FRANCE

Fritz-Joly Joachin, un proche des Kouachi, mis en examen

Fritz-Joly Joachin, lié aux frères Kouachi, a été mis en examen jeudi pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme.
Fritz-Joly Joachin, lié aux frères Kouachi, a été mis en examen jeudi pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme. Nikolay Doychinov, AFP, Archives

Fritz-Joly Joachin, un proche des frères Kouachi, auteurs de l’attaque contre "Charlie Hebdo", a été mis en examen, jeudi soir après avoir été extradé de Bulgarie. Il est accusé d’association de malfaiteurs en vue de préparer un acte terroriste.

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Il est arrivé en France jeudi matin et présenté, dans la foulée à un juge antiterroriste. Fritz-Joly Joachin, Français de 29 ans d’origine haïtienne et converti à l’islam, a été mis en examen le 29 janvier pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme" après avoir été extradé de Bulgarie.

Le parcours du jeune homme intrigue Nathalie Poux, Laurence Le Vert et Christophe Teissier, les magistrats antiterroristes instruisant l'enquête complexe sur les attentats parisiens. Fritz-Joly Joachin était en contact avec les frères Kouachi, Chérif et Saïd, mais était-il pour autant au courant du projet d’assaut contre l’hebdomadaire satirique "Charlie Hebdo" ? Rien ne permet, pour l’heure, de l’affirmer.

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Reste que son profil et ses fréquentations sont suspectes. Le jeune Français, soupçonné par son épouse d'avoir enlevé leur fils de 3 ans pour l'emmener dans les zones tenues par les jihadistes en Syrie, avait été intercepté le 1er janvier par la douane bulgare, alors qu'il tentait de franchir la frontière turque à bord d'un bus. Son départ de France s'ajoute à d'autres départs suspects vers la Syrie, comme ceux des frères Belhoucine, soupçonnés d'avoir accompagné en Syrie Hayat Boumeddiene, compagne d'Amédy Coulibaly, quelques jours avant les attaques.

L’accusé nie avoir eu vent des projets d’attentat des frères Kouachi

À cette époque, Fritz-Joly était en compagnie de son fils et d'un ancien jihadiste, Cheikh Diakhabi, un autre Français condamné en 2006 pour être entré illégalement en Irak. Lui aussi a été arrêté, le 2 janvier, en Turquie. Il a été expulsé vers la France, et mis en examen le 21 janvier pour "association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme" avant d'être écroué.

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Lors de son audience d'extradition en Bulgarie, Fritz-Joly Joachin avait "dit au tribunal qu'il était l'ami de longue date" de Chérif Kouachi mais "qu'il ne pouvait être tenu responsable" de ses actes, selon une magistrate bulgare.

Joachin est, selon une source proche de l'enquête française, susceptible d'intéresser les services antiterroristes pour ses relations avec plusieurs protagonistes de "la filière des Buttes Chaumont", dans laquelle Chérif Kouachi a trempé. Les magistrats estiment qu’il aurait pu côtoyer un autre vétéran français du jihad en Irak, Peter Chérif.

Également arrêté en 2004 à Falloujah, cet homme était parvenu à s'évader de sa prison irakienne en 2007 avant de se rendre l'année suivante aux autorités françaises et d'effectuer 17 mois de détention provisoire. Il avait comparu libre à son procès en 2011 mais ne s'était pas présenté le jour où le tribunal l'avait condamné à cinq ans de prison. Il est aujourd'hui toujours en fuite.

C'est dans cette même affaire de la "filière des Buttes Chaumont" que Chérif Kouachi avait écopé de trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis.

La Bulgarie, nouvelle passoire à jihadistes

Comme Fritz-Joly Joachin, des centaines d'apprentis jihadistes européens tentent de rejoindre la Syrie en passant par la Bulgarie, souvent par la route, un itinéraire censé être moins repérable."La filière est de plus en plus utilisée, compte tenu du fait que les arrivées à l'aéroport d'Istanbul sont toujours plus surveillées, et que le passage de Bulgarie en Turquie est relativement facile", témoigne un membre français des services antiterroristes.

À Noël 2012, par exemple, Flavien Moreau, converti à l'islam et radicalisé en prison, était interpellé dans un village frontalier en compagnie d'un passeur. Il avait raté plusieurs tentatives de se rendre en Turquie depuis la France en avion, puis avait décidé de brouiller les pistes en prenant successivement des vols Francfort-Vienne et Vienne-Sofia.

Face à cet enjeu, les services antiterroristes français louent une coopération "parfaite" avec la Bulgarie, "aujourd'hui aux standards de l'UE". Mais à Sofia, on rappelle qu'à moins d'avoir été signalés, les jihadistes européens, en tant que citoyens de l'UE, peuvent trop facilement se déplacer dans le pays. Conscient que les mailles du filet devaient être resserrées, Gilles de Kerchove, le coordinateur de la lutte antiterroriste de l'UE, a recommandé la mise en place de "contrôles systématiques", après une visite discrète le 9 janvier à Sofia.

En trois semaines, cette capitale européenne habituellement à l'écart des grands circuits diplomatiques a également accueilli, pour des discussions sur ce sujet, John Kerry, le chef de la diplomatie américaine, mais aussi son homologue britannique Philip Hammond, et le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg.

Avec AFP

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