LIBAN-SYRIE

Face à l'afflux de réfugiés, le Liban impose des visas aux Syriens

Des volontaires d’une ONG libanaise distribuent des vivres aux réfugiés syriens du camp de Arsal à l’est du Liban, le 25 octobre 2014.
Des volontaires d’une ONG libanaise distribuent des vivres aux réfugiés syriens du camp de Arsal à l’est du Liban, le 25 octobre 2014. Maya Hautefeuille, AFP
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Pour la première fois, le Liban durcit les conditions d'entrée sur son territoire pour les ressortissants syriens, en imposant des visas à la frontière. La mesure, qui entre en vigueur lundi, vise à limiter l'afflux de réfugiés.

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Beyrouth impose désormais des visas aux citoyens syriens pour la première fois dans l'histoire des deux pays voisins. L'objectif : réguler l'afflux de réfugiés au Liban, qui en accueille déjà plus d'un million, selon les autorités libanaises.

À compter du lundi 5 janvier, le Liban exige donc des Syriens se présentant à la frontière de spécifier le but de leur venue et la durée de leur séjour au Pays du Cèdre, a déclaré samedi le général Abbas Ibrahim, chef de l'appareil de la sûreté générale.

C'est ce qu'a constaté Coline Charbonnier, la correspondante de France 24, lundi matin au poste frontière libanais de Masnaa situé sur la route de Damas. "Les mesures sont entrées en vigueur, on a vu des voitures passer dans le sens Liban-Syrie, mais pas de passage entre la Syrie et le Liban", a-t-elle rapporté.

Libanais et Syriens ont toujours voyagé librement à travers la frontière depuis l'indépendance de leur pays dans les années 40. Les ressortissants des deux pays devaient produire uniquement une pièce d'identité. Mais depuis la guerre brutale en Syrie qui a coûté la vie à plus de 200 000 personnes et fait fuir près de la moitié de la population, le Liban compte la plus forte concentration de réfugiés syriens au monde par tête d'habitant.

La suite d’une politique de contrôle des réfugiés

Le Liban a déjà entrepris, l'année dernière, de limiter l'entrée des personnes fuyant les combats. En octobre, le ministre des Affaires sociales, Rachid Derbas, avait indiqué que Beyrouth ne recevait plus de réfugiés syriens, sauf exceptionnellement pour "des raisons humanitaires".

>> À voir sur France 24 : "Débordé par l’afflux de réfugiés, le Liban verrouille sa frontière avec la Syrie"

Avec la nouvelle mesure, "L'objectif est d'empêcher (les Syriens) de se réfugier" au Liban et (...) de réguler l'entrée des Syriens de manière plus sérieuse", a indiqué Rachid Derbas.

Sont ainsi octroyés des visas touristiques, médicaux, d'étudiants, de transit, pour consultation d'une ambassade étrangère ou pour ceux qui bénéficient d'une prise en charge par un Libanais. Des séjours temporaires sont accordés aux hommes d'affaires et propriétaires d'un bien immobilier. Le visa touristique requiert par exemple une réservation d'hôtel, une pièce d'identité valable, ainsi que la possession de 1 000 dollars.

Appel à la communauté internationale

Toutefois pour Ron Edmond, porte-parole du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), le fait que les nouvelles règles n'incluent pas "explicitement une clause liée aux raisons humanitaires exceptionnelles tel que prévu dans la politique gouvernementale d'octobre dernier" est déplorable.

"Nous comprenons les raisons citées par le gouvernement pour introduire ces règlements, mais il est de la responsabilité internationale du HCR de s'assurer que les réfugiés ne sont pas forcés à revenir à des situations où leur vie serait en danger", a-t-il précisé.

Cette nouvelle réglementation pose la question du devenir des Syriens qui résident d'ores et déjà au Liban, a souligné Coline Charbonnier, la correspondante de France 24. "Jusqu'à présent ils avaient des permis de séjour de 6 mois renouvelables. Comment vont-ils faire dans les prochains mois pour les renouveler ? La même question se pose pour les milliers d'ouvriers syriens qui travaillent sur le sol libanais depuis des années", a-t-elle expliqué. Or pour le moment la sûreté générale libanaise n'a pas encore apporté de réponse concernant ces cas.

"Le HCR appelle de nouveau la communauté internationale à aider le Liban qui a été extrêmement généreux (...) et mérite plus d'aide qu'il ne reçoit actuellement", a ajouté le porte-parole du HCR.

Selon le HCR, depuis le changement de politique libanaise en 2014, le Liban connaît déjà une chute de plus de 50 % du nombre de réfugiés syriens enregistrés auprès de l'agence onusienne entre septembre et novembre.

Avec Reuters et AFP

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