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AVIATION

Vente du Rafale en Égypte : Dassault espère un "effet boule de neige"

Les ventes de Rafale à l'Égypte sont les premières exportations de cet avion de chasse en 27 ans.
Les ventes de Rafale à l'Égypte sont les premières exportations de cet avion de chasse en 27 ans. F.Robineau, AFP Photo/Dassault Aviation

La vente de 24 avions Rafale à l’Égypte, qui doit être finalisée lundi, a été unanimement saluée comme une victoire de l'industrie française. Dassault juge que cet accord peut avoir un effet "boule de neige". Pas si sûr.

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Lundi 16 février, Dassault Aviation entrera dans une nouvelle ère que le constructeur attendait depuis longtemps. Si tout se passe comme prévu en Égypte, le Rafale deviendra alors - et enfin - un vrai produit d’exportation, grâce à la signature du contrat de vente de 24 exemplaires de ce fleuron de l’aviation de chasse à la française, confirmée, jeudi 12 février, par François Hollande.

Les cinq milliards d’euros attendus de cette vente (qui comprend également des missiles et une frégate) peuvent-ils faire des petits ? C’est désormais la grande question. Car si cet accord entre la France et un régime qui sait, à l’occasion, manier le bâton contre sa population, en irrite certains, Dassault et le gouvernement préfèrent y voir une porte ouverte sur un avenir commercial meilleur.

"Effet boule de neige"

"Ce premier contrat à l’extérieur en annonce certainement d’autres", a souligné, confiant, le ministre des Finances Michel Sapin, sur iTélé. Même son de cloche chez l’avionneur. Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a assuré sur RTL : "cette première vente va faire boule de neige". Et de rappeler avec gourmandise au "Figaro" que le groupe "avait plusieurs prospects au Moyen-Orient", qu’il "menait un travail de fond avec l’Inde" et qu’il existait même d’autres pistes "y compris en Europe".

La signature attendue avec l’Égypte donne donc des ailes à Dassault qui considère désormais d’un œil neuf tous ses dossiers en souffrance. Jusqu’à présent, les pistes les plus prometteuses semblaient toutes passer par le Moyen-Orient. Le Qatar est, depuis plusieurs années, tout près de commander 36 avions au constructeur français, tandis que les Émirats arabes unis veulent remplacer leurs 60 mirages vieillissants et pensent très fort au Rafale. En Europe, Dassault vise en priorité la Belgique qui doit renouveler sa flotte en 2018.

Mais c’est surtout le marché indien que la France lorgne. Paris espère que la vente à l’Égypte débloque les pourparlers avec New Delhi, qui négocie depuis 2012 l’achat de 126 appareils français pour 12 milliards d’euros. Fin 2013, Olivier Dassault, héritier du géant industriel, assurait "qu’il ne restait plus que des détails techniques à régler". Il doit y en avoir beaucoup puisque le dossier n’est toujours pas bouclé début 2015…

Un accord qui sort du lot

"C’est sûr que théoriquement, la vente à l’Égypte peut aider aussi bien pour le dossier indien que les autres", assure Marc Ivaldi, expert en économie industrielle à la Toulouse School of Economics et spécialiste des transports. L’argument classique pour justifier l’effet boule de neige, rappelle cet expert, est de dire que les clients potentiels du Rafale vont être rassurés à partir du moment où l’un d’eux franchit le pas de l’achat. En clair, personne ne voulait vraiment être le premier à payer un avion qui, malgré ses qualités avérées, est l’un des plus chers sur le marché dans sa catégorie.

Mais le contrat avec l’Égypte pourrait très bien se révéler être l’exception qui confirme la règle. "En l’espèce, parler d’effet de boule de neige est un peu prématuré", estime Marc Ivaldi. Par de nombreux aspects, l’accord qui doit être scellé lundi sort du lot. L’Égypte s’est décidée en un temps record - trois mois - quand la plupart des négociations de ce genre prennent des années. Il y a tout un montage financier qui doit permettre au Caire, dont les caisses sont plutôt vides, de payer les Rafale. Enfin, "il ne serait pas surprenant que l’État français soit intervenu financièrement pour faciliter la conclusion de cette vente", estime Marc Ivaldi.

En clair, l’Égypte avait un besoin urgent d’obtenir des avions de chasse pour sécuriser ses frontières dans un contexte régional tendu, et la France a tout fait pour que cela se fasse. Les raisons pour lesquelles Le Caire a opté pour le Rafale ne sont donc pas forcément de nature à faire pencher la balance au profit de Dassault dans les autres dossiers. Les Indiens, par exemple, "veulent qu'une partie de la production se fasse chez eux. Je ne pense pas que ce point ait posé problème avec l'Égypte", explique au site "20 Minutes" Laurence Daziano, maître de conférences en économie internationale à Sciences-Po Paris.

Réaction américaine ?

L’accord avec l’Égypte risque aussi d’avoir irrité les éternels rivaux américains. "C’est la première fois que les Égyptiens achètent à tel point du matériel français, ce qui peut s’analyser comme une volonté de diversifier ses sources d’approvisionnement militaire pour moins dépendre des États-Unis", analyse Marc Ivaldi. Pour lui, les Américains vont sûrement réagir sur d’autres marchés où le Rafale voudrait atterrir. Dassault peut donc s’attendre à une concurrence accrue, peut-être au Qatar ou aux Émirats arabes unis.

Le succès indéniable en Égypte est donc trop particulier pour assurer qu’il est la pièce manquante à la machine à exporter des Rafale. En revanche, François Hollande peut, sans risque de se tromper, affirmer qu’il a réussi là où son prédécesseur Nicolas Sarkozy avait échoué malgré tous ses efforts.

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