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À Berlin, le dissident chinois Ai Weiwei veut redevenir un artiste

Ai Weiwei brandissant un maillot de l'équipe de football du Herta BSC Berlin offert par le maire de la ville, le 13 août 2015.
Ai Weiwei brandissant un maillot de l'équipe de football du Herta BSC Berlin offert par le maire de la ville, le 13 août 2015. Barabra Sax, AFP

Après avoir tout juste récupéré son passeport, Ai Weiwei pose ses valises à Berlin. Sollicité par les médias internationaux, l’activiste chinois refuse d’attaquer frontalement les autorités de Pékin, mais reste critique.

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L’artiste Ai Weiwei aurait-il perdu de sa hargne ? Depuis qu’il a foulé, à la fin du mois de juillet, le territoire allemand, où il a décidé de s’installer temporairement, celui qui fut longtemps la bête noire du pouvoir chinois a beau enchaîner les interviews, aucun de ses récents propos ne semblent aussi féroces que ceux qui lui ont valu, en 2011, de passer plusieurs jours en prison.

Dernière entrevue en date : celle publiée, jeudi 13 août, par l’hebdomadaire "Die Zeit" dans les colonnes duquel le plasticien se dit "optimiste" de voir la Chine évoluer vers davantage de démocratie. Son pays, dit-il, revient de loin. "Lorsque j’ai été arrêté, la police a dit : 'Pour tout ce que vous avez dit et fait, on vous aurait tué durant la Révolution culturelle¨'. Et je le crois. Nous [la Chine] avons fait d’énormes progrès par rapport à avant. Si vous ne l’avez pas remarqué, c’est que vous avez un problème. Vous n’avez qu’à comptabiliser le nombre de dissidents qui sont tués en Russie. Ou regarder ce qui se passe en Corée du Nord".

>> À lire sur France 24 : "Londres s'excuse auprès d'Ai Weiwei et lui délivre un visa de six mois"

Une semaine plus tôt, Ai Weiwei s’était attiré les foudres de militants des droits de l’Homme en affirmant au quotidien "Süddeutsche Zeitung" qu’il était désormais possible de "parler un peu plus ouvertement" avec les autorités de son pays. Et de poursuivre quelques jours plus tard auprès de Reuters : "On ne peut pas se contenter de disqualifier le camp adversaire en disant que c’est le diable. C’est trop simple et cela ne résoudra pas les problèmes." Des déclarations mesurées qui ne cessent d’étonner médias et activistes. À tel point que certains se demandent où est passé l’"ancien Ai Weiwei".

"Pourquoi devrais-je être l’ancien Ai Weiwei, rétorque-t-il à "Die Zeit". L’attitude de ces personnes est étrange. Ne désirent-ils pas justement un peu de changement ? N’ai-je pas le droit à ma liberté ? Ces gens ne connaissent rien du Ai Weiwei d’avant et encore moins du Ai Weiwei d’aujourd’hui."

Quatre ans sans passeport

De fait, l’artiste chinois est une personnalité difficile à mettre dans une case. "Peu m’importe qu’on me désigne comme artiste ou dissident, ce sont les gens qui disent cela. Moi, je n’aime pas trop ce genre d’étiquette", dit-il à Reuters. À la fois peintre, sculpteur, plasticien, blogueur et architecte, ce Pékinois de naissance fait ses premiers pas dans l’activisme politique en se mobilisant en faveur des victimes d’un tremblement de terre qui a ravagé le Sichuan en 2008. Sur les réseaux sociaux, dont il est un utilisateur assidu, il n’hésite pas ensuite à sensibiliser l’opinion chinoise sur d’autres sujets aussi sensibles que le massacre de la place Tiananmen, le Tibet ou la répression policière.

Devenu le poil-à-gratter du régime communiste, le militant est arrêté en 2011, emprisonné secrètement durant 81 jours, puis placé en résidence surveillé et interdit de voyage. L’artiste dit également avoir été passé à tabac par des policiers chinois en 2009. Les coups auraient provoqué chez lui une hémorragie cérébrale pour laquelle il a été opéré la même année en Allemagne.

Mais, signe d'une décrispation avec les autorités de son pays, Ai Weiwei, aujourd’hui âgé de 57 ans, a récupéré son passeport à la fin du mois de juillet. Il s'est envolé quelques jours plus tard pour l'Allemagne qui lui avait rapidement donné un visa de quatre ans à entrées multiples. Arrivé le 30 juillet à Munich, où il a passé quelques jours, il a depuis rejoint Berlin, où il dispose d’un atelier dans le quartier branché de Pranzlaeur mais aussi d’un poste de professeur invité à l'Université des Arts.
 

今天,我拿到了护照。

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S'il ne tire pas un trait sur la Chine et n'entend pas demander l'asile en Allemagne, Ai Weiwei a confié à l’AFP que devenir enseignant dans la capitale allemande lui permettrait de passer plus de temps avec son fils de 6 ans, Ai Lao, qui vit dans la capitale allemande depuis un an avec sa mère, Wang Fen.

"Je ne vais pas demander l'asile en Allemagne, a-t-il ainsi expliqué, toujours à l’AFP. Ce n'est pas que je n'ai pas de raison de le faire, mais je pense plutôt que s'ils [les autorités de Pékin] me laissent sortir, cela signifie aussi qu'il y a une certaine confiance."

"Bien sûr, c'est dangereux. Je ne vais pas montrer que je suis une personne qui a peur. Parfois, j'ai vraiment peur, mais pourtant je pense que nous avons tous besoin de confiance... Quand on vous fait confiance, vous avez une certaine responsabilité et vous en tirez certaines conclusions. Les deux choses sont toujours liées", a-t-il ajouté.

>> À revoir sur France 24 : "Entretien : Ai Weiwei, l'artiste qui défie le pouvoir chinois" (2012)

Malgré tout, le fait de n'être plus être constamment surveillé, comme il pouvait l'être en Chine, lui donne "un sentiment de soulagement". "Tout dans ma vie passée était marqué par cette impression que quelqu'un observe, que quelqu'un prend des décisions importantes sur votre vie. Alors, bien sûr, maintenant que je suis sorti, tout cela a complètement disparu et je me sens vraiment soulagé."

Pékin, assure-t-il, lui a en tout cas promis qu’il pourrait revenir dans son pays natal. Mais le veut-il seulement ? "Dans bien des domaines, la Chine n’a pas changé. Nous avons un système de parti unique, l’indépendance des médias est inexistante. C’est toujours un État policier, confie-t-il à Reuters. Si je n’étais pas autorisé à rentrer, je n’en pleurerais pas." Bref, ce n’est pas encore le grand amour.

Avec AFP et Reuters

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