POLITIQUE

Marche républicaine pour “Charlie Hebdo” : l’encombrant Front national

La présidente du Front national Marine Le Pen a été reçue vendredi 9 janvier par François Hollande.
La présidente du Front national Marine Le Pen a été reçue vendredi 9 janvier par François Hollande. Patrick Kovarik, AFP

Le Front National regrette de ne pas avoir été "invité" au rassemblement de dimanche pour "Charlie Hebdo". Son éventuel participation à cette manifestation républicaine divise la classe politique et fissure le discours unitaire.

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Marine Le Pen veut en être, dimanche 11 janvier, à Paris. Qu’importe si son parti et l’extrême droite en général sont parmi les cibles favorites de “Charlie Hebdo”. La dirigeante frontiste assure que le FN a sa place dans la marche d’unité nationale pour commémorer les victimes de l’attentat contre l’hebdomadaire satirique.

Elle le répète sur tous les tons depuis que le gouvernement a invité, jeudi, tous les partis, sauf le FN, à rejoindre “la marche républicaine et silencieuse”. “L'idée lancée par le président de la République d'une union nationale, dont serait exclu un parti qui représente 25 % des Français transforme cette union nationale en une vaste escroquerie politicienne”, a martelé Marine Le Pen.

Cette dénonciation a tôt fait de transformer l’appel à l’unité nationale et au rassemblement républicain en sujet de polémique. Les partis de droite ont, en effet, repris la balle au bond pour critiquer cette “non-invitation” du parti de Marine Le Pen. “Le FN est dans le champ de la démocratie, il n’est pas interdit, présente des candidats aux élections. Quand c’est l’union nationale, c’est l’union nationale pour tout le monde”, a ainsi indiqué le président de l’UMP Nicolas Sarkozy. Au centre aussi, François Bayrou, président du Modem, a déploré la “mauvaise décision d’exclure qui que ce soit”.

François Hollande : "Tous les citoyens peuvent venir"

Les dissension autour de la participation du parti frontiste à la marche a aussi divisé le parti socialiste. Le site du “Nouvel Observateur” raconte que les débats ont été houleux chez les socialistes, jeudi 8 janvier, sur ce point. À l’issue des discussions, Pascal Lamy a cru pouvoir résumer la position du parti : “il n'y a pas de place pour une formation politique qui, depuis des années, divise les Français, stigmatise les concitoyens en fonction de leur origine ou de leur religion”.

Cette ligne n’est, pourtant, pas partagée par tous à gauche. À commencer par le porte-parole du PS, Olivier Faure, qui a affirmé ne vouloir “exclure personne”. “Tous ceux qui souhaitent manifester dimanche leur solidarité avec 'Charlie Hebdo' et leur réprobation face au fondamentalisme devraient pouvoir être présents physiquement“, précise-t-il.

Après avoir reçu Marine Le Pen à l’Élysée, vendredi, François Hollande a tenté de mettre les choses au point. “Tous les citoyens peuvent venir, il n'y a pas de contrôles”, a indiqué le chef de l’État, laissant entendre qu’il s’agissait d’un choix personnel qui n’avait rien à voir avec l’appartenance politique à tel ou tel mouvement.

Reste que les réticences de la gauche à voir le FN associé à une marche en mémoire des victimes de l’assaut contre “Charlie Hebdo” peut se comprendre. L’hebdomadaire “est par principe opposé au FN et je doute que la participation de celui-ci [au rassemblement de dimanche] y aurait recueilli beaucoup de suffrages”, assure Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite française, au “Nouvel Observateur”.

Les rapports entre le parti frontiste et “Charlie Hebdo” ont toujours été conflictuels. Dans les années 90, le journal avait plusieurs fois tenté de faire interdire le FN. Il avait même, raconte “Libération”, déposé une demande d’enregistrement de la marque Front national en 1998.

Les caricatures souvent virulentes à l’égard de l’extrême droite ont valu au journal de nombreux problèmes judiciaires. “En 19 ans, on a eu 13 procès avec l’extrême droite catholique”, rappelait Charb dans l’"Humanité” en 2011.

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