FRANCE

Les migrants de Calais maltraités par la police, selon Human Rights Watch

Des migrants se préparent à passer la nuit dans un entrepôt, à Calais, le 27 décembre 2014.
Des migrants se préparent à passer la nuit dans un entrepôt, à Calais, le 27 décembre 2014. Philippe Huguen, AFP

Human Rights Watch accuse la police de harcèlement et d'exactions contre des migrants à Calais, dans un rapport basé sur des témoignages, paru mardi. Les autorités françaises, de leur côté, relativisent.

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La police française responsable d’"exactions" envers les migrants à Calais ? Dans un rapport publié mardi 20 janvier, l’ONG Human Rights Watch dénonce les maltraitances infligées aux populations qui transitent par ce port du Nord dans l’attente hypothétique de rejoindre clandestinement l’Angleterre.

"Dix-neuf personnes, dont deux enfants, ont déclaré que la police les avait maltraitées au moins une fois, notamment par le biais de passages à tabac", explique l’ONG, se basant sur les témoignages de 44 migrants et demandeurs d'asile. "Huit ont eu des membres fracturés ou d'autres blessures visibles, qui, selon leurs dires, ont été causées par la police", rapporte l’ONG. Human Rights Watch évoque aussi un usage démesuré des gaz lacrymogènes.

Parmi les témoignages recueillis figure celui d'une femme originaire d’Érythrée. Âgée de 25 ans, Rosa raconte avoir été passée à tabac après que des policiers l'ont trouvée dans un camion. "J’ai dit : ‘S’il vous plaît, aidez-moi’, mais ils m’ont battue et je me suis effondrée devant le camion. Ils m’ont rouée de coups de pieds sur le sol", témoigne la jeune femme, qui affirme avoir perdu connaissance et s’être réveillée dans une salle des urgences d'hôpital.

"J’étais à terre, comme un chien"

"Ils m’ont donné des coups de pieds alors que j’étais à terre, comme un chien", se souvient, pour sa part, Salamou, 28 ans, originaire lui aussi d’Érythrée. Selon ses dires, il était simplement en train de marcher près d’une station essence lorsque les policiers ont fondu sur lui.

Affirmant lui aussi avoir été battu par les forces de l’ordre, Ahmed Ibrahim, un demandeur d’asile de 17 ans en provenance du Soudan, exprime sa déception. "Je voulais demander l’asile ici, mais avec cette violence, je préfère qu’ils me renvoient au Soudan. Je ne vais pas rester en France. Ils [les policiers] vous frappent, les gens vous jettent des œufs dessus. J’ai eu une mauvaise image de la France."

>> À lire sur France 24 : Calais : de l’exaspération des habitants au désespoir des migrants

Un constat qui rejoint celui de France 24 qui, en novembre dernier, était allé enquêter suite à des plaintes violences policières.

Sur la foi de ces accusations graves et répétées, Human Rights Watch invite le gouvernement français à donner un tour de vis aux forces de l’ordre. Il faudrait "donner des directives claires aux policiers spécifiant l'interdiction de l'utilisation injustifiée et disproportionnée de la force, notamment des gaz lacrymogènes", est-il indiqué. De leur côté, les autorités affirment, elles, que l’utilisation de gaz lacrymogène est uniquement dissuasive, afin de décourager les groupes de migrants cherchant à grimper sur des camions pour traverser la Manche.

Réagissant rapidement après la publication du rapport, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a regretté que l'ONG n'ait pas pris la peine de vérifier les allégations de violences policières, ni saisi les nombreuses autorités de contrôle. "La gravité des accusations publiques contre les forces de l'ordre formulées dans ce document aurait dû conduire l'association à entendre les responsables de la police sur des faits précis ou à saisir les services compétents", a-t-il écrit dans un communiqué.

"Les violences de la police à Calais sont un fait"

Human Rights Watch cite pourtant dans son rapport le préfet du département du Pas-de-Calais, Denis Robin. Celui-ci ne nie pas la présence de blessés parmi les migrants mais attribue leurs blessures à leurs tentatives de passage au Royaume-Uni ou à des règlements de compte entre migrants.

Contactée par France 24, Catherine Konforti, bénévole chez l’association Auberge des migrants, à Calais, relativise cette explication. Selon elle, trois rixes de ce genre ont eu lieu depuis l’été dernier, avec, à chaque fois, un retour au calme rapide. "Les migrants ne se battent pas régulièrement. Ce ne sont pas des gens violents", assure-t-elle.

De plus, "lorsque les migrants se blessent en tombant d’un camion, ils nous le disent. Lorsqu’ils se font bastonner par la police, aussi", explique Catherine Konforti, qui précise avoir conduit des migrants à l’hôpital à une dizaine de reprises en trois mois. "Les violences de la police à Calais sont un fait, c’est scandaleux que le gouvernement ignore cela", déplore-t-elle, parlant d’une omniprésence des forces de l’ordre dans la ville. "Peut-être que le rapport de HRW va changer les choses", espère-t-elle.

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