FRANCE

De nombreux juifs français choisissent Israël pour fuir l'insécurité

Un militaire patrouille près d'une école juive à Paris, le 12 janvier 2015.
Un militaire patrouille près d'une école juive à Paris, le 12 janvier 2015. Joël Saget, AFP

La prise d'otages de l'hypermarché casher de la Porte de Vincennes, le 9 janvier, au cours de laquelle quatre personnes ont été tuées, a accru les craintes de la communauté juive de France, où les velléités de départs vers Israël se multiplient.

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Après la tuerie de "Charlie Hebdo", mercredi 7 janvier, le téléphone de l’Agence juive pour Israël – qui aide les juifs à faire leur alyah ou "retour" en Israël –  a commencé à sonner plus régulièrement. Après la prise d’otages de l’HyperCacher, deux jours plus tard, il n’a plus cessé.  "Depuis vendredi, les appels se sont multipliés par trois, et les inscriptions aux réunions d’information par dix", estime Jessica Cohen, directrice marketing de l’Agence juive pour Israël. Le phénomène est "inédit", selon elle.

La communauté juive, ultra sensibilisée depuis l’affaire Merah en 2012, craint une recrudescence de l’antisémitisme en France. En juillet dernier, les débordements en marge des manifestations pro-palestiniennes, à Paris ou en banlieue, avaient déjà accru son inquiétude. La violente agression d'un couple juif à Créteil au mois de décembre n'a fait que la renforcer. L’attaque du supermarché casher, Porte de Vincennes, vendredi dernier, a amené certains à franchir le pas de l'alyah. 

>> À lire sur France : "Créteil s’interroge après une violente agression antisémite"

Dix mille candidats au départ en 2015 ?

Le "retour" en Israël des juifs français avait déjà atteint un chiffre record en 2014, année où, pour la première fois, la France est devenue le premier pays d’émigration : plus de 7 000 juifs ont fait leur alyah, contre 3 293 en 2013. Pour la première fois, la France a eu un nombre d’émigrés (dits "olim" en hébreu) plus élevé que les États-Unis (3 870 en 2014). La population juive de France, la première en Europe, (estimée à 500 000 ou 600 000 membres)  est pourtant dix fois moins importante qu’outre-Atlantique.
 
Les récents événements risquent d'accélérer ce phénomène. La ministre israélienne de l’Alyah et de l’Intégration, Sofa Landver, a estimé que 10 000 nouveaux immigrants feraient leur alyah depuis la France en 2015. Une tendance encouragée par le Premier ministre israélien. Au lendemain de la prise d’otages qui a conduit à la mort de quatre personnes de confession juive, enterrées en Israël, Benjamin Netanyahou a affirmé aux juifs de France qu’Israël était "leur foyer".
 
>> À voir sur France 24 : "Les juifs français ont-ils raison d’avoir peur ?"

Une sortie qui lui a valu les foudres des représentants français de la communauté et du Premier ministre Manuel Valls qui n’avait pas manqué de déclarer que "la France, sans les juifs de France, n'est plus la France". Le président du Consistoire, Joël Mergui, a de son côté souligné que les juifs doivent "choisir avec leur cœur" et "pas parce qu'ils ont peur".

Sentiment d’insécurité

Pourtant, si les motifs religieux ou sionistes sont le plus souvent invoqués par ceux qui décident de s'installer en Israël, ils sont de plus en plus nombreux à mettre en avant un sentiment d'insécurité. Une peur réelle que d’aucuns justifient par les statistiques.  

Le dernier  rapport du Service de protection de la communauté juive (SPCJ) - une organisation issue des institutions juives de France – et du ministre de l’Intérieur, remontant à septembre dernier, note une augmentation substantielle des actes antisémites entre le 1er janvier et le 31 juillet 2014.

"Un climat d’insécurité pour la communauté juive s’est fortement installé suite aux nombreuses violences antisémites qui ont visé des individus, des synagogues et des écoles de la communauté juive", avance le communiqué, qui fait état d’une augmentations des actes antisémites de 91 % de janvier à juillet 2014, comparativement à la même période en 2013 (527 actes antisémites en 2014 contre 276 en 2013).

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