PAKISTAN

Le Pakistan rétablit la peine de mort pour les cas de terrorisme

Des Pakistanais en deuil lors de funérailles à Peshawar, le 17 décembre 2014, au lendemain de l'attaque d'une école par des Taliban.
Des Pakistanais en deuil lors de funérailles à Peshawar, le 17 décembre 2014, au lendemain de l'attaque d'une école par des Taliban. A. Majeed, AFP

Le moratoire sur la peine de mort au Pakistan n'aura pas résisté à l'attentat perpétré par des Taliban mardi dans une école de Peshawar. Le Premier ministre Nawaz Sharif a en effet décidé de le lever pour les cas de terrorisme.

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Au lendemain de l'attaque de Taliban contre une école de Peshawar, la plus sanglante de l'histoire du pays, le Pakistan a annoncé, mercredi 17 décembre, la levée de son moratoire sur la peine de mort dans les cas de terrorisme.

L'attaque d'un commando taliban, mardi, a fait 141 morts, dont 132 enfants, et suscité une vague d'indignation à travers ce pays endeuillé régulièrement par des attentats islamistes.

>> A lire sur France 24 : Les Leçons de l'attaque de Peshawar, le billet de blog de Leela Jacinto (en anglais) 

Au Pakistan, les condamnations à mort sont relativement fréquentes, mais cette sentence n'était plus appliquée depuis 2008, hormis dans un cas lié à la cour martiale, le pays respectant un moratoire sur la peine capitale.

Le Premier ministre Nawaz Sharif, arrivé au pouvoir à l'issue des législatives de mai 2013, avait jonglé avec la possibilité de réintroduire la peine de mort, un projet alors dénoncé par des organisations de défense des droits de l'Homme et des diplomates européens.

>> À voir sur France 24 : "En images : l'attaque de Peshawar, la plus sanglante de l'histoire du Pakistan"

Mais après l'attaque de Peshawar, "le Premier ministre a approuvé l'abolition du moratoire sur la peine de mort dans les cas de terrorisme", a déclaré mercredi un haut responsable du bureau de Nawaz Sharif.

Environ 8 000 condamnés à mort actuellement emprisonnés au Pakistan

Selon Musadik Malik, porte-parole du Premier ministre, le cabinet envisageait déjà depuis un certain temps de réintroduire la peine de mort et cette décision a été précipitée par l'attaque de Peshawar.

Le gouvernement cherche ainsi à appuyer par des outils juridiques la vaste opération militaire en cours contre les repaires des Taliban et d'Al-Qaïda au Waziristan du Nord, épicentre régional de la mouvance jihadiste.

Selon Amnesty International, environ 8 000 condamnés à mort se trouvent actuellement dans les prisons pakistanaises. Certains d'entre eux ont été jugés par des tribunaux anti-terroristes, réputés plus efficaces, même si leurs crimes ne sont pas liés directement à des affaires de terrorisme, dénoncent aussi des organisations de défense des droits de l'Homme.

>> À lire sur France 24 : "Attaque de Peshawar : les Taliban 'désespérés par les avancées des militaires'"

"Les données que nous avons obtenues suggèrent qu'environ 10 % des condamnés à mort ont été jugés en tant que 'terroriste'. Dans la province méridionale du Sind (dont Karachi est la capitale, ndlr) cette proportion passe à 40 %", estime l'organisation Justice Pakistan Project, qui défend des condamnés et dénonce une "sur-utilisation" des lois anti-terroristes dans le pays.

Le maintien du moratoire avait été considéré comme l'un des points clés ayant permis au Pakistan d'obtenir il y a un an le statut de "GSP+" lui permettant d'exporter sans barrière tarifaire de nombreux produits, notamment le textile, vers l'Union européenne, son premier partenaire économique. Avec une main-d'oeuvre au rabais, payée l'équivalent de 80 euros par mois, le textile fournit plus de la moitié des exportations pakistanaises, avec des ventes évaluées à environ dix milliards d'euros l'an dernier et destinées principalement à l'Europe.

Avec AFP

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