FOOTBALL

Mercato : devenir agent de joueur, un chemin de croix pour les aspirants ?

Chaque année, des dizaines de prétendants passent le concours d'agent de joueur organisé par la FFF.
Chaque année, des dizaines de prétendants passent le concours d'agent de joueur organisé par la FFF. Archive, AFP

En France, près de 250 agents de joueurs sont titulaires d’une licence délivrée par les autorités. Un sésame auquel prétendent chaque année des dizaines d’aspirants. En ce début de de mercato, France24.com est allé à la rencontre de l’un d’eux.

Publicité

Si, à l’image du Portugais Jorge Mendes, ses principaux porte-étendards sont constamment dans la lumière, le milieu des agents de joueur reste un microcosme opaque pour qui n’en fait pas partie. Pourtant, attirés par l’amour du football et par la surmédiatisation des périodes de transferts, des dizaines d’aspirants agents tentent, chaque année, le concours fédéral pour obtenir le droit d’exercer en France.

Mais le programme concocté par la Fédération française de football (FFF) est impitoyable. Droit social, droit fiscal, droit des contrats… des passages obligés qui constituent un premier filtre souvent dissuasif pour les nombreux prétendants. Le taux de réussite à l’examen est même inférieur à 20 %, selon les chiffres de la Fédération.

Ousmane Badiane, 32 ans, est l'un de ces aspirants. Il travaille depuis 2008 comme coordinateur des artisans expatriés chez un grand nom de l’industrie du luxe. Jeune, il se rêvait en professeur des écoles, mais sa passion du football l’a rattrapé. En 2014, il a fait partie des candidats au précieux sésame et s’est donc confronté au concours de la FFF. Rencontre.
 

France 24 : Le contenu de cet examen, réputé très difficile, a-t-il constitué un obstacle dans votre projet professionnel ?

Ousmane Badiane : J’ai eu besoin d’une longue phase de réflexion entre le moment où je me suis dit "Je veux faire ce métier" et le moment où j’ai franchi le pas. J'ai beaucoup hésité en voyant le programme de l'examen, qui se décompose en deux parties : un volet "général" qui porte sur la partie juridique et requiert des heures de travail en amont, et une partie dite "spécifique", plus en lien avec le football. L’examen juridique est évidemment celui qui m'a le plus refroidi au départ. Il nécessite de se plonger en profondeur dans plusieurs domaines du droit français, comme le droit des contrats, le droit fiscal, le droit social ou encore ceux des sociétés, des associations, des assurances et du sport.

Malgré cet obstacle, j’ai pris la décision de me former par moi-même à l’aide de livres. J’ai passé une année complète à travailler les points de droit afin de mettre toutes les chances de mon côté et j’ai validé mon inscription en août 2014 afin de passer l’examen général du 17 novembre dernier [Il a depuis reçu une réponse positive, NDLR]. La validation de cette étape est un prérequis nécessaire à l’inscription à l’examen spécifique, prévu au printemps 2015.

Concrètement, le jour du concours, en quoi consiste l’examen d’agent de joueur ?

L'examen se compose de quatre cas pratiques et de seize questions sous forme de questionnaire à choix multiples (QCM). C’était, en tout cas, sous cette forme que s’est déroulé celui du 17 novembre. La partie QCM donne une fausse impression de simplicité lors des révisions. Au cours de la session, j’ai entendu l'un des candidats dire : "Bon, c'est pas grave si je me loupe sur les cas pratiques, je me rattraperai sur le QCM"... Je pense qu'il a dû regretter son choix lorsque l'examinateur nous a remis les sujets…

Est-ce toujours possible, aujourd’hui d’exercer sans licence officielle ?

Il faut bien garder à l’esprit que c’est absolument illégal d'exercer sans licence. Les contrevenants s’exposent à de grosses amendes s’ils se font attraper. Après, moi qui fréquente déjà beaucoup le milieu, j’ai constaté qu’il y avait énormément d’agents dans ce cas. Généralement, ils s’associent à d’autres agents qui sont détenteurs de la licence afin de minimiser les risques.

Le milieu des agents est réputé pour être fermé, et le succès des arrivants dépend bien souvent du réseau qu’ils sont en mesure de se constituer. C’est un élément que vous avez pris en compte lorsque vous avez décidé de franchir le pas ?

Depuis tout petit, le football est une passion et j’ai toujours rêvé de travailler dans le métier. Agent de joueur, c’est un projet qui colle bien à ma personnalité. Quelque part, ça se rapproche un peu du métier de professeur des écoles que je souhaitais exercer plus jeune. Et j’ai la chance d’avoir l’un de mes meilleurs amis dans le métier. Un bon nombre de joueurs professionnels sont déjà sous contrat chez lui, et nous avons prévu de collaborer si j’obtiens mon examen. Je l'accompagne déjà très régulièrement sur les terrains à la recherche de nouveaux talents.

Ce coup de pouce peut-il vous préserver des années de galère normalement promises à tout nouvel arrivant au sein du microcosme des agents de joueurs ?

Le fait d'avoir déjà un pied dans le milieu me permettra d’éviter les premiers moments de galère, vu que mon "futur" associé a déjà un carnet d’adresse fourni. Mais tout n’est pour autant pas gagné et il y aura forcément des coups durs. C’est un milieu impitoyable… Après, j’envisage d’exercer mon métier avec les valeurs qui sont les miennes au quotidien, ceci afin de bâtir des collaborations marquées par le respect et la confiance. C'est très important dans ce milieu, surtout si on souhaite conserver un joueur dans son giron. Et au final, c’est cet aspect qui est le plus difficile.

 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine