FRANCE

Cazeneuve condamne les attaques "odieuses" de Zemmour contre les musulmans

Eric Zemmour.
Eric Zemmour. Martin Bureau, AFP

Des propos tenus par l'ancien journaliste Eric Zemmour dans un entretien accordé à un journal italien fin octobre, et passés inaperçus jusqu'ici, ont fini mardi par susciter de vives réactions en France, notamment du ministre de l'Intérieur.

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Le ministre de l'Intérieur français Bernard Cazeneuve a condamné mardi 16 décembre "avec une extrême fermeté" les propos rapportés dans un quotidien italien du polémiste Eric Zemmour sur les musulmans de France, qu'il a jugés "odieusement attaqués".

Dans un communiqué, le ministre de l'Intérieur "affirme son soutien aux musulmans de France odieusement attaqués et appelle tous les républicains à réagir et à manifester leur solidarité".

"La Nation française se définit par le vivre-ensemble, et les musulmans de France, comme les chrétiens, les juifs, les croyants et les incroyants, sont tous ses enfants", insiste Bernard Cazeneuve.

Dans un entretien au "Corriere della Serra" paru le 30 octobre, mais qui n'a un écho en France que depuis un post de blog publié le 15 décembre par le coprésident du Parti de gauche Jean-Luc Mélenchon, Eric Zemmour estime que les musulmans "vivent entre eux, dans les banlieues", que "les Français ont été obligés de les quitter". "Cette situation d'un peuple dans le peuple, des musulmans dans le peuple français, nous conduira au chaos et à la guerre civile", affirme-t-il.

À la question : "Mais alors que suggérez-vous de faire : déporter 5 millions de musulmans français ?", le polémiste répond : "Je sais, c'est irréaliste, mais l'histoire est surprenante. Qui aurait dit en 1940 qu'un million de pieds-noirs, vingt ans plus tard, seraient partis d'Algérie pour revenir en France ?".

Cet entretien a aussi provoqué mardi l'indignation de l'Observatoire national contre l'islamophobie, qui dépend du Conseil français du culte musulman (CFCM), l'instance représentative de l'islam de France.

"Ces propos viennent s'ajouter à une litanie de déclarations abjectes et sans fondement de ce prêcheur de haine patenté à l'encontre de l'islam et des musulmans", a jugé l'Observatoire. "Que font les pouvoirs publics devant le déferlement de tant de haine ?", a-t-il demandé.

SOS Racisme va porter plainte

"À quand une déclaration du chef de l'État ou des membres de son gouvernement pour dire clairement que le combat contre l'islamophobie", comme celui contre l'antisémitisme et le racisme, "est une cause nationale ?", poursuit l'instance musulmane dans un communiqué.

Après une agression antisémite à Créteil, le gouvernement a réaffirmé début décembre sa volonté d'ériger la lutte contre le racisme et l'antisémitisme en "cause nationale".

Pour sa part, l'association SOS Racisme a annoncé mardi qu'une plainte contre Eric Zemmour, notamment pour incitation à la haine raciale, doit être déposée à Paris en fin de semaine.

"Après s'être présenté comme un analyste impertinent de la société française et de ses travers, Eric Zemmour, en réalité mû par une haine tenace envers les populations arabo-musulmanes vivant dans notre pays, évolue vers un rôle de prescripteur de politiques publiques ouvertement racistes", selon un communiqué de l'association.

Pour le patron des députés PS, Bruno Le Roux, "il est temps que les plateaux télé et les colonnes des journaux cessent d'abriter de tels propos".

Eric Zemmour, juif originaire d'Afrique du nord, véritable bête médiatique que s'arrachent les émissions de talk show, certaines qu'avec lui le spectacle sera au rendez-vous, a déjà été condamné en 2011 pour discrimination raciale.

Les prises de position radicales contre l'Europe, l'euro ou l'immigration de l'ancien journaliste de 56 ans, lui valent de nombreux détracteurs mais trouvent un terrain fertile dans les inquiétudes d'une partie de la société française.

Avec AFP

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