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Afrique

La Guinée équatoriale à l'heure de la Grande Guerre

© Ambassade allemande en Guinée équatoriale | Le monument de Malabo dédié aux soldats camerounais de l'armée allemande.

Texte par Stéphanie TROUILLARD , Envoyée spéciale en Guinée équatoriale

Dernière modification : 16/01/2016

Bien qu'à plus de 5 000 kilomètres de l'Europe, la Guinée équatoriale n'a pas été épargnée par la Première Guerre mondiale. France 24 se penche sur l'histoire de ce pays qui accueilli la dernière Coupe d'Afrique des nations.

Pendant plusieurs décennies, l'obélisque allemand de Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale, est resté caché dans les ronces. Dans le quartier de Santa Maria, ce monument dédié aux soldats du Kaiser morts durant la Grande Guerre était tombé dans l'oubli. Quelques ressortissants allemands l'ont aujourd'hui restauré et ont nettoyé la plaque qui orne son fronton. Sur celle-ci, les rares visiteurs qui découvrent cet ancien cimetière peuvent lire l'inscription suivante : "Les courageux combattants pour l'honneur de l'Allemagne ! Les troupes de protection impériales du Cameroun".

Bien qu'à plus de 5 000 kilomètres de l'Europe, ce petit pays d'Afrique centrale n'a pas été épargné par la Première Guerre mondiale. À l'époque, la Guinée équatoriale porte le nom de Fernando Poo et se retrouve sous domination espagnole. Son voisin, le Cameroun est pour sa part une colonie allemande. Lorsque le conflit éclate, l'Espagne reste neutre, mais au Cameroun, les combats font rage entre les troupes de l'empereur Guillaume II et celles de l'Entente. Une coalition de forces françaises, belges et britanniques tente de prendre possession du territoire camerounais. La ville stratégique de Douala tombe dès le 27 septembre 1914, et la capitale Yaoundé en janvier 1916.

Des maçons qui restauraient le fort d'Ebolowa en compagnie d'un sergent allemand au Cameroun (entre 1894 et 1915)
© Bundesarchiv/Wikimedia

La fuite vers la Guinée équatoriale

Malgré une farouche résistance pendant de longs mois, les troupes allemandes n'ont pas le choix. Elles doivent se résoudre à quitter leur colonie. "Le conflit au Cameroun a mal tourné pour les Allemands. Ils ont dû choisir entre se faire capturer et être internés en Grande-Bretagne ou bien être envoyés dans des camps de prisonniers de guerre français du Dahomey [l'actuel Bénin, NDLR], connus pour leurs terribles conditions. Ils ont préféré traverser le fleuve Ntem et se réfugier en Guinée espagnole, alors neutre", explique à France 24 Mahon Murphy, de la London School of Economics.

Ce doctorant a réalisé une thèse sur les "Schutztruppe" durant la Première Guerre mondiale, ces soldats africains des colonies recrutés par l'armée du Kaiser. "La plupart étaient camerounais, mais il y en avait aussi du Nigeria et de la Côte de l'Or [actuel Ghana, NDLR]." Aux côtés d'environ 200 officiers européens, 3 000 "Schutztruppe" ont ainsi rejoint la Guinée équatoriale au début de l'année 1916. Au total, ce sont près de 12 200 personnes qui ont trouvé refuge dans la colonie espagnole. "Le reste était constitué de porteurs, ainsi que des femmes et des enfants des soldats", précise Mahon Murphy.

Entre les deux colonies voisines, les rapports sont alors cordiaux. Le gouverneur espagnol de l'époque, Ángel Barrera y Luyando, ne cache pas sa sympathie pour les forces allemandes. "Comme beaucoup de ses contemporains en Espagne, il était pro-allemand. Avant la guerre, il avait même espéré recevoir une décoration du Kaiser pour les efforts qu'il avait fournis afin d'améliorer les relations entre le Cameroun et la Guinée espagnole". Au nom de la convention de la Haye de 1907, les troupes allemandes lui demandent l'asile. Après avoir été désarmées, elles sont transférées par les Espagnols sur l'île de Bioko, la capitale administrative de la Guinée espagnole.

L'orchestre des troupes allemandes à Fernando Poo (aujourd'hui Malabo) en 1916
© Collection Antonio M Carrasco, extrait du livre "Una Obra de Colonización alemana en Fernando Póo" publié en 1919

Reconquérir le Cameroun ?

Relativement libres, les soldats allemands jouissent alors d'une vie confortable. "Ils vivaient dans des baraques comme lorsqu'ils étaient au Cameroun. En tant qu'Européens, les officiers allemands disposaient de logements selon leur rang. D'après un rapport britannique, ces derniers dirigeaient presque la colonie", décrit Mahom Murphy. "Bien qu'ils avaient déposé leurs armes, ils avaient le droit de les inspecter quotidiennement pour les garder en état de fonctionnement."

En ce qui concerne les "Schutztruppe", le gouverneur espagnol compte bien les faire travailler pour développer sa colonie. Il a pour projet d'employer les Camerounais dans des plantations. Mais ces soldats très aguerris n'ont aucune intention de se transformer en fermiers. Sous les ordres de leurs supérieurs allemands, ils continuent de s'entraîner dans l'idée de reconquérir le Cameroun. Des échos de cette situation parviennent jusqu'aux états-majors français et britanniques : "Ils sont devenus suspicieux et ont découvert qu'un trafic d'armes se préparait pour faire parvenir des munitions sur l'île. Avec ces preuves, ils ont fait pression sur le gouvernement espagnol pour qu'ils transfèrent les officiers allemands directement en Espagne".

Après ce départ, la plupart des soldats camerounais rentrent chez eux. En 1922, leur pays passe sous mandat de la Société des nations. La partie orientale est administrée par la France et la zone occidentale par le Royaume-Uni. Cent ans après, l'histoire du passage de ces "Schutztruppe" en Guinée équatoriale n'a pas laissé de traces ni dans les mémoires, ni sur l'île. Leurs camps et leurs baraques en bois ont disparu depuis longtemps. Seul le visage de ce fier soldat camerounais sur l'obélisque allemand de Malabo témoigne de cet épisode méconnu de la Grande Guerre en terre africaine.

 

L'obélisque allemand dans le quartier Santa Maria de Malabo en hommage "aux courageux soldats camerounais"
© http://www.malabo.diplo.de/

Première publication : 14/02/2015

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