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Quatre ans après l'affaire du Sofitel, Nafissatou Diallo régale le Bronx

© Brigitte Dusseau, AFP | Nafissatou Diallo, qui avait accusé DSK de viol en 2011, a ouvert un restaurant afro-américain dans le Bronx, à New York.

Texte par Sophie PILGRIM , correspondante à New York

Dernière modification : 13/02/2015

Alors que DSK comparaissait cette semaine devant la justice française dans l'affaire du Carlton de Lille, notre correspondante à New York est allée manger dans le restaurant fraîchement ouvert par Nafissatou Diallo qui entamé une "nouvelle vie".

Les révélations à Lille, cette semaine, ont suggéré que la vie "libertine" de Dominique Strauss-Kahn avait sûrement fait beaucoup plus de victimes que ce dernier ne l’avait peut-être jamais suspecté. Parmi elles, la plus connue reste Nafissatou Diallo, la femme de chambre guinéenne qui avait déclaré avoir été violée par DSK, au 28e étage du Sofitel de Manhattan, en 2011.

Mais une fois retombée la tornade médiatique, qu’est-il est arrivé à cette femme qui dit avoir été abusée sexuellement par l’ex-directeur du FMI ? Diallo aurait touché la coquette somme d’1,5 million de dollars (dont un tiers est parti en frais juridiques), après un arrangement secret à l’amiable contracté avec DSK fin 2012, évitant ainsi à tout le monde un procès. Mais s’est-elle remise de son rôle humiliant dans l’un des plus gros scandales politiques du siècle ?

La nouvelle, étalée dans la presse américaine la semaine dernière, qu’elle avait ouvert un restaurant - indéniablement grâce à cet argent - ont valu à Nafissatou Diallo de nouvelles critiques indignées de la part de ceux qui l’accusent d’avoir participé à la chute de l’homme qui aurait pu diriger la France (alors qu’au même moment, DSK se préparait, de son côté de l’océan, à comparaître pour proxénétisme aggravé dans l'affaire du Carlton de Lille…).

>> À lire sur France 24 : Procès Carlton : le jour où DSK s'en est bien tiré

Je me suis donc rendue dans le fameux restaurant pour voir ce que Nafissatou Diallo avait fait de cet argent si douloureusement gagné (quand bien même aurait-elle été recrutée pour participer à un complot politique, elle se serait probablement passée des lésions vaginales, de l’entorse à l’épaule et du sexe de DSK lui éjaculant dans la bouche. Sans parler de l’humiliation et du déshonneur qu’aurait engendré un acte si désespéré, si tel était le cas bien sûr).

Le restaurant – Amina – est coincé entre une mosquée et un supermarché, face à une église pentecôtiste, sur l’artère principale du Bronx, à New York. C’est un simple troquet où l’on peut déguster sur le pouce des spécialités africaines, américaines et espagnoles (j’ai d’ailleurs mangé un thiéboudienne, un plat à base de poisson et de riz jaune, aussi bon qu’en Afrique de l’Ouest). Les sièges sont en simili cuir, les tables en formica, le décor non existant.

Les clients, pour la plupart des hommes, seuls, tous afro-américains, se font servir de généreux plats de viande, de riz vapeur et cassava, les yeux rivés sur l’un des quatre écrans plats qui passent en continu CNN, NBC et la télévision nationale sénégalaise. Un jeune couple s’aventure à l’intérieur pour manger un morceau en début de soirée, avant que la femme ne prenne son service dans un centre d’appel de taxi et que l’homme, au ralenti, ne disparaisse sans bruit dans les rues du Bronx, lesté d’un sac pesant.

Puis Nafissatou Diallo est arrivée. Elle n’a pas vraiment changé depuis les dernières images qu’on a vues d’elle en 2011. Elle est toujours aussi discrète, douce avec son équipe et chaleureuse avec les clients. Après une semaine de "harcèlement par la presse", comme l’ont dénoncé les avocats de la dame après l’ouverture d’Amina, j’ai jugé préférable de ne pas me faire remarquer. Nafissatou Diallo a refusé de parler aux journalistes français qui ont pointé leur nez au troquet la semaine dernière, avant de disparaître complètement du restaurant.

Mais Nafissatou est de retour. Elle tient la caisse tout en donnant des instructions détaillées à l’une de ses salariées pour le nettoyage de la machine à café. Sa présence semble avoir un effet rassurant sur le personnel, un trio de jeunes Africaines agitées, cachées derrière leur tablier de plastique, leurs gants en caoutchouc et leur charlotte sur la tête.

"Une nouvelle vie"

Dans une interview accordée à "Newsweek" en 2011, Nafissatou Diallo avait fait part de sa fierté de travailler au Sofitel – où elle avait d’excellentes références – expliquant qu’elle venait de se voir confier la responsabilité du tout un étage, juste avant l’affaire DSK. "Je n’avais jamais eu tout un étage à moi, avant ", avait-elle confié à l’hebdomadaire américain.

La semaine dernière, l’avocat de Nafissatou Diallo, Douglas Wigdor, a déclaré sur RTL que sa cliente avait touché "plus d’argent qu’elle n’aurait probablement jamais pu avoir, mais que, sans aucun doute, elle aurait préféré rester femme de chambre au Sofitel et que rien de tout cela ne se soit jamais passé". Nafissatou Diallo a dû faire face aux suspicions et à l’exclusion de sa communauté après le drame et elle n’a pu retourner dans son quartier du Bronx, où elle "toujours vécu", qu’en 2014.

Immigrée guinéenne qui a reçu l’asile aux États-Unis après avoir subi des mutilations génitales dans son enfance, Diallo est toujours restée évasive à propos de son passé. Cette femme analphabète aurait dépensé une bonne partie de son argent pour l’éducation de sa fille. "Ce restaurant, c’est ma nouvelle vie", a-t-elle confié au "Parisien" qui a réussi à l’interviewer avant l’ouragan médiatique. "J’essaye juste de faire de mon mieux pour ma fille", a-t-elle assuré.

Tandis que Nafissatou garde un œil sur tout le restaurant, saluant de la tête un visage familier tout en rappelant à une employée de ne pas oublier de mettre des serviettes dans le sac d’un client, je regarde sur mon téléphone les nouvelles qui viennent de tomber sur le procès de DSK en France.

"Calme, confiant et souriant, Dominique Strauss-Kahn a quitté la Cour sans que les révélations sensationnalistes sur ses mœurs sexuelles ne soient parvenues à ébranler sa ligne de défense, écrit Tony Todd, journaliste pour France 24. Il a toujours présumé que les femmes étaient consentantes (pour du sexe brutal), a-t-il déclaré à la Cour… 'En raison de qui je suis', a-t-il argué."

Il pourrait être intéressant, révélateur même, d’avoir la réaction de Nafissatou Diallo à cet instant. Mais la regarder faire ce pour quoi elle s’est battue ces trois dernières années, après sa rencontre dévastatrice avec DSK – à savoir "offrir un bon restaurant africain à New York", comme elle l’a confié au "Parisien" – est bien plus satisfaisant.

 

Première publication : 13/02/2015

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