GRÈCE

Les politiques d'austérité, enjeu principal des élections législatives grecques

Une soupe populaire face au ministère des Finances à Athènes, le 10 décembre 2014.
Une soupe populaire face au ministère des Finances à Athènes, le 10 décembre 2014. Louisa Gouliamaki, AFP

La poursuite des politiques d'austérité mises en place par les différents gouvernements grecs depuis le début de la crise seront, dimanche, le principal enjeu des élections législatives. Elles ont fait de nombreuses victimes depuis cinq ans.

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Syriza, le parti de la gauche radicale favori des élections législatives du dimanche 25 janvier en Grèce, en a fait son cheval de bataille : mettre un terme aux politiques d’austérité en vigueur dans le pays depuis plus de cinq ans. Son programme s’articule ainsi autour de la relance de la croissance, mais met aussi et surtout l’accent sur le traitement de "la crise humanitaire".

Car au-delà des chiffres de la dette publique ou des milliards d’aides qui sont le plus souvent mis en avant pour décrire le problème grec, ce sont d’abord les habitants eux-mêmes qui doivent subir l’application des politiques de rigueur. L’eurodéputée du groupe Europe Écologie Les Verts, Michèle Rivasi, déclarait ainsi au Parlement européen, au retour d’un séjour en Grèce en avril 2014 : "Je ne m’attendais pas à une telle souffrance du peuple grec."

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Le tableau, en effet, est terrible. Car c’est bien l’ensemble de la société grecque qui est confrontée à une situation de précarité inédite depuis son entrée dans l’Union européenne en 1981 et qui permet aujourd’hui à un parti comme Syriza d’être en situation d’accéder au pouvoir. Depuis le début de la crise en 2009, les Grecs, contraints et forcés, ont appris à se serrer la ceinture. Mais comment cela se traduit-il concrètement dans la vie quotidienne ? Tour d’horizon des effets malheureux des politiques d’austérité.

  • Plus d'un million de chômeurs

La crise de la dette grecque a d’abord frappé de plein fouet l’économie du pays. Environ 240 000 PME ont été contraintes d’arrêter leur activité, tandis que les autres, pour éviter la faillite, ont dû licencier à tour de bras. Entre 2008 et 2013, ce sont ainsi en moyenne 3 800 personnes qui ont perdu leur emploi chaque semaine, faisant passer le taux de chômage de 7,8 % en 2008 à 27,5 % en 2013, selon Eurostat. Cela représente plus d’un million de personnes sans emploi.

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Les Grecs ayant la chance de travailler le font, quant à eux, dans des conditions de plus en plus précaires. Les salaires ont baissé en moyenne de 38 %. Dans le privé, la rémunération mensuelle est passée en moyenne de 1 014 euros nets en 2009 à 817 euros nets en 2013, selon des chiffres de la principale caisse d’assurance sociale publiés en juillet dernier par le quotidien "Kathimerini". Le salaire minimum brut est passé de 751,39 euros en 2009 à 586,08 euros en 2012, et il n’est que de 489,38 euros pour les jeunes de moins de 25 ans.

Dans le public, la situation n’est pas plus confortable. Alors que plusieurs dizaines de milliers de fonctionnaires ont été licenciés, le salaire de ceux qui occupent toujours un poste est désormais d’environ 490 euros. Par conséquent, les distributions de soupes populaires se sont multipliées dans le pays. Et le parti Syriza, qui affirme que "30 % de la population grecque a basculé sous le seuil de pauvreté", parle même de "crise humanitaire".

  • Les populations fragiles de plus en plus exposées

Les catégories de population les plus fragiles restent, comme toujours, les retraités et les enfants. Ces derniers, selon un rapport de l’UNICEF, ont connu une évolution alarmante de leur pauvreté (17,50 points), tandis que le taux de dénuement matériel sévère des enfants grecs a doublé.

Quant aux retraités, selon le ministère du Travail grec, leurs pensions, qui ont été réduites à plusieurs reprises, sont, en moyenne, de 700 euros par mois. Mais celles-ci ne suffisent pas forcément, comme l’ont écrit Sanjay Basu et David Stuckler, les auteurs de "Quand l’austérité tue" : "Le 4 avril 2012, Dimitris Christoulas s’est ainsi rendu place Syntagma, en plein centre-ville d’Athènes. Il a gravi les marches du Parlement, placé une arme contre sa tempe et déclaré : 'Je ne me suicide pas. Ce sont eux qui me tuent.' Une lettre retrouvée dans sa sacoche expliquait : 'Le gouvernement (...) a détruit mon seul moyen de survie, qui consistait en une pension très respectable que j’ai payée seul pendant trente-cinq ans (...). Puisque mon âge avancé ne me permet pas de réagir de manière active (quoique, si un Grec saisissait une kalachnikov, je serais juste derrière lui), je ne vois pas d’autre solution pour finir dignement ma vie et ne pas me retrouver à fouiller dans les poubelles pour me nourrir.'"

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À l’image de ce retraité ayant choisi de mettre fin à ses jours, de nombreux Grecs ont fait un choix similaire ces dernières années. Le taux de suicide a ainsi augmenté de 44 % entre 2007 et 2011.

  • La santé devient un luxe

Si la Grèce n’a plus les moyens de payer correctement ses fonctionnaires et de garantir le montant des pensions de ses retraités, elle n’a plus non plus la capacité de maintenir un système de santé performant. Selon l’association Médecins du Monde, environ trois millions de Grecs sont aujourd’hui exclus de ce système de santé. Un forfait de cinq euros à la charge des patients a ainsi été instauré pour chaque consultation à l’hôpital public. "Les médecins demandent aux patients d’acheter eux-mêmes pansements, seringues et gazes parce que certains hôpitaux sont en rupture de stock", souligne Nathalie Simonnot, adjointe au secrétaire général du réseau international de Médecins du Monde.

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Les plus pauvres renoncent donc à se soigner ou ils se tournent vers des associations comme Médecins du Monde qui accueillait jusque-là surtout des migrants et des demandeurs d’asile. Par ailleurs, le taux de mortalité, le nombre de malades du sida, la toxicomanie ou encore la prostitution sont en nette augmentation.

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