RUSSIE

L’opposant russe Navalny appelle ses partisans à manifester

Alexeï Navalny a été jugé coupable de détournement de fonds et condamné à 3 ans et demi de prison mardi 30 décembre.
Alexeï Navalny a été jugé coupable de détournement de fonds et condamné à 3 ans et demi de prison mardi 30 décembre. Vasily Maximov, AFP

La justice russe a condamné l’opposant russe Alexeï Navalny, jugé pour détournement de fonds, à 3 ans et demi de prison avec sursis. Il dénonce des "pressions politiques" et demande à ses partisans de manifester contre le pouvoir russe.

Publicité

L’ancien avocat Alexeï Navalny, a été condamné à trois ans et demi de prison avec sursis mardi 30 décembre dans une affaire de détournement de 30 millions de roubles, dénoncée comme un procès politique par ses proches qui appellent à manifester dans la soirée.

Le jugement, initialement prévu le 15 janvier, a été avancé à la surprise générale à mardi matin, le tribunal arguant avoir "déjà eu le temps de le rédiger", selon sa porte-parole Ioulia Petrova.

Son frère Oleg Navalny a lui écopé de trois ans et demi de prison ferme. Il a également été reconnu coupable d'avoir détourné de l'argent, selon une journaliste de l'AFP présente lors de l'énoncé du jugement par le tribunal.

Alexeï Navalny a aussitôt dénoncé la condamnation de son frère auprès des journalistes, signe d’une "pression politique" selon lui. Et il a appelé ses partisans à descendre dans la rue pour "détruire" le régime du président Vladimir Poutine. Un appel à manifester circulait déjà sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook où plus de 17 000 personnes annonçaient participer à la manifestation prévue ce mardi 30 décembre sur la place du Manège, au pied de la muraille du Kremlin.

Les autorités de Moscou ont immédiatement répliqué en annonçant que "toute manifestation non autorisée" serait empêchée.

Pourfendeur de la corruption des élites russes

À 38 ans, Alexeï Navalny est considéré comme le plus charismatique et le plus important opposant au président russe, même si sa popularité et son influence sont plus que limitées dans un pays où les médias indépendants et les partis d'opposition ont été réduits comme peau de chagrin durant les quinze ans au pouvoir de Vladimir Poutine.

Accusé par ses détracteurs d'être soutenu par l'Occident, blogueur aux accents nationalistes et pourfendeur de la corruption des élites russes, cet avocat de formation est poursuivi avec son frère Oleg dans une affaire de détournement d'argent au détriment d'une filiale russe de la société française Yves Rocher.

Navalny est assigné à résidence depuis février et risquait dix ans de détention requis par le parquet russe.

Pour sa part, l'entreprise française Yves Rocher a indiqué par la voix de Christian Melnik, directeur financier de sa filiale russe, n'avoir subi "aucun dommage" à la suite de sa collaboration avec la société de transport des frères Navalny, Glavpodpiska. Ces derniers sont accusés par la justice d'avoir détourné l'équivalent de 393 000 euros.

"Que changera ma comdamnation ?"

Dans un commentaire sur son site, l'opposant estimait, dimanche 28 décembre, que son procès dépassait largement sa personne et qu'au fond, peu importait le jugement.

"Dix ans, cinq ans, deux ans de prison ferme? Une peine avec sursis? demande-t-il. "Quelle différence cela fait-il? Même si demain on me condamne à dix jours dans la suite de luxe, d'un sanatorium avec cinq repas par jour, cela changera-t-il quelque chose pour vous?"

"Un pouvoir qui change au terme d'élections honnêtes, une justice indépendante, la lutte contre la corruption, l'absence de censure dans les médias et la répartition juste et claire de la rente provenant du gaz et du pétrole: voilà de quoi il s'agit", conclut-il.

La possibilité d'une peine de prison ferme prononcée contre l'avocat, déjà sous le coup d'une peine de cinq ans de camp avec sursis, avait immédiatement suscité des appels à manifester le jour du jugement, prévu alors le 15 janvier.

Pour l'avocate de l'opposant, Olga Mikhaïlova, la justice a peut-être avancé la date de l'énoncé du jugement pour couper l'herbe sous le pied de ses partisans. En rendant leur décision juste avant le nouvel An, les autorités profitent de la longue période de jours fériés du 1er au 11 janvier, quand nombre de Russes quittent la capitale.

Avec AFP

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine