dans une petite boîte.

Ces techniques ont ensuite été utilisées dans plus d’une vingtaine de cas d’interrogatoires de suspects liés au terrorisme. Au fil des ans, leur influence au sein du dispositif de la CIA a grandi à tel point qu’à partir de 2005, Jim Mitchell et Bruce Jessen ont crée une petite entreprise dont le client principal était le service américain du renseignement. L'"assistance" aux interrogatoires leur a rapporté à 81 millions de dollars (65 millions d’euros).

Pourtant, comme le rappelle le rapport, ces deux psychologues à la retraite n’avaient "aucune connaissance" des spécificités des mouvements comme Al-Qaïda.

"Torture physique nord-vietnamienne"

Leur expérience provient en fait de l'armée de l'air américaine, plus précisément de la Survival, Evasion, Resistance and Escape school (SERE - école de survie, d’évasion et de résistance). C’est dans ce centre de formation qu’ils enseignaient aux soldats à résister aux interrogatoires les plus musclés.

Le "New York Times", qui avait levé dès 2009 une partie du voile sur le rôle des deux psychologues, rappelle que Bruce Jessen jouait le rôle du faux interrogateur dans cette école. Il y était connu pour faire preuve d’une “telle agressivité que ses collègues étaient parfois obligés d’intervenir pour le retenir”, souligne le quotidien américain.

Les techniques qu’ils utilisaient étaient "basées sur la torture physique nord-vietnamienne", rapporte le quotidien britannique "The Independent". C’est cette expérience qui a formé l’ossature des moyens ensuite mis en œuvre par la CIA, d’après le rapport sénatorial.

L’agence américaine du renseignement semble avoir été tellement satisfait de sa collaboration avec les deux hommes qu’elle leur permettait même de faire office d’agents de liaison avec les services de renseignement étrangers. Les deux psychologues étaient aussi chargés d’évaluer l’efficacité des méthodes d’interrogatoire… qu’ils avaient eux-mêmes mis en place. Pour les auteurs du rapport, c'était un cas flagrant de conflit d’intérêt.

Mais en 2009, l’idylle prend fin. Le directeur de la CIA de l’époque, Leon Panetta, décide de fermer les prisons secrètes et d’arrêter d’avoir recours à des consultants extérieurs pour mener les interrogatoires. La société créée par les deux psychologues à la retraite perd alors son principal client. Mais pas sans un dernier cadeau : l'agence américaine leur verse 5 millions de dollars pour rupture de contrat et leur garantit de couvrir d'éventuel frais de justice en cas de poursuites judiciaires.

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