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ÉTATS-UNIS

Waze, l'appli de Google qui fait peur à la police américaine

Un agent de police en patrouille à Newark dans le New Jersey.
Un agent de police en patrouille à Newark dans le New Jersey. Andrew Burton, AFP
4 mn

Le chef de la police de Los Angeles s'est plaint au patron de Google de l’application Waze, qui permet notamment de localiser les forces de l’ordre. En décembre, elle avait joué un rôle important dans le meurtre de deux policiers à New York.

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Anthony Lewis* est inquiet. Ce policier new-yorkais estime qu’il est de plus en plus "devenu une cible". Comme pour un nombre grandissant de ses collègues, ce sentiment d’insécurité serait, d’après lui, lié à Google et sa très populaire application Waze, qui permet de signaler les incidents qui affectent la circulation.

Le patron de la police de Los Angeles, Charlie Beck, a même voulu alerter le PDG de Google, Larry Page, dans une lettre ouverte envoyée le 30 décembre 2014. "Je suis inquiet pour la sécurité des agents de police et du fait que votre application Waze puisse être utilisée par des criminels pour mettre en danger les forces de l’ordre", a-t-il écrit. Il estime que c’est précisément ce qui se serait passé à New York début décembre. Ismaaiyl Brinsley, le meurtrier des deux policiers est soupçonné d’avoir utilisé Waze "pour repérer la position de la police" avant de tuer les officiers Wenjian Liu et Rafael Ramos.

Hostilité grandissante à l’égard de la police

Waze, rachetée pour 966 millions de dollars par Google en 2013, permet aux automobilistes du monde entier d’indiquer en temps réel les accidents et autres incidents qui perturbent le trafic. Cette application est ainsi devenue l’une des sources les plus fiables pour éviter les bouchons. Anthony Lewis reconnaît d’ailleurs qu’il s’en est servi avant de rejoindre les forces de l’ordre.

Elle permet aussi de localiser les patrouilles de police. Cette option est censée inciter les conducteurs à rouler moins vite dans les secteurs concernés, ce que dénoncent les policiers. "C’est très inconfortable de savoir qu’on peut, grâce à une application participative, connaître aussi facilement nos localisations", souligne Anthony Lewis.

Cet agent affirme que le problème est d’autant plus pressant que l’hostilité du public à l’égard des forces de l’ordre a grimpé en flèche après les décès imputés à des policiers de Michael Brown à Ferguson (Missouri) et d’Eric Garner à New York.

Une question de liberté d’expression ?

C’est ce contexte que dénonce John Thompson, directeur de l’Association nationale des sherifs américain. Il a rappelé, sur la radio NPR, qu’il existait déjà dans les années 1960 et 1970 des moyens - comme les communications radio - pour savoir où se trouvaient les policiers mais qu’à cette époque "on n’assassinait pas les officiers de police", estime-t-il.

Pour Dave Maas, un membre de l’association de défense des droits digitaux Electronic Frontier Foundation (EFF), cette levée de bouclier des policiers a quelque chose "d’ironique". "La police cherche à convaincre tout le monde que les individus n’ont pas de droit à la vie privée dans l’espace public. Elle peut relever les plaques d’immatriculation, utiliser des programmes d’identification faciale sans avoir besoin d’un mandat particulier car tout se passe dans une zone publique”, souligne-t-il. Et d’ajouter "mais quand on inverse les rôles… La police n’a pas la réputation d’être particulièrement transparente ou de tolérer que les citoyens enregistrent ce que les forces de l’ordre font en public".

Google n’aurait, en outre, pas à céder à la police dans cette affaire. "Les gens ont le droit de discuter de la localisation des forces de l’ordre. Google et Waze ont le droit de créer une plateforme qui favorise ces échanges", soutient Dave Maas. D’après cet expert, désactiver la fonction controversée serait contraire au premier amendement de la Constitution américaine, qui garantit la liberté d’expression.

Waze a tenté de minimiser le risque posé par l’application en soulignant qu’elle ne donnait pas l’emplacement précis des agents. Julie Mossler, porte-parole de Waze, a ajouté que bon nombre de représentants des forces de l’ordre appréciaient l’application car "elle permettait une réponse plus rapide en cas d’urgence et aidait à alléger la circulation".

Des avantages qui ne pèsent pas lourd dans la balance personnelle de Sergio Kopelev, un sherif de Virginie qui s'est illustré lors d’une réunion de la NSA à Washington, en décembre. Il avait assuré que faire disparaître la possibilité de localiser les forces de l’ordre dans Waze était devenu son "jihad personnel".

* Le nom a été changé

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