DROITS DE L'ENFANT

L’ONG Save the Children dénombre 10 000 enfants soldats en Centrafrique

Des membres des milices anti-Balaka, à Bambari, en juillet 2014.
Des membres des milices anti-Balaka, à Bambari, en juillet 2014. Andoni Lubaki, Archives AFP

Le nombre d’enfants, filles et garçons, recrutés par des milices en Centrafrique "a été multiplié par quatre" ces deux dernières années, affirme l’organisation Save the Children dans un rapport rendu public jeudi.

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Jusqu'à 10 000 enfants soldats ont été recrutés par les milices en Centrafrique, malgré la présence des forces des Nations unies, et leur nombre a été en constante augmentation ces deux dernières années, affirme jeudi 18 décembre l'organisation Save the Children. "Deux ans après le déclenchement de la guerre civile meurtrière en République centrafricaine (RCA) en 2012, le nombre d’enfants, filles et garçons âgés de moins de 18 ans, recrutés par les groupes armés, a été multiplié par quatre", écrit l’ONG dans son rapport "Pièges dans une zone de combat".

Certains de ces enfants ont été enlevés ou contraints de rejoindre les groupes armés, d'autres ont accepté d'être enrôlés contre de l'argent et une protection, parfois simplement pour être nourris et vêtus.

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Une partie encore de ces enfants a été incitée à prendre les armes par des proches, pour protéger leur communauté ou venger les leurs. Ainsi Maeva*, 17 ans, dit avoir intégré une unité d’anti-Balaka (milice à majorité chrétienne) après la mort de sa tante tuée par des Séléka (à majorité musulmane). "J’ai le sentiment que j’ai vengé ma tante maintenant, je me sens plus calme, ça va", témoigne-t-elle.

Garçons et filles, certains n’ayant pas plus de 8 ans, sont forcés à combattre, transporter des provisions et accomplir d’autres tâches de première ligne et de soutien. Les enfants recrutés sont régulièrement victimes de violence physique et mentale de la part des combattants adultes et certains ont reçu l’ordre de tuer ou de commettre d’autres actes de violence.

"Ils voulaient nous rendre impitoyables"

"Chaque matin, on s’entraînait dur et on devait ramper dans la boue. Ils voulaient nous rendre méchants, impitoyables, confie Grâce à Dieu, qui a rejoint un groupe armé en décembre 2012 à l’âge de 15 ans. Lors des combats, c’était nous, les enfants, qui étions souvent envoyés en première ligne. J’ai vu beaucoup de mes frères d’armes tomber et ils ont été abattus lors des combats. J’ai vu beaucoup de choses, beaucoup d’atrocités."

"Le temps que j’ai passé au sein du groupe était intense. Je ne pensais pas que ce serait ainsi. J’avais une AK 47, et je l’ai vendue quand je suis rentré et j’ai gardé l’argent. Je l’ai utilisée, et j’ai tué des gens avec. J’en ai beaucoup tué...", raconte de son côté Jean, 16 ans.

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Les affrontements en Centrafrique ont fait plus de 3 000 morts depuis 2013. Plus de 850 000 personnes, près d'un cinquième de la population, ont été déplacées par les violences, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

"À moins que des interventions rapides et soutenues soient menées, davantage d’enfants courent le risque de se faire recruter ou enrôler de nouveau, et ceux qui ont été démobilisés des groupes armés seront condamnés à l’appauvrissement, écrit Save the Children. La perspective de voir des dizaines de milliers d’enfants et de jeunes, traumatisés par leurs expériences, sans accès à l’éducation et face à un avenir sans débouchés économiquespose également de sérieux risques par rapport à la sécurité et à la stabilité à plus long terme en RCA."

*Les prénoms des enfants ont été changés.

Avec Reuters
 

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