TERRITOIRES PALESTINIENS

La Cisjordanie sous tension après la mort d’un ministre palestinien

Un manifestant arborant une photo du ministre palestinien Ziad Abou Eïn, décédé le 10 décembre 2014.
Un manifestant arborant une photo du ministre palestinien Ziad Abou Eïn, décédé le 10 décembre 2014. Ahmad Gharabli, AFP

Au lendemain du décès d'un ministre palestinien, la tension reste très vive en Cisjordanie. Mercredi, Ziad Abou Eïn avait été violemment empoigné par des soldats israéliens lors d'une manifestation près de Ramallah.

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L'État hébreu a annoncé avoir déployé, jeudi 11 décembre, des renforts militaires en Cisjordanie pour faire face à d'éventuelles incidents, au lendemain de la mort d'un ministre palestinien, Ziad Abou Eïn. Un décès survenu à la suite d’une empoignade musclée avec des soldats israéliens lors d’une manifestation à Ramallah.

"Il a été décidé de déployer, jeudi, en renfort deux bataillons de soldats et deux compagnies de garde-frontières en Cisjordanie", a déclaré à l'AFP une porte-parole de l'armée israélienne.

De son côté, le gouvernement palestinien a accusé Israël d'être "entièrement responsable du meurtre" de Ziad Abou Eïn, a déclaré, jeudi, le porte-parole du gouvernement, Ehab Bessaiso, à Ramallah.

"Après les résultats de l'autopsie, le gouvernement palestinien tient Israël pour entièrement responsable du meurtre de Ziad Abu Eïn", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse en présence du médecin légiste palestinien Saber al-Aloul, qui a pris part à l'examen médicolégal de la dépouille.

Le président de l’autorité palestinienne Mahmoud Abbas avait annoncé, mercredi, que toutes les options étaient "ouvertes" à propos d'un éventuel gel de la coopération sécuritaire avec Israël. Il a qualifié d'"acte barbare qui ne peut être ni accepté ni toléré " la mort de son ministre âgé de 55 ans, chargé du dossier de la colonisation au sein de l'Autorité palestinienne.

"Une autopsie a été pratiquée, par des légistes israéliens, jordaniens et palestiniens à l’initiative de l’armée israélienne, qui dit vouloir faire la lumière sur les circonstances exactes de cette mort, qui restent encore assez troubles", explique Gallagher Fenwick, correspondant de France 24 à Jérusalem. Les résultats seront communiqués ultérieurement.

Les Palestiniens "convaincus que cet homme a été tué par les soldats israéliens"

Emprisonné à de nombreuses reprises par Israël, Ziad Abou Eïn est mort au cours d'une manifestation, près de Ramallah, qui se voulait pacifique contre la confiscation des terres palestiniennes au profit de la colonisation israélienne. Les manifestants ont été arrêtés par un barrage de soldats israéliens dont certains ont repoussé brutalement Ziad Abou Eïn en l'empoignant au col et à la gorge.

Des images de la scène montrent une empoignade confuse et véhémente, et sur une vidéo on peut voir une bombe lacrymogène exploser au pied du ministre palestinien, qui semble ensuite respirer à grand peine. Quelques minutes plus tard, il s'affaisse en se tenant la poitrine.

La version relayée par plusieurs médias israéliens est celle selon laquelle la victime souffrait en réalité de maladies assez graves qui auraient peut-être entraîné un épisode cardiaque aigu auquel Ziad Abou Eïn aurait succombé.

"Toujours est-il que beaucoup de Palestiniens restent convaincus que cet homme a été tué par les soldats israéliens qui encadraient la manifestation de mercredi », rapporte Gallagher Fenwick. À Ramallah, des centaines de personnes ont défilé auprès de la famille pour exprimer leur tristesse et leur colère.

"Calmer les choses"

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a envoyé un message via un de ses conseillers à Mahmoud Abbas, "soulignant la nécessité de calmer les choses et d'agir de façon responsable".

"Nous avons exprimé nos regrets pour cette disparition. Mais au vu de toutes les vidéos, aucun soldat israélien n'a enfreint les procédures de routine utilisées lors de désordres", a indiqué à la radio publique le vice-ministre des Affaires étrangères, Tzahi Hanegbi, un proche du Premier ministre israélien.

Interrogé sur un éventuel arrêt de la coopération sécuritaire, Tzahi Hanegbi a souligné que "cette coopération est de l'intérêt d'Israël, mais aussi de l'Autorité palestinienne, car elle lui permet de conserver ses capacités de gouverner sur le terrain. J'espère que cette considération sera plus forte que la tentation d'enflammer les esprits".

"Cette menace qui pèse sur la coopération sécuritaire est importante car il s’agit de l’un des tous derniers piliers qui demeurent encore entre les deux parties à un moment crucial où la tension reste très vive", ajoute Gallagher Fenwick.

Le décès de Ziad Abou Eïn intervient en effet dans un contexte de regain de tensions entre Palestiniens et Israéliens à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Peu après l'annonce de décès du haut responsable palestinien, des affrontements ont éclaté dans le camp de réfugiés de Jelazoun, en Cisjordanie occupée, au cours desquels un adolescent de 14 ans a été très grièvement blessé à la tête par un tir de l'armée israélienne.

Avec AFP
 

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