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NICARAGUA

Relier Atlantique et Pacifique, le projet titanesque et controversé du Nicaragua

Des opposants au canal défilent dans la capitale Managua, le 10 décembre dernier.
Des opposants au canal défilent dans la capitale Managua, le 10 décembre dernier. Inti Ocon , AFP
4 min

Le Nicaragua a inauguré, lundi, la construction d'un canal reliant l’Atlantique au Pacifique, avec l'ambition de concurrencer celui du Panama. Un projet critiqué par la population en raison de son impact écologique.

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Au XIXe siècle, lorsque la vieille idée de relier l’Atlantique au Pacifique a commencé à se concrétiser en Amérique centrale, le Nicaragua s’était déjà porté candidat, sans succès, au percement de ses terres. C’est finalement le Panama qui l’avait emporté, donnant son nom au canal mythique, par lequel transite aujourd’hui 5 % du commerce maritime mondial.

Lundi 22 décembre, près d’un siècle après l’inauguration du canal de Panama, et dans un climat de grande controverse, le Nicaragua a lancé les pharaoniques travaux qui devraient aboutir, dans cinq ans, à l’ouverture d’une voie navigable reliant les deux océans. Ambition affichée : concurrencer le célèbre ouvrage promu par Ferdinand de Lesseps.

Projet titanesque

L’entreprise est titanesque. Les travaux, qui dureront au moins cinq ans, ont commencé lundi à l’embouchure du fleuve Brito, sur la côte Pacifique. Financés par la firme chinoise HKND, ils sont évalués à 50 milliards de dollars, soit cinq fois le PIB du pays.

La voie navigable sera longue de 278 km – le triple de la longueur du canal du Panama-, et emploiera, selon HKND, 50 000 personnes. D’une profondeur de 30 mètres, elle permettra le passage de bateaux atteignant jusqu'à 400 000 tonnes.

Le tracé du canal du Nicaragua
La voie navigable, qui devrait traverser le pays de part en part, sera longue de 278 km. France 24

Le président du Nicaragua, l’ancien sandiniste Daniel Ortega, a scellé le projet à l’été 2013, signant avec le groupe chinois un contrat accordant l’exploitation du canal sur 50 ans à HKND (renouvelable une fois) et lui laissant le choix du tracé. Selon un analyste d’une société américaine de conseil cité par l’AFP, le contrat comporte de "nombreux projets d’infrastructures" dont des ports et un aéroport, et permettra l’implantation d’entreprises chinoises dans toute la région.

"L’intérêt du gouvernement dans cette affaire est double : d’une part, cela lui permet de redonner du prestige à cette nation d’Amérique centrale, de lui conférer une légitimité internationale en concurrençant le canal de Panama, et surtout, il compte sur les retombées économiques de cet ouvrage, qui est censé donner du travail à de nombreux Nicaraguayens", explique à France 24 Hélène Roux, chercheuse et journaliste, spécialiste de la question agraire au Nicaragua. Un argument de poids dans un pays où plus de 42 % de la population vit sous le seuil de pauvreté (données banque mondiale pour l’année 2009).

Ecosystème menacé

Mais depuis septembre, la population ne semble pas du tout goûter à la grandeur de ce projet et se mobilise pour en dénoncer les aberrations écologiques et les risques économiques. Une quinzaine de manifestations ont réuni plus de 40 000 participants à travers le petit pays de 6,23 millions d’habitants.

Sur Twitter, sous le hashtag, #noalcanal (non au canal), les critiques fusent, portant principalement sur l’affairisme du gouvernement "vendant" le pays à une grosse entreprise chinoise et les retombées environnementales négatives.

Décidé à partir d’études de viabilité tenues secrètes, le tracé, qui comprend des zones protégées, a de quoi inquiéter. Il prévoit de traverser l’immense lac Cocibolca, la plus grande réserve d’eau douce d’Amérique centrale, d’une superficie de 8 264 km2. Pas sûr que cette "mer d’eau douce", comme l’avaient surnommée les envahisseurs espagnols il y a 500 ans, le reste longtemps.

Car en la traversant, le canal risque d’y faire pénétrer l’eau salée du Pacifique, ce qui menacerait l’écosystème local, qui sera déjà perturbé par les travaux sur les rives du lac et tout au long du tracé. L'ONG Humboldt, qui a réalisé une étude indépendante sur la question, estime que plus de 100 000 personnes seraient affectées par les retombées écologiques négatives (lire le détail de ces analyses, en espagnol).

Autre sujet de préoccupation : qu’adviendra-t-il des paysans, dont des Indiens ramas et nahuas, qui exploitent aujourd’hui les terres à travers lesquelles s’écoulera le canal ? Ces derniers craignent l’expropriation de 30 000 d’entre eux. L’ONG Humboldt dénonce également l’absence de discussions en amont entre le gouvernement et ces paysans.

"Les expropriés seront certainement dédommagés au prix du cadastre, bien inférieurs à ceux du marché", avance Hélène Roux, qui rappelle que "la question de la terre est très importante et pourrait continuer de mobiliser dans un pays où la question agraire a toujours généré des conflits".

La population et les ONG ne sont pas les seules à voir ce canal d’un mauvais œil : le canal du Panama craint, lui, la concurrence de cette voie navigable voisine. À l'occasion de son centième anniversaire, il a entamé des travaux d’élargissement.

 

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