ÉTATS-UNIS

Congrès américain : "Pas beaucoup de place pour le moindre compromis"

Le sénateur républicain du Kentucky Mitch McConnell devrait devenir le nouveau chef de la majorité au Sénat après les élections de mi-mandat gagnées en novembre par le Parti républicain.
Le sénateur républicain du Kentucky Mitch McConnell devrait devenir le nouveau chef de la majorité au Sénat après les élections de mi-mandat gagnées en novembre par le Parti républicain. Saul Loeb, AFP

La 114e session du Congrès des États-Unis débute mardi avec la prise de contrôle du Sénat par le Parti républicain. Pour le spécialiste Matthew Dallek, le blocage politique restera toutefois inchangé lors des deux années à venir.

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Après leur victoire électorale début novembre lors des élections de mi-mandat aux États-Unis, les républicains prennent le contrôle du Congrès, mardi 6 janvier. Pour la première fois depuis huit ans, le "Grand Old Party" possède à la fois la majorité à la Chambre des représentants (247 sièges contre 188 pour les démocrates) et au Sénat (54 sièges contre 46 pour les démocrates). Selon Matthew Dallek, professeur de sciences politiques à l’université George Washington interrogé par France 24, le contrôle total du Congrès par le Parti républicain ne devrait toutefois pas permettre de voir un déblocage de la situation politique à Washington.

Les républicains prennent le contrôle du Congrès ce mardi. Quelle va être leur stratégie législative pour ces deux années à venir ?

C’est difficile à dire car il y a de vraies tensions à l’intérieur du Parti républicain. D’un côté, nous avons des élus qui sont au Congrès depuis un certain temps et qui ont une approche plutôt pragmatique comme le nouveau chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, ou le chef de la majorité à la Chambre des représentants, John Boehner. Ceux-là veulent préserver la majorité républicaine au Congrès. Et de l’autre côté, il y a de nouveaux élus ou des élus relativement récents, influencés par le Tea Party, qui s’inquiètent davantage de plaire à l’électorat de leur circonscription que de trouver des compromis pour le bien de la nation. Ces élus républicains ne veulent aucun compromis et, s’il le faut, sont prêts à prendre des mesures drastiques comme le blocage du gouvernement ou l’interdiction de relever le plafond de la dette. Les tensions entre ces deux branches du Parti républicain sont assez vives. Les leaders du parti dans les deux chambres, McConnell et Boehner, parviendront-ils à aller au-delà de ces différences ? Impossible de le savoir pour le moment.

Les républicains ont pourtant besoin de montrer aux Américains qu’ils sont capables de gouverner s’ils veulent remporter l’élection présidentielle en 2016. Cette échéance ne devrait-elle pas les inciter à voter des lois ?

Le problème pour eux, c’est que beaucoup de républicains se sentent bien plus concernés par leur propre réélection que par l’élection présidentielle ou le passage de lois. Par exemple, sur l’immigration, le Parti républicain souhaiterait trouver des compromis avec le Parti démocrate et la Maison Blanche, mais pris individuellement, beaucoup d’élus républicains préfèrent trouver une façon de ne pas financer les ordres exécutifs pris par Barack Obama. Or cette stratégie fait mal à l’image du Parti républicain, d’où les tensions actuelles.

>> À lire sur France 24 : "Élections de mi-mandat : ces Américains privés de leur droit de vote"

Faut-il donc s’attendre à un Congrès qui ne fera rien durant deux ans ?

Non, les républicains vont au moins se mettre d’accord pour s’en prendre à Obamacare et à d’autres législations passées par Barack Obama. Ils essaieront de détricoter ce qui a été fait, mais bien sûr, ça ne pourra être que symbolique puisque le président possède un droit de veto. En revanche, ce n’est pas impossible que les républicains se mettent d’accord au niveau économique. On sait notamment qu’ils vont mettre sur la table dès cette semaine le dossier de l’oléoduc Keystone XL, sur lequel Obama se refuse à prendre une décision depuis qu’il est président. On devrait aussi voir de la part des républicains des propositions de lois pour renforcer l’économie et créer de nouveaux emplois. Ils voudront montrer qu’ils maîtrisent ce sujet clé.

Les républicains n’ont pas de super-majorité au Sénat et seront donc obligés de composer avec les démocrates s’ils veulent voter des lois. Barack Obama, de son côté, a besoin du Congrès pour valider les nominations de ses futurs secrétaires à la Défense et à la Justice. Le Congrès et la Maison Blanche ne sont-ils donc pas obligés de trouver un terrain d’entente ?

Chaque camp a intérêt à trouver des compromis dans certains domaines, mais les six dernières années ont montré qu’il s’agissait davantage de l’exception que de la règle. Bloquer la nomination du secrétaire à la Défense serait politiquement insensé pour les républicains, donc je ne pense pas qu’il y aura un problème là-dessus. Encore une fois, tout dépendra de la ligne qui s’imposera au sein du Parti républicain. Mais si on se fie au passé récent, on a vu qu’il n’y avait pas beaucoup de place pour le moindre compromis.

Les Américains vont donc encore assister à deux années de blocage politique ?

Très probablement. Il y aura de nombreuses batailles politiques et de nombreuses joutes verbales sur des sujets comme la santé, l’immigration, les dépenses de l’État, la réforme de l’impôt ou encore l’environnement. Pour autant, rien ne devrait bouger. Et puis Barack Obama utilisera sûrement davantage son droit de veto lors des deux prochaines années que lors de ses six premières passées à la Maison Blanche.

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