GRÈCE

Yanis Varoufakis, de l'univers du jeu vidéo au ministère grec des Finances

L'économiste grec Yanis Varoufakis a notamment travaillé pour la société de jeux vidéo Valve.
L'économiste grec Yanis Varoufakis a notamment travaillé pour la société de jeux vidéo Valve. Aris Messinis, AFP

Le leader du parti de gauche radicale Syriza, Alexis Tsipras, a nommé mardi Yanis Varoufakis ministre des Finances. Cet économiste, qui avait souhaité que la Grèce fasse faillite, a également fait un passage remarqué dans le monde du jeu vidéo.

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En 2012, Yanis Varoufakis analysait les dynamiques économiques dans le jeu vidéo Team Fortress 2. En 2015, il participera aux discussions internationales pour renégocier la dette grecque. Cet économiste proche des idées keynésiennes, "avec une pointe de marxisme" d’après “The Guardian”, a été nommé ministre des Finances du nouveau gouvernement grec, mardi 27 janvier. Sa désignation par le Premier ministre Alexis Tsipras, leader du parti de gauche radicale Syriza, a fait plonger la Bourse d’Athènes de 5 %.

La réaction des marchés peut se comprendre. Le profil de Yanis Varoufakis n’est pas  aussi compatible au secteur bancaire que celui de son prédécesseur Gikas Hardouvelis. Ce dernier avait été économiste en chef pour le groupe Eurobank, avait servi à la Réserve fédérale de New York et travaillé pour la Banque centrale grecque et la banque nationale grecque.

Offre et demande de gros flingues virtuels

Yanis Varoufakis, de son côté, est passé par la case jeu vidéo en 2012. Il a, en effet, conseillé le géant Valve, qui gère Steam, le principal service de vente digitale de jeux vidéo. Cet économiste de 53 ans devait plancher sur les ventes et achats d'objets virtuels - armes, équipements... -  dans certains jeux de Valve (comme Team Fortress 2), permettant à l'entreprise d'adapter son offre. Il a posté plusieurs articles à ce sujet, ainsi que sur l’organisation hiérarchique très atypique du géant, sur le blog “Valve Economics”.

Mais le CV de cet économiste ne s’arrête pas à la dynamique de l’offre et de la demande de gros flingues virtuels. Yanis Varoufakis a égrainé ses cours d’économie dans plusieurs universités, au Royaume-Uni, en Australie et aux États-Unis. En 2010, il s’est aussi associé à l’artiste grec Danae Stratou pour fonder le projet “Vital Space”, qui vise à redonner à l’art une place dans le débat économique et environnemental.

Conseiller de Georges Papandréou

Malgré ses escapades professionnelles, qui peuvent paraître peu orthodoxes aux yeux du monde de la finance, Yanis Varoufakis n’est jamais resté très loin des problèmes de son pays d’origine. Entre 2004 et 2006, il a même été le conseiller économique de Georges Papandreou, alors Premier ministre grec.

En 2011, déçu par la tournure politique et économique des événements, il quitte le pays. "En tant qu'ancien conseiller de Papandréou, j'étais l'un des seuls à dire : il ne faut pas accepter le plan de sauvetage, il aura des conséquences catastrophiques. Mieux vaut laisser l'État faire défaut. Dès lors, j'ai commencé à être considéré en Grèce comme un ‘agent du mal’, celui qui voulait que le pays fasse faillite”, expliquait-il en mars 2014 à l’hebdomadaire français “L’Express”.

Réfugié aux États-Unis, il continue à critiquer avec vigueur la politique d’austérité pratiquée par Athènes. Pour lui, les plans de sauvetage de la Grèce n’ont fait qu’“alimenter la corruption financière, avec la bénédiction de la troïka [Banque centrale européenne, Fonds monétaire internationale et Union européenne]”. En 2014, Yanis Varoufakis publie un ouvrage intitulé "Modeste proposition pour résoudre la crise de la zone euro" en collaboration avec James K. Galbraith, un économiste américain grand pourfendeur de la “finance prédatrice”.

Peu avant d’être désigné nouveau ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis avait encore souligné que les priorités du nouveau gouvernement devaient être de s’attaquer aux oligarques grecs, de combattre la "crise humanitaire" engendrée par les politiques d’austérité et de renégocier la dette du pays. Avec un tel pédigree, il est presque étonnant que la Bourse d'Athènes n’ait chuté que de 5 % après sa nomination.

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