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Mobilisation massive pour que "Charlie Hebdo" vive

Kenzo Tribouillard, AFP

Quelques heures après l'attentat contre "Charlie Hebdo", des soutiens financiers et logistiques ont afflué de toute part pour sauver l'hebdomadaire satirique. Un pied de nez à ceux qui voulaient en faire cesser la parution.

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Pas question pour les survivants de la rédaction de "Charlie Hebdo" de laisser mourir leur journal. Les collaborateurs de l’hebdomadaire satirique, qui ont survécu au massacre, ont décidé de sortir mercredi 14 janvier un nouveau numéro tiré à un million d'exemplaires contre 60 000 habituellement. Il s’agira d’un titre limité à 8 pages au lieu de 16 habituellement. "Ce n'est pas la connerie qui va gagner", a expliqué l'urgentiste Patrick Pelloux, chroniqueur de l'hebdomadaire.

Dès le 7 janvier, des propositions de soutiens ont émané d'un peu partout. La rédaction de "Libération" a pour sa part invité les rescapés de "Charlie Hebdo" dans ses locaux "aussi longtemps que nécessaire", a déclaré jeudi à l'AFP le directeur opérationnel du quotidien, Pierre Fraidenraich. "Nous mettons à leur disposition un étage complet de notre immeuble et tous les outils et moyens de production nécessaires à la production de leur exemplaire de la semaine prochaine, comme de celles à venir, tant qu'ils en auront besoin", a-t-il ajouté. "Cette maison est la leur, ils sont chez eux. J'ai appelé le cabinet de Bernard Cazeneuve et la Préfecture de Police, et les mesures de protection nécessaires seront en place dès demain matin", a-t-il précisé.

"Libération" avait déjà hébergé "Charlie Hebdo" plusieurs semaines après l'incendie criminel qui avait détruit leurs locaux en 2011, suite à la publication de caricatures de Mahomet. "J'espère que Charb, Cabu et tous les autres voient ça de là-haut, le soutien, les manifs... il ne faut pas qu'ils soient morts pour rien".


Afflux massif de soutien

Les propositions d’aide ne s’arrêtent pas là. Les patrons de Radio France, du Monde et France Télévisions ont notamment annoncé mercredi leur intention de mettre "à disposition de 'Charlie Hebdo' et de ses équipes l’ensemble de leurs moyens humains et matériels pour que 'Charlie Hebdo' continue à vivre". La presse étrangère n'est pas en reste. Le groupe The Gardian a annoncé jeudi faire un don de 100 000 livres au journal.

La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a annoncé jeudi sur France 5 qu'elle comptait "débloquer en urgence" environ un million d'euros pour Charlie Hebdo, afin "d'assurer sa pérennité". Sur France Info, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, a jugé quant à elle qu'une "aide publique pour aider Charlie serait justifiée. On ne peut pas concevoir la disparition de Charlie Hebdo".

Le soutien s'organise aussi chez les distributeurs. Pour le dernier numéro avant l'attaque, vendu actuellement en kiosque (3 euros), toute la filière, du dépositaire au kiosque, va reverser à "Charlie Hebdo" la part qui lui revient normalement, soit 50% du prix de vente, ont expliqué à l'AFP les Messageries Lyonnaises de presse (MLP). Pour le prochain numéro, le dispositif sera le même et accompagné d'un soutien publicitaire gratuit, selon MLP. Le distributeur de presse Presstalis a, de son côté, annoncé qu’il ne prendrait aucune commission sur la diffusion du prochain numéro, a rapporté "Les Échos".

Par ailleurs, le fonds "Presse et pluralisme", qui permet de faire des dons défiscalisés aux médias, pourrait débloquer dans un premier temps une somme de 100 000 euros puis être le réceptacle des dons destinés à "Charlie Hebdo", indique une source proche du dossier.

Plus surprenant, le concours du géant Google. Le Fonds Google/éditeurs pour "l'innovation numérique de la presse" (FINP) a l’intention de "s'associer à l'initiative générale" sans pouvoir chiffrer encore le montant de cette enveloppe exceptionnelle, a déclaré à l'AFP Ludovic Blecher, son directeur général.

L'aide se fait également sous forme d'abonnement. La Banque publique d'investissement a décidé de prendre 50 abonnements pour ses 42 directions régionales et son siège, en signe de solidarité. Et la Caisse des dépôts et consignation a annoncé avoir mis en ligne une page permettant aux internautes de faire un don pour l'hebdomadaire.

Exit les problèmes financiers

L'ancien patron de "Charlie Hebdo", Philippe Val, invité jeudi sur France Inter, a souligné que "beaucoup de gens, beaucoup d'intellectuels, d'artistes" étaient prêts à aider le journal.

La ville de Paris a affiché un soutien symbolique, vendredi, en faisant le journal citoyen d'honneur de la Ville de Paris, à l'unanimité des élus du Conseil de Paris réunis en conseil extraordinaire. "Cette distinction extrêmement élevée, très peu attribuée, est réservée aux défenseurs les plus emblématiques des droits de l'Homme de par le monde. Elle a récompensé d'immenses résistants à la dictature et à la barbarie. En choisissant de la remettre à 'Charlie Hebdo', Paris, notre ville, accorde à un journal courageux et héroïque le respect dû aux héros", a déclaré, avec émotion, la maire de Paris, Anne Hidalgo (PS).

Avant l'attentat, le journal satirique était au bord de la faillite et craignait de disparaître, faute de ventes suffisantes. Le journal ne se vendait qu'à 30 000 exemplaires, la moitié de son tirage, alors qu'il avait besoin d'atteindre les 35 000 pour être à l'équilibre, avait expliqué Charb à l'AFP. Il avait lancé un appel aux dons en novembre, mais n'avait recueilli que quelques dizaines de milliers d'euros en fin d'année, alors qu'il visait un million.

"Les recettes du prochain numéro seront reversées aux familles des victimes. L'appel aux dons c'est pour que 'Charlie Hebdo' continue après", a annoncé Philippe Val. L'appel sera aussi diffusé à l'étranger, selon Reporters sans frontières. Non, "Charlie Hebdo" ne mourra pas.

Avec AFP

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