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France : indignation après le refus d'un maire d'inhumer un bébé rom

Roms en France - photo d'archive
Roms en France - photo d'archive Philippe Huguen, AFP

Le maire de Champlan, une commune située en banlieue parisienne, est accusé d'avoir refusé l'inhumation d'un bébé rom dans un cimetière de sa ville. Plusieurs responsables politiques se sont dits consternés par le manque d'humanité de l'élu.

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La consternation et la colère dépassent les rangs des associations de défense des Roms. "Honte", "nausée", "humiliation inhumaine"… Plusieurs élus franciliens ont condamné, samedi 3 janvier, la décision du maire de Champlan, Christian Leclerc, de refuser l’autorisation d’enterrer dans sa commune un bébé rom décédé dans la nuit du 25 au 26 décembre.

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, s'est également dit "bouleversé", dimanche, par cette affaire tout en laissant entendre qu’il pourrait s’en saisir. "Il est clair qu'il y a dans cette affaire des questions de droit", a affirmé M.Toubon, qui attend néanmoins d’avoir "toutes les informations pour juger".

Selon le quotidien "Le Parisien", qui a révélé l’affaire, le maire de Champlan a justifié son refus par le "peu de places disponibles". "Priorité est donnée à ceux qui paient leurs impôts locaux", a affirmé mercredi l'élu divers droite, selon des propos rapportés par le journal.

Depuis le maire, chevalier de la Légion d'honneur lors de la promotion du 1er janvier 2012, ne s'est plus exprimé.

Selon Loïc Gandais, président de l'association de solidarité en Essonne avec les familles roumaines et roms (ASEFRR), l'édile a aussi "prétexté que la mort" du bébé "avait été déclarée à Corbeil-Essonnes". "C'est du racisme, de la xénophobie et de la stigmatisation", pointe ce dernier.

Selon l'ASEFRR, le bébé, né le 14 octobre 2014 et prénommé Maria Francesca, est décédé dans la nuit du 25 au 26 décembre. "La maman a voulu lui donner le sein à 5 h et la petite fille était froide. Elle était morte", a précisé Marie-Hélène Brelaud, membre de l'association, qui suit la famille "depuis huit ans".

L'enfant est alors transporté par les secours dans un hôpital de Corbeil-Essonnes, où son décès est officiellement prononcé le 26 décembre, a-t-elle ajouté. Deux médecins ont expliqué à la famille, en présence de Mme Brelaud, qu'il était décédé de la mort subite du nourrisson.

À la demande de la famille, une entreprise de pompes funèbres de Corbeil-Essonnes a sollicité auprès de la municipalité l'autorisation d'inhumer le nourrisson dans le cimetière de Champlan.

Le maire a refusé. Il n'a donné "aucune explication", a raconté à l'AFP Julien Guenzi, gérant des pompes funèbres Lescarcelle à Corbeil. "Il n'est pas obligé de se justifier, mais des réponses comme ça, c'est très rare", a-t-il ajouté.

"Inhumaine humiliation"

La petite fille sera finalement inhumée lundi 5 janvier à Wissous, près de Champlan.

"Une mère qui a porté un enfant pendant neuf mois et qui le perd à deux mois et demi, ce n'est pas la peine d'aggraver sa douleur", a déclaré à l'AFP le maire UMP de Wissous, Richard Trinquier, invoquant un "souci d'humanité". L'ASEFRR prendra en charge les frais d'obsèques, la famille ayant financé l'achat du cercueil.

Nombre d'élus et de responsables politiques et associatifs se sont émus de la décision du maire de Champlan.

"Perdre un bébé est un chagrin universel. Se voir refuser, pour lui, une sépulture est une inhumaine humiliation", a twitté la secrétaire d'État à la Famille, Laurence Rossignol.

Alexis Bachelay, député (PS) dans les Hauts-de-Seine, et Nathalie Goulet, sénateur (Union des démocrates indépendants) de l'Orne ont exprimé leur "nausée" et Ian Brossat, adjoint (PCF) au maire de Paris sa "honte" sur Twitter.

Le président de la Licra, Alain Jakubowicz, a jugé qu'il s'agissait de "racisme" et qu'il envisageait des poursuites judiciaires. De son coté, l'ASEFRR a précisé qu'elle ne comptait pas porter plainte. "Sur le plan moral, c'est absolument contestable, mais sur le plan juridique, on ne pourra pas faire grand-chose", a souligné M. Gandais.

Selon la loi, les proches d'un défunt doivent demander l'autorisation d'inhumation au maire de la commune du cimetière choisi. Il peut être inhumé dans la commune où il habitait, dans celle où il est mort, ou là où se trouve un caveau familial. Dans les autres cas, les maires peuvent s'opposer à l'inhumation.

D'après Mme Brelaud, la famille de la petite fille vit en France "depuis au moins huit ans". Les parents, qui ne souhaitent pas s'exprimer, ont l'un et l'autre "environ 35 ans". Ils ont deux garçons de 5 et 9 ans, scolarisés à Champlan.

La mère a déjà perdu deux garçons en bas âge en Roumanie. La famille vit à l'entrée de la commune, dans un bidonville clôturé sans eau et sans électricité, à proximité d'une petite usine, entouré par des voies rapides et des champs, quasiment au bout des pistes de l'aéroport d'Orly.

Avec AFP

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