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Simple "faille" ou vraie "défaillance"... le renseignement français en question

Des policiers déployés devant le siège de la DCRI, le 8 janveir, à Levallois.
Des policiers déployés devant le siège de la DCRI, le 8 janveir, à Levallois. Kenzo Tribouillard, AFP

Le Premier ministre français, Manuel Valls, a reconnu vendredi des "failles" dans le renseignement après les attaques terroristes à Paris. Le "Washington Post" parle de "défaillances" récurrentes au sein des services hexagonaux.

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"Il y a une faille bien évidemment. Quand il a 17 morts, c'est qu'il y a eu des failles." Peu après les assauts des forces de sécurité à Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, et à la porte de Vincennes, à Paris, le Premier ministre français, Manuel Valls, a reconnu, vendredi 9 janvier, que le dispositif de détection des personnes susceptibles de commettre des attentats n’était pas parfait.

Le chef du gouvernement a toutefois rappelé que le travail des renseignements avait jusqu’alors permis de procéder à des "interpellations" et des "incarcérations", ainsi que de repérer des "centaines d'individus" revenus de Syrie et d’Irak, d’où ils avaient été "formés au terrorisme".

Chérif Kouachi, le plus jeune des deux frères ayant mené l’attentat mercredi au siège de "Charlie Hebdo", était bien connu des services français. Surnommé Abou Issen, il avait fait partie de la "filière des Buttes-Chaumont", qui envoyait des jihadistes en Irak, où lui-même entendait se rendre en 2005 avant d'être interpellé. Il avait été condamné pour ces faits en 2008 à trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis.

>> À lire sur France 24: "Chérif Kouachi et Amedy Coulibaly, des liens scellés en prison"

Selon plusieurs sources françaises et américaines, l’aîné, Saïd, s'était quant à lui rendu au Yémen en 2011 pour s'entraîner avec Al-Qaïda au maniement des armes. Dans une conversation téléphonique avec la chaîne de télévision BFMTV, quelques heures avant l'assaut sur l'imprimerie de Dammartin-en Goële, dans lequel il a trouvé la mort avec son frère, Chérif a affirmé avoir été mandaté par Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), la branche yéménite de la nébuleuse jihadiste. Il a assuré s’être rendu également au Yémen en 2011 lors d’un séjour financé par le prédicateur radical américano-yéménite Anwar al-Awlaki, tué lors d'une frappe par un drone américain en septembre de la même année.

Dès jeudi, un responsable américain, cité par "The New York Times", avait lui aussi indiqué que Saïd Kouachi s'était rendu en 2011 au Yémen et ce, afin de s'entraîner au maniement des armes auprès d'Al-Qaïda. Selon le journal, les "Français et les Américains savaient qu’il était allé s’entraîner au Yémen". Les autorités américaines ont par ailleurs souligné que les deux frères étaient placés "depuis des années" sur la liste noire américaine du terrorisme.

"Les listes de personnes à surveiller sont plutôt longues"

"Les listes de personnes à surveiller sont plutôt longues, surtout depuis le 11-Septembre, ce qui signifie que la police n’a pas les moyens de suivre tout le monde, commente à l’agence Associated Press (AP) Benoît Gomis, spécialiste du terrorisme au sein du think-tank britannique Chatham House. Il est difficile de pister les bonnes personnes. Il y a tellement de données, tellement d’interférences, qu’on ne peut pas toujours trouver la bonne information et donc la bonne manière d’agir quand cela est nécessaire."

>> À lire sur France 24 : Al-Qaïda au Yémen affirme avoir commandité l’attaque des frères Kouachi

De fait, ces derniers mois, le renseignement français a davantage concentré ses efforts sur la jeune génération d’apprentis jihadistes partie en Syrie que sur les filières islamistes recensées depuis le début des années 2000. "Il apparaît que les frères [Kouachi] ont fait l’objet d’une surveillance moins accrue de la part des services français. Ces derniers étant plus préoccupés, durant ces deux années, par le départ de citoyens français en Syrie", écrit ainsi le "Washington Post".

Reste que beaucoup se demandent pourquoi les deux frères n'ont pas été appréhendés s'ils étaient connus des services de sécurité. Au lendemain de l’attaque meurtrière contre "Charlie Hebdo", le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a indiqué que les deux frères n'étaient pas identifiés comme "des cibles pouvant passer à l'acte", bien que Chérif soit l'objet d'une fiche S (Sûreté de l'État).

"Mais ce n'est pas parce que vous êtes connu [des services anti-terroristes], que vous êtes surveillé en permanence", a souligné Eric Dénécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). "À un moment, la surveillance s'arrête, surtout si vous êtes assez malin pour vous tenir à carreau pendant un moment. Ce sont les trous inévitables dans les mailles du filet."

Dans le cadre de la loi

Il n’empêche, pour le "Washington Post", la France a été au centre des plusieurs affaires qui témoignent d’une "défaillance". Le quotidien rappelle ainsi que Mehdi Nemouche, l’auteur présumé de la fusillade meurtrière du Musée juif de Bruxelles, en mai 2004, était lui aussi connu des services français pour un séjour effectué en Syrie.

De même, Mohamed Merah, l’auteur des tueries à Toulouse et Montauban en 2012, figurait, au même titre que les frères Kouachi, sur la liste noire des personnes interdites de vol, en provenance et à destination des États-Unis. Objet d’une fiche S dès 2006, le jeune homme fut interrogé par la police en 2011 sur ses différents voyages effectués en Afghanistan et au Pakistan notamment. Avant d’être relâché.

"Merah a été tué lors d’un raid des forces d’intervention mené le 22 mars 2012 à Toulouse, rappelle le "Washington Post". À la question de savoir si les services français auraient pu faire davantage en amont, le ministre de l’Intérieur [Claude Guéant] avait à l’époque répondu que "l’expression d’opinion salafiste ne suffisait à traîner quelqu’un devant la justice."

“Il n’est possible d’agir que dans le cadre de la loi, abonde aujourd’hui Benoît Gomis. On ne peut arrêter quelqu’un pour ses opinions extrémistes. Beaucoup de personnes diront qu’ils auraient dû être arrêtés, ou incarcérés, mais la loi doit être respectée."
 

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