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Prise d'otages du supermarché casher à Paris : "C'était l’enfer, un cauchemar"

Des otages libérés, vendredi 9 janvier, après l'assaut des forces de l'ordre sur le supermarché casher de la porte de Vincennes.
Des otages libérés, vendredi 9 janvier, après l'assaut des forces de l'ordre sur le supermarché casher de la porte de Vincennes. Thomas Samson, AFP

Certaines personnes prises en otage par Amedy Coulibaly, vendredi, ont accepté de raconter aux médias français les terribles heures passées dans le magasin casher, situé porte de Vincennes à Paris.

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Plusieurs rescapés de la prise d’otages du supermarché HyperCacher, porte de Vincennes, ont témoigné de l’horreur qu’ils ont vécue durant plusieurs heures, vendredi 9 janvier. De la stupeur au début de la prise d’otages jusqu’au soulagement de leur libération, leurs récits décrivent des scènes d’angoisse qui les marqueront à vie. Quatre personnes ont perdu la vie ce jour-là : Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab et François-Michel Saada. Le preneur d’otages, Amedy Coulibaly, a quant à lui été abattu par les forces de l’ordre durant l’assaut.

"J'ai vu quelqu'un rentrer avec une kalachnikov et tirer dans le tas", raconte Lucas, interrogé dans l'émission Sept à Huit de TF1. "Ça criait de tous les côtés, tout le monde courait un peu à droite, à gauche dans le magasin. Il a tiré sur des gens."

Deux hommes sont en effet abattus à proximité des caisses dès le début de la prise d’otages. Puis un autre, qui insistait pour entrer dans le supermarché alors que des employés tentaient de l’en dissuader en lui disant que le magasin était fermé. À l’intérieur, c’est la panique. Certains clients descendent se réfugier au sous-sol.

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"Lorsque l'autre [Amedy Coulibaly, NDLR] est rentré dans le magasin, des gens sont descendus en courant au sous-sol disant qu’il y avait un fou armé", raconte à France 24 l'un des héros de cette journée, Lassana Bathily. "Je me suis dit que la seule issue était de nous cacher dans le congélateur, alors je l’ai éteint et j'ai fait rentrer tout le monde."

Enfermés dans le frigo

"Comme j’ai travaillé il y a vingt ans dans ce magasin, je connaissais la réserve", poursuit Lucas sur TF1. "Donc j’ai couru dans la réserve avec deux, trois personnes qui m’ont suivi. Je suis descendu et on s’est enfermé dans le frigo. Cinq minutes après, on était une dizaine en bas. La caissière est descendue nous dire de remonter, sinon il allait descendre tous nous tuer. De là, il y a des gens qui ont voulu remonter et nous on est resté à six en bas, pendant quatre heures et demie, avec un bébé de huit mois. Sa mère était là, elle l’allaitait de temps en temps. (…) On était tous un peu paniqués mais on essayait de garder le contrôle."

"Ma copine et moi avons pris notre courage à deux mains et décidé de monter", se souvient en revanche dans "Libération" un autre rescapé, Nessim Cohen (son nom a été modifié à sa demande). "Un autre jeune nous a suivis", dit-il. "Nous arrivons dans le magasin, et ce dernier s’aperçoit que Coulibaly a posé l’une de ses kalachnikovs sur un carton près de lui. Il s’en empare et tente de tirer sur le terroriste. Je me cache derrière un rayon et entends une détonation. Lorsque je regarde à nouveau, je vois le jeune à terre. Coulibaly nous dit : 'Regardez ce qui vient d’arriver à celui qui a essayé de se défendre'. Je me suis ensuite rendu compte que trois autres personnes avaient été abattues : il y en avait une près de l’entrée du magasin, deux autres au niveau des caisses."

Une conversation entre Coulibaly et ses otages enregistrée

Nessim Cohen décrit également comment le preneur d’otages "a demandé de coucher des caddies au sol pour que les femmes puissent s’asseoir" et la façon dont "les rôles se sont répartis spontanément au sein du groupe d’otages". "Comme certains avaient leur téléphone, ils donnaient discrètement des informations à la police", explique-t-il dans "Libération". (…) "Je me disais qu'à un moment, je devrais tenter quelque chose contre lui, car il paraissait très peu méfiant. Mais je pensais aussitôt à ce jeune qui s’était fait abattre."

Un dialogue finit par s’installer entre Amedy Coulibaly et ses otages. Ces derniers tentent en vain de comprendre ses motivations. "On lui a dit : 'Mais on ne comprend pas, qu’est-ce que vous voulez exactement  ? C’est pas avec nous qu’il faut négocier", témoigne Sophie sur Europe 1. "Nous, on est des pauvres gens, des mères de familles. Il faut appeler la police", a-t-elle plaidé auprès du preneur d'otages.

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Une bonne partie de l’échange est disponible sur le site de RTL. La radio avait tenté de joindre le magasin HyperCacher durant la prise d’otages. Coulibaly ayant mal raccroché le téléphone, sa conversation avec les otages a pu être enregistrée par la radio.

Sophie relate par ailleurs que Coulibaly lui a demandé d’aller à son tour chercher les otages restés au sous-sol. "Il m’a dit : 'Toi, tu descends et tu vas les chercher'. (…) Donc je suis descendue et j’ai dû enjamber ce pauvre jeune homme qui était en face et qui perdait du sang pour aller en bas", dit-elle, des sanglots dans la voix, au micro d'Europe 1.

"Moi, j’étais de ceux qui n’ont pas voulu remonter", explique Carole sur BFMTV. "On était une petite douzaine en bas et puis on a attendu. Je me suis dit : 'On est foutu, c’est pas possible'. On a eu peur. Je pense qu’à un moment donné, on s’est tous dit qu’on ne s’en sortirait pas. C’était l’enfer, un cauchemar. Ça a duré quatre heures."

"L'assaut a été effroyable, c’était interminable"

Puis vient enfin la délivrance avec l’assaut des forces de l’ordre. Un moment suivi en direct à la télévision par des millions de téléspectateurs et vécu dans l’angoisse à l’intérieur du supermarché casher.

"Il est parti s’occuper de ses explosifs et c’est à ce moment que le Raid a fait exploser la vitrine", détaille Nassim Cohen. "Coulibaly a crié. Il a couru vers la porte de secours, à l’arrière du magasin. Il y a eu un flash étourdissant. Puis le rideau de fer de l’entrée principale a commencé à se lever. Coulibaly est passé tout près des otages sans leur tirer dessus. Il s’est dirigé en courant vers les policiers et a commencé à faire feu. J’étais à moitié allongé au fond du magasin. Quand je l’ai vu tomber, j’ai crié : 'On sort !'. J’ai aussitôt été alpagué par les policiers et mis en sécurité."

"L’assaut a été effroyable, c'était interminable", raconte pour sa part Carole sur BFMTV. "On a entendu d’abord tout ce qu’il y a eu en haut, tout ce qui s’est passé, des tirs, des grenades. Au moment où ils ont ouvert la porte, on avait mis tellement de cartons (…) qu’on ne savait pas, en fin de compte, qui ouvrait la porte, si c’était les méchants ou les gentils. On était un peu perdu. Moi je voyais des lasers rouges sur moi, je me disais : 'Ils vont nous tirer dessus, qu’est-ce qui se passe ?'. (…) Après quand je les ai vus, ils nous ont attrapés, ils nous ont réconfortés, ils nous ont dit que tout allait bien, que là-haut c’était nettoyé, comme ils disent, qu’on était sauvé."

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Les otages libérés voient enfin leur calvaire se terminer mais doivent encore franchir les victimes qui jonchent le sol. Carole dit avoir vu "beaucoup de sang, beaucoup, beaucoup de sang".

"Quand on est remonté avec le Raid, ils nous ont dit de ne pas regarder sur les côtés, de partir tout droit et de ne pas regarder", raconte de son côté Lucas sur TF1. "Quand on est monté, il y avait du sang partout, c’était pire qu’un film. Je vais vous dire franchement, je n’ai pas trop regardé, j’ai pris la dame avec le bébé et j’ai essayé de sortir tout droit avec elle sans trop regarder. Mais même si on ne voulait pas regarder, on voyait que tout était cassé dans le magasin, du sang partout, même les mecs du Raid avaient du sang sur eux, une horreur."

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