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Le lycée musulman Averroès accusé de "double jeu avec la République laïque"

Des lycéennes dans l'établissement musulman Averroès, à Lille, en 2003.
Des lycéennes dans l'établissement musulman Averroès, à Lille, en 2003. François Lo Presti, AFP

Un professeur de philosophie du lycée musulman Averroès, à Lille, a expliqué les raisons de sa démission dans une tribune à "Libération". Une diatribe dans laquelle il dénonce "l’islamisme sournois" de l'école. Le lycée va porter plainte.

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Antisémitisme, sectarisme, diffusion "pernicieuse de l’islamisme"… Dans une tribune à "Libération" le 5 février dernier, Soufiane Zitouni, ancien professeur au lycée Averroès de Lille, porte de graves accusations contre cet établissement. Moins de six mois après avoir commencé à travailler dans cette école musulmane, sous contrat avec l’État, cet enseignant de philosophie, d’origine algérienne, a expliqué publiquement pourquoi il a préféré remettre sa démission.

"En réalité, le lycée Averroès est un territoire musulman sous contrat avec l’État", écrit le professeur. Les mots sont particulièrement violents. Selon Soufiane Zitouni, le lycée Averroès "diffuse de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme […]". En clair : "pour continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l’État [qui rétribue environ 80 % de ses professeurs]", l’établissement joue un "double jeu" avec la République laïque, assène le professeur de philosophie. Une vision qui écorche, voire anéantit, l’image d’Épinal de cette école privée d'excellence, unique en son genre, qui affiche un taux de réussite de 100 % au bac - et qui, surtout, s’enorgueillit de sa "compatibilité" avec les valeurs de la République.

"Nous sommes tellement surpris et choqués", lâche El Hassane Oufker, le directeur du lycée contacté par France 24. "C’est une totale incompréhension… Aujourd’hui, les enseignants sont en pleurs, les élèves sont très remontés […] On a jamais débattu de ce problème [du prétendu courant islamiste au sein de l’école, NDLR]. C’est une trahison…", précise le directeur de l’établissement. Il compte porter plainte contre le professeur pour "diffamation".

"Je te conseille de regarder derrière toi"

Tout commençe le 15 janvier lorsque Soufiane Zitouni décide d’écrire une première tribune dans les colonnes de "Libération" : "Aujourd’hui, le prophète est aussi Charlie". Une semaine après les attentats contre "Charlie Hebdo", l’enseignant y dénonce les "pseudo-savants de l’islam qui connaissent si mal leur religion". Il y déplore surtout le manque d’humour et de prise de distance d’une partie de la communauté musulmane à l’égard de l’islam. "Tu vas te faire beaucoup d’ennemis ici [à Averroès, NDLR], je te conseille de regarder derrière toi quand tu marcheras dans la rue", lui chuchote un de ses collègues au lendemain de sa publication.

Et des ennemis, il s'en est fait, effectivement. Mais pas ceux auxquels il pensait. Soufiane Zitouni explique avoir dû affronter la colère de ses propres confrères qui ont crié au sacrilège lorsque son texte a été affiché dans la salle des profs. L’un d’eux, Sofiane Meziani, un professeur d’éthique, lui répond même dans les colonnes de "l’Obs" soutenant que "'Charlie Hebdo' cultive l’abject" et "concourt à la banalisation d’actes racistes".

Sur les bancs de sa classe, des élèves le prennent à parti. "Vous léchez les pieds des ennemis de l’islam", lui lance l'un d'eux. "Vous n’auriez jamais dû écrire dans la presse que le prophète est aussi Charlie", "c’est un blasphème", renchérit un autre.

"En 20 ans de carrière, je n’ai jamais entendu autant de propos antisémites"

Dans sa tribune du 5 février, Soufiane Zitouni évoque également des déclarations antisémites, courantes selon lui à Averroès où revient souvent ce "thème récurrent et obsessionnel des juifs". "En plus de vingt ans de carrière, je n’ai jamais autant entendu de propos antisémites de la bouche d’élèves dans un lycée", écrit-il. Comme souvent, ce sont de nombreux fantasmes qui tiennent lieu d’argument : "Les juifs dominent les médias", "les juifs, race maudite"... Même le philosophe hollandais Spinoza est appréhendé d’un œil douteux en raison de sa judéité, explique-t-il. "J’ai eu beau essayer de démonter rationnellement cette théorie du complot sulfureuse, rien n’y a fait, c’était entendu : les juifs sont les ennemis des musulmans, un point c’est tout !", poursuit Soufiane Zitouni.

Autant d’exemples qui font bondir au lycée Averroès. "Il n’a travaillé ici que trois mois, et il aurait vu des choses que personnes n’a vues ! La seule chose qui me semble véridique dans cette histoire, c’est le fait qu’il parlait beaucoup de l’islam, pendant ses cours de philosophie. Il cherchait à convertir les élèves à sa vision de cette religion en ce qui concerne le port du voile ou la place de la femme", se défend le directeur du lycée. Soufiane Zitouni se réclame du soufisme, un courant de l'islam "spirituel" qui attache moins d'importance aux textes sacrés. "C’est une faute professionnelle. Il aurait dû se cantonner à l'enseignement du programme établi par l’Éducation nationale, et il ne l’a pas fait."

L’ensemble des enseignants du lycée a également publié un communiqué dans lequel ils "s’inscrivent, avec force, en faux contre les allégations mensongères et calomnieuses" de Zitouni. L’établissement rappelle que le lycée a été fondé "sur des principes d’ouverture et de tolérance et prône une compréhension authentique de l’islam en parfait symbiose avec les valeurs de la République."
 

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