IRAK

Vian Dakhil, la voix des femmes yazidies esclaves de l’EI

La députée irakienne Vian Dakhil photographiée au Congrès américain le 9 décembre 2014.
La députée irakienne Vian Dakhil photographiée au Congrès américain le 9 décembre 2014. Saul Loeb, AFP

La députée irakienne Vian Dakhil se trouvait aux États-Unis début décembre pour dénoncer les exactions commises par l’organisation de État islamique contre les Yazidis. Plusieurs médias ont révélé une véritable industrie de l’esclavage sexuel.

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Son cri de désespoir devant le Parlement irakien en août dernier avait marqué les esprits et fait d’elle le visage de la minorité persécutée des Yazidis. La députée Vian Dakhil, seule représentante politique de sa communauté à Bagdad, n'avait alors pu retenir ses larmes après avoir dénoncé, devant les autres députés médusés, le massacre d’un peuple tout entier aux mains des jihadistes de l'organisation de l'État islamique (EI).

Quatre mois après l’attaque dévastatrice des jihadistes sur la région de Sinjar, où résidaient depuis des siècles cette minorité kurdophone connue pour sa religion pré-islamique, Vian Dakhil a lancé un nouveau signal d’alerte depuis les États-Unis. Son message, délivré notamment le 9 décembre dernier devant le Centre Woodrow Wilson : le calvaire des Yazidis continue malgré l’arrêt de la progression des hordes jihadistes en Irak.

Quatre mille femmes et enfants yazidis séquestrés

Les chiffres donnés par la députée irakienne font froid dans le dos. Selon elle, près de 500 000 Yazidis sont aujourd’hui réfugiés, la plupart vivant dans des tentes qui ne sont pas adaptées au climat pluvieux de l’hiver qui approche. Un sort précaire mais tout de même plus enviable que celui des nombreux hommes assassinés par l’EI au mois d’août, ou encore de plusieurs milliers de femmes et d'enfants enlevés par les jihadistes.

"La plupart des Yazidis ont été tués par [l’EI], d’autres sont encore séquestrés, et cette communauté, très peu connue au niveau international, est constituée de gens très pauvres. Cela fait une grande différence avec d’autres, comme les chrétiens par exemple, qui bénéficient d’un réel lobbying partout dans le monde", expliquait la députée dans un entretien accordé à "Paris Match" en novembre.

C’est désormais le sort de ces femmes et enfants séquestrés par l’EI - estimés à environ 4 000 personnes - qui a remis le calvaire des Yazidis sur le devant de la scène internationale. Plusieurs grands médias internationaux comme le "New York Times", "Paris Match", ou "Le Monde" ont ainsi envoyé des journalistes dans le nord de l’Irak, afin de recueillir des témoignages des femmes yazidies qui sont parvenues à échapper aux griffes de l’EI.

Bétail humain et esclaves sexuelles

Tous ces témoignages confirment que l’organisation jihadiste a bien mis en place une industrie codifiée de l’esclavage sexuel, avec de véritables "marchés" où s’échangent des femmes considérées comme de simples marchandises.

"C’était comme une enchère", se rappelle ainsi D.A., une Yazidie de 15 ans emmenée dans la banlieue de Raqqa, localité du nord de la Syrie et bastion de l’EI. Elle a raconté au "New York Times" la façon dont des hommes marchandaient et échangeaient de l’argent en les traitant comme du bétail humain.

Bushra, 22 ans, a quant à elle raconté à "Paris Match" comment elle a présenté son neveu de huit mois comme son fils afin d’éviter de se retrouver classifier comme "femme non mariée". Les femmes célibataires sont en effet les premières à être violées par les jihadistes. Un manuel de l'EI sur l’esclavage sexuel, diffusé dans les cercles jihadistes sur les réseaux sociaux, stipule ainsi que les non-vierges doivent être "purifiées" avant d'être violées. "Si la femme est vierge, [son maître] peut avoir des rapports sexuels aussitôt après avoir pris possession d’elle", précise le manuel.

Les réseaux mafieux, dernier espoir des familles yazidies

Dernière enquête en date, "Le Monde" a publié, samedi 13 décembre, un long reportage montrant comment des familles yazidies attendaient, la peur au ventre, les rares appels téléphoniques de femmes retenues captives après avoir été vendues par l’EI.

Sara, 22 ans, raconte à la journaliste du quotidien du soir avoir été achetée par un jihadiste australien, chez lequel défilaient régulièrement des combattants saoudiens, iraniens, libyens, tchétchènes, pakistanais, chinois, italiens, et anglais… Elle ne parviendra à fuir et rejoindre son frère au Kurdistan irakien qu’après que ce dernier a versé 7 000 dollars à des "intermédiaires".

Face à l’incapacité des forces de la Coalition de faire véritablement reculer l’EI, les familles yazidies sont effectivement réduites à faire appel à ces réseaux crapuleux pour obtenir le retour de leurs proches. Un scandale que Vian Dakhil ne cesse de dénoncer. Dans l’article du "Monde", elle appelle ainsi à une véritable mobilisation de la communauté internationale pour libérer les esclaves yazidies : "Imaginez l’indignation et la mobilisation internationales si 4 000 femmes occidentales étaient ainsi livrées à la folie des jihadistes".

 

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