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Menacé de mort, Kamel Daoud porte plainte contre son pourfendeur

L'écrivain Kamel Daoud, à Marseille, le 27 octobre 2014, lorsqu'il a reçu le prix François Mauriac pour "Meursault, contre enquête".
L'écrivain Kamel Daoud, à Marseille, le 27 octobre 2014, lorsqu'il a reçu le prix François Mauriac pour "Meursault, contre enquête". Bertrand Langlois, AFP

Le journaliste et écrivain algérien Kamel Daoud a porté plainte en Algérie, mercredi 17 décembre, contre le dirigeant salafiste qui a demandé sa condamnation à mort sur Facebook.

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Kamel Daoud dérange et ce n’est pas nouveau. Connu pour ses prises de position très virulentes contre la religion ou ses chroniques sans complaisances à l’égard du président Abdelaziz Bouteflika, le romancier et journaliste algérien est régulièrement la cible d’insultes et de critiques. Cette fois, le  finaliste du  Goncourt est menacé de mort. Le dirigeant salafiste Abdelfatah Hamadache a lancé mardi 16 décembre une fatwa contre l’auteur de "Meursault, contre-enquête".  

L’écrivain, qui refuse de se laisse impressionner, n’a pas tardé à réagir. D’après les informations de France 24, Kamel Daoud s’est rendu le mercredi 17 décembre dans un commissariat d'Oran, en Algérie, pour déposer plainte contre son pourfendeur pour menace de mort. "Je trouve ça dramatique [ce type de menace] dans un pays qui a beaucoup souffert, mais il ne faut pas y accorder plus d’importance que cela", confie Kamel Daoud à France 24. "Abdelfatah Hamadache est un simple clown islamiste. C’est un homme médiatique qui a un sens de la comédie très poussé. Mais j’ai toujours pensé à haute voix et je ne vais pas m’arrêter parce qu’il a émis une menace de mort", poursuit l’auteur.

Plus tôt dans la journée, Kamel Daoud avait publié sur son mur Facebook : "Fatwa pour me tuer émise par le mouvement salafiste algérien. Signé par le Abd El Fettah Hamdache. Voilà où mène le sentiment d'impunité chez ces gens là."  Il précise sa pensée : "Depuis quelques mois, il y a une poussée des islamistes en Algérie et il n’y a pas de ligne rouge. Pas de réaction politique", regrette l’écrivain.

"Trancher la question religieuse"

"Ces gens-là", en l’occurrence, ce sont les militants du Front de la Sahwa libre, une organisation non autorisée dirigée par Abdelfatah Hamadache. Ce radical s'est fait connaître ces derniers mois pour sa campagne contre le ministre de l'Éducation algérien, accusé d'être soumis aux "lobbys" français, ou pour son appel à brûler les œuvres du poète syrien Adonis. Il demande, sur sa page Facebook, au "système algérien de condamner à mort publiquement [Kamel Daoud]".

Abdelfatah Hamadache, qui prône l’interdiction du maillot de bain, de l’alcool ou des bûches glacées dans les boulangeries algériennes, estime que Daoud "mène une guerre contre Allah, son prophète, le Coran, les musulmans et leur pays". Il le juge coupable d'apostasie et passible de la peine de mort aux yeux de la loi coranique. "Si la charia était appliquée en Algérie, le châtiment aurait été de le tuer", poursuit l’imam.

C’est le passage de Kamel Daoud dans l’émission de France 2, "On n’est pas couché", le 13 décembre, qui a déclenché les foudres salafistes. Invité pour son livre "Meursault, contre-enquête" - où Daoud donne la parole au frère de "l'Arabe", anonyme tué par Meursault dans "L'Étranger" d’Albert Camus (1942) - le romancier est revenu sur son rapport à l'islam. "La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu'on la tranche, il faut qu'on la réfléchisse pour pouvoir avancer," a-t-il déclaré. 

Vague d’indignation en Algérie

La menace de mort d’Abdelfatah Hamadache a soulevé une vague d'indignation sur les réseaux sociaux. Elle réveille en effet le douloureux souvenir des années 1990. Des dizaines d'intellectuels avaient été assassinés à la suite d'une fatwa proclamant que "ceux qui nous combattent par la plume doivent périr par l'épée". "Cela me touche beaucoup, il y a une vraie solidarité. Cela prouve que les gens savent que l’enjeu ce n’est pas moi, mais de ne pas revenir aux années 1990", a réagi Kamel Daoud sur France 24.

Une pétition pour dire "Non à l’obscurantisme" a été lancée pour appeler les ministres de la Justice et de l'Intérieur "à enclencher des poursuites contre ces appels aux meurtres qui nous rappellent les pires moments de l'Algérie face au GIA" (Groupe Islamique Armé, responsable de tueries massives dans la décennie 1990). "Nous condamnons avec force les appels au meurtre public d'Abdelfetah Hamadache, autoproclamé chef salafiste algérien", souligne le texte. La pétition a recueilli plus de 1 700 signatures dans les 12 heures qui ont suivi la mise en ligne.

Une page Facebook a également été créée en soutien à Kamel Daoud. Le mouvement d'opposition Barakat ("Ça suffit !"), créé durant la campagne présidentielle d'avril, a également dénoncé un "appel odieux et criminel" et apporté son "soutien indéfectible" au journaliste. Des partis politiques ont aussi condamné des "menaces sur les libertés", à l’instar du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie, parti libéral anti-islamiste) qui exprime, dans un communiqué publié mercredi, son "entière solidarité à Kamel Daoud" et tient pour responsables "les autorités contre toute atteinte à l’intégrité morale et physique d’un des membres de la corporation journalistique, qui a payé un lourd tribut".

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